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Gros Plan : la drogue au cinéma

Nombreuses sont les œuvres à avoir traité les différents aspects liés aux paradis artificiels, mais peu ont réussi à les retranscrire avec autant de force que les cinq films que nous avons sélectionnés.

La production, la vente et la consommation de drogues constituent une source d’inspiration intarissable dans laquelle le septième art a toujours puisé.

Le dernier film en date à traiter ce thème est sûrement le très attendu Barry Seal avec Tom Cruise, qui sortira le 13 septembre prochain.

L’acteur américain y incarne ainsi un pilote d’avion ayant travaillé avec le cartel de Medellin pour faire transiter de la cocaïne jusqu’aux Etats-Unis. Ce film, plutôt réussi, s’inscrit dans une longue tradition que nous vous proposons d’explorer à travers 5 œuvres iconiques traitant les aspects principaux de l’univers des narcotiques.

  • Au delà du Réel (Altered States) de Ken Russell (1980)

Un anthropologue atypique de l’université d’Harvard (William Hurt) décide de tester sur lui-même plusieurs drogues psychédéliques rapportées d’un voyage chamanique au Mexique. Pour cela, il s’enferme dans un caisson de privation sensorielle et laisse libre cours aux visions chaotiques et mystiques suscitées par ces drogues. Celui-ci essaie en effet de prouver que tous nos états de consciences sont aussi vrais que celui de l’éveil. Il y parviendra, mais à quel prix ?

Au Delà du Réel est loin d’être le premier film qui vient à l’esprit du grand public pour ce qui est de la drogue au cinéma. Pourtant, celui-ci constitue sûrement le témoignage le plus fidèle de ce que peut être un véritable trip psychédélique. En effet, le film est truffé de séquences hallucinatoires, conçues comme une reconstitution des visions provoquées par la consommation de drogues comme le LSD ou les champignons hallucinogènes.

 

Mais Au Delà du Réel ne brille pas seulement par sa forme et son esthétique. En effet, le film explore également des thématiques comme le mysticisme, le questionnement sur les origines de l’homme et le surnaturel. Ces aspects, très souvent évoqués au sein de la littérature psychédélique depuis les années 1960, sont omniprésents dans le film. Ainsi, loin d’être une finalité en soi, la drogue permet dans Au Delà du Réel d’explorer un ensemble de thèmes connexes qui le rendent d’autant plus profond et intéressant.

  • Las Vegas Parano de Terry Gilliam (1998)

Las Vegas Parano est sûrement l’un des films les plus célèbres ayant pour thème principal la consommation de drogue. Il raconte l’histoire de Raoul Duke (Johnny Depp) et de son avocat Dr. Gonzo  (Benicio Del Toro). Lorsque le film commence, ces-derniers sont au volant d’une corvette rouge et roulent à toute allure dans le désert vers Las Vegas avec une valise contenant toutes les drogues imaginables dans le coffre. Mais une fois sur place, leur consommation devient incontrôlable et les mène vers des situations de plus en plus absurdes et dangereuses.

Las Vegas Parano a en commun avec Au Delà du Réel (Altered States) de s’essayer au jeu de la reconstitution d’un trip psychédélique. Le pari est d’autant plus réussi que le style très baroque du réalisateur Terry Gilliam (L’Armée des 12 Singes, Brazil), avec ses décors exubérants et ses placements de caméra étranges et immersifs, correspond très bien à cet exercice. La performance d’acteur proprement hallucinante de Johnny Depp et Benicio Del Terro amplifie également le côté absurde de ces séquences. Ainsi, on se souvient de la scène où Johnny Depp, sous LSD, voit les clients du bar de son hôtel se transformer en terrifiants reptiles.

 

Toutefois, contrairement à Au Delà du Réel, Las Vegas Parano montre une facette plus divertissante et comique du monde des drogues. En effet, les scènes hallucinatoires sont très souvent hilarantes, ce qui a grandement contribué au succès du film, au point que celui-ci est aujourd’hui devenu un véritable classique du genre.

  • Requiem for a Dream de Darren Aronofsky (2000)

Requiem for a Dream est un autre classique du genre, mais sa perspective sur la consommation de drogue est radicalement différente des deux précédents films. En effet, ce drame poignant raconte la longue descente aux enfers de quatre protagonistes dépendants à l’héroïne et aux amphétamines. Ainsi, Harry (Jared Leto), Marion (Jennifer Connelly) et Tyron (Marlon Wayans) sont trois jeunes toxicomanes accrocs à l’héroïne vivant de petits deals. Mais une série de circonstances malheureuses aboutira à une pénurie d’héroïne qui révélera leur profonde addiction à cette substance. Dans le même temps, Sara (Ellen Burstyn), la mère d’Harry, se voit prescrire des amphétamines par un médecin peu scrupuleux et sombre petit à petit dans la psychose et la folie.

Sur le plan esthétique, Requiem for a Dream est également une grande réussite. En effet, Darren Aronofsky a eu recours à un montage très rapide avec des saccades d’images pour montrer la frénésie provoquée par la consommation de drogues. Ainsi, le film contient plus de 2000 plans différents, tandis qu’un long-métrage du même format en comptera 600 ou 700 en moyenne. Le réalisateur a également utilisé des plans très rapprochés sur le visage des personnages pour amplifier la dimension subjective des émotions fortes ressenties par les protagonistes. Ces plans sont également souvent entrecoupés de visions personnelles propres à chaque personnage, ce qui renforce encore cette impression.

 

Cette proximité avec les personnages rend d’autant plus immersive et douloureuse cette lente plongée dans l’enfer de l’addiction. Ainsi, le film n’a pas pris une ride et son caractère dramatique et émotionnellement chargé est resté intact 17 années après sa sortie.

  • Les Affranchis (The Goodfellas) de Martin Scorsese (1990)

Les Affranchis est sûrement l’un des films de gangster les plus mythiques de l’histoire du cinéma. Bien que celui-ci traite également le thème de l’addiction, il s’agit avant tout d’une plongée remarquable dans l’univers du crime organisée italo-américain.

En effet, Les Affranchis raconte la lente ascension du jeune Henry Hill (Ray Liotta) au sein de l’une des familles mafieuses les plus puissantes de New York. Celui-ci sera amené à collaborer avec Jimmy Conway (Robert de Niro) et Tommy De Vito (Joe Pesci), avec qui il devient millionnaire. Mais suite à une mission ayant mal tourné, Hill doit séjourner en prison, où il se familiarise avec le trafic de drogue. Une fois sorti, celui-ci se lance donc dans ce nouveau business juteux malgré l’interdiction formelle du parrain de la mafia de se livrer à ce genre d’activités.

Le rythme effréné et la mise en scène impeccable du film, renforcé par une bande-son et des acteurs tout simplement impressionnants en ont fait un immense succès commercial ainsi qu’une oeuvre culte, régulièrement citée parmi les meilleurs films sur le crime organisé. L’interprétation exceptionnelle de Robert Niro, Joe Pesci et Ray Liotta, alors au sommet de leur carrière, a en outre permis de mettre un visage sur les gangsters anonymes qui peuplent le monde du trafic de drogue. Le film tiré d’une histoire vraie, est donc un témoignage extrêmement fidèle du mode de vie et du fonctionnement de la mafia.

  • L’échelle de Jacob (Jacob’s Ladder) de Adrian Lyne (1990)

Avant toute chose, L’échelle de Jacob est l’un des films d’horreur les plus terrifiants qu’il nous ait été donné de voir. Celui-ci raconte en effet l’histoire de Jacob Singer (Tim Robbins), soldat de l’armée américaine dont l’une des missions pendant la guerre du Vietnam a très mal tourné. Depuis son retour à la vie normale, Singer est sujet à des hallucinations terrifiantes, qui deviennent de plus en plus présentes et récurrentes. Celles-ci ne cessent alors d’empirer jusqu’à ce qu’il perde totalement contact avec la réalité et traverse un véritable enfer où tous ses cauchemars deviennent réalité.

Le film finit avec une “twisted end” remarquable où l’on comprend qu’une expérimentation de contrôle cérébrale grâce à une drogue très puissante est en jeu dans le calvaire du personnage. Nous ne vous en dirons pas plus, mais L’échelle de Jacob s’affirme ainsi comme un témoignage vibrant sur les conséquences désastreuses de ce type d’expériences. Dans tous les cas, ce film est une description assez précise et fidèle de ce à quoi peut ressembler un bad trip particulièrement violent.

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