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Gros Plan : La Légende Arthurienne au Cinéma

La sortie imminente du “Roi Arthur : La Légende d’Excalibur” de Guy Ritchie, nous a poussés à revenir sur les adaptations filmiques de la légende du Roi Arthur. Alors aiguisez votre épée, mettez votre heaume et grimpez sur votre canasson, va y avoir du sport !

Il n’existe pas qu’une seule légende du Roi Arthur. Les multiples écrits médiévaux concernant la figure arthurienne se sont vu déclinés de nombreuses fois au cinéma et à la télévision. Pour la petite information, on ne dénombre pas moins d’une soixantaine de films et séries tirés de ces légendes. Le souffle épique et la richesse narrative de ces écrits en font effectivement une source d’histoires pratiquement inépuisable et, qui plus est, extrêmement visuelles. Petit retour sur une sélection de films et réflexions autour de ces adaptations.

Séance de révisions : Retour sur la légende

La légende d’Arthur et d’Excalibur trouve ses origines dans ce que l’on appelle la “matière de Bretagne”, qui désigne l’ensemble des textes écrits au Moyen Age sur les légendes des îles de Bretagne. Le cycle arthurien a fait couler l’encre de nombreuses générations d’écrivains et s’est également enrichi des apports oraux de la tradition bretonne et celtique. C’est Chrétien de Troyes, un poète du 12ème siècle, qui est le premier à écrire sur cette légende. Ses romans nous parlent de la table ronde et de la quête du Graal menée par ses chevaliers.

Cette histoire, connue dans le monde entier, est avant tout un récit initiatique. Celui d’Arthur, fils du roi Uther Pandragon. Uther reçoit l’épée Excalibur des mains de Merlin et de la Dame du Lac, qui lui donnent pour mission d’unir et de pacifier le Royaume de Bretagne. Mais le roi est détourné de sa quête lorsqu’il tombe dans le piège d’un amour impossible. Il convoite Ygraine, la femme du duc de Cornouaille. Merlin aidera Uther Pandragon à la séduire en usant de sa magie pour lui offrir les traits du duc et ainsi tromper Ygraine. De cette union illégitime naît Arthur.

Conscient de l’environnement malsain et du cœur faible d’Uther Pandragon, Merlin enlève Arthur des mains de ses parents et le confie a une famille de fermier, en l’attente d’une destinée qu’il sait prestigieuse. A la mort d’Uther, Excalibur se retrouve scellée dans une pierre de granit. Il est dit que seul celui qui parviendra à retirer l’épée deviendra roi. L’élu unique, Arthur, retirera l’épée et sera guidé par Merlin pour former la table ronde et mener la quête du Graal, la coupe légendaire ayant servit à recueillir le sang de Jésus. Arthur épousera Guenièvre, que convoitera en secret son fidèle ami Lancelot. Lors de sa quête, Arthur subira les méfaits de sa demi-sœur, la fée Morgane, qui le conduira à sa perte…

Premier film culte : Les Chevaliers de la Table Ronde – Richard Thorpe  (1953)

Dans les années 50, la MGM se lance dans cette superproduction au budget très conséquent pour l’époque. Satisfait du succès de son Ivanhoé, sorti un an plus tôt, le studio confie la réalisation du film à Richard Thorpe. Pour son premier film tourné en CinémaScope, MGM mise gros et s’offre des décors de toute beauté et un très beau casting comprenant notamment Richard Taylor, Ava Gardner, Mel Ferrer et Stanley Baker. Les Chevaliers de la Table Ronde ne met pas le personnage d’Arthur au premier plan. L’œuvre préfère se concentrer sur l’histoire du chevalier Lancelot et de sa romance avec la reine Guenièvre.

Ici, de nombreuses libertés sont prises par rapport aux écrits légendaires. Mais le réalisateur et le studio cherchent avant tout à offrir un récit d’aventure épique et romantique, dans la grande tradition du genre. Le but étant de ratisser un large public, le film enchaîne les scènes d’actions et les séquences romantiques. Lors de sa sortie, la critique américaine n’est pas tendre avec le film, bien que celui-ci rencontre le succès auprès du public. Plus de 60 ans plus tard, il en ressort un long-métrage n’ayant pas toujours très bien vieilli, au rythme inégal et aux scènes d’actions redondantes mais animé d’un vrai souffle épique et empli du charme des films de studios de l’ancien Hollywood.

L’art du grotesque : Monty Python Sacré Graal ! (1975)

En 1974, la troupe britannique des Monty Python décide de se lancer dans l’aventure du grand écran et livre leur premier film, Sacré Graal, en 1975. Que dire qui n’ait pas déjà été dit sur ce film culte ? Peu nombreuse sont les comédies ayant laissé une trace aussi importante dans l’histoire du cinéma et dans l’imaginaire collectif.

Le goût pour l’absurde et le grotesque de Terry Gilliam et ses confrères se ressent dans chaque scène du film. Enchaînement inépuisable de gags loufoques et de situations improbables, Sacré Graal raconte les mésaventures du Roi Arthur et ses Chevaliers dans leur quête du Saint Graal. Incroyablement drôle et inventif, le film regorge de trouvailles humoristiques. Exemple amusant, de part son budget très réduit, la production ne pouvait fournir de chevaux à ses acteurs, l’idée est donc venue que les personnages simuleraient le bruit du galop en tapant sur des noix de coco. La scène, comme presque toute celles du film, est devenue culte. Sacré Graal, ou comment lier l’utile à l’hilarant.

L’adaptation ultime : Excalibur – John Boorman  (1981)

Considéré par beaucoup comme un chef d’œuvre, Excalibur de John Boorman est probablement l’adaptation la plus fidèle des écrits arthuriens. Le cinéaste, à qui l’on doit de nombreux grands films (Délivrance, La Forêt d’Émeraudes, Zardoz…) revisite le mythe en s’accrochant de très près aux récits originaux tout en le faisant résonner comme une tragédie grecque.

Le film nous fournit un magnifique casting : Liam Neeson, tout jeune, y interprète Gauvain, Gabriel Byrne est Uther Pendragon et Patrick Stewart se glisse dans la peau de Leondegrance. Si Excalibur, de par ses quelques effets spéciaux vieillots et ses armures brillantes, ne peut s’empêcher de paraître kitsch sous nos yeux de contemporains, il n’en reste pas moins une œuvre sombre et mélancolique à l’aura philosophique incroyable.

Du côté de chez Disney : Merlin l’Enchanteur – Wolfgang Retheirman (1963)

Merlin l’Enchanteur ne compte peut-être pas parmi les œuvres les plus emblématiques de Disney mais il n’en demeure pas moins un classique. Sorti en 1963, le film de Wolfgang Retheirman est adapté du livre L’Epée dans la Pierre de T.H. White, qui raconte la jeunesse d’Arthur (rebaptisé Moustique dans le film) aux côtés du magicien Merlin.

Ici, Disney oblige, l’accentuation est mise sur la magie et le film adapte l’histoire arthurienne pour les enfants, en sacrifiant au passage beaucoup de fond au profit de la forme. Mais Merlin l’Enchanteur offre de beaux moments, entre humour et émotions. Les nombreuses transformations magiques animalières de Merlin et Moustique mettent en avant la communion des personnages avec la nature et donnent lieu à de belles idées visuelles. Un beau film pour enfant (mais pas que) qui mériterait bien une petite réévaluation.

Arthur à la sauce américaine : Le Roi Arthur – Antoine Fuqua (2004)

Réalisé par le très prolifique Antoine Fuqua (Equalizer, Les 7 Mercenaires …), Le Roi Arthur cuvée 2004, laisse de côté la magie pour employer une approche réaliste de la légende. L’histoire prend place en 467 et prend le parti-pris de faire d’Arthur (Clive Owen) un officier romain menant sa troupe de soldats lors d’une ultime mission. Guenièvre (Keira Knightley) est également loin de sa représentation habituelle, transformée ici en guerrière peinturlurée maniant l’arc comme personne.

Le film se revendique comme étant « la véritable histoire du Roi Arthur » mais présente néanmoins de nombreuses incohérences chronologiques et se base en fait sur les écrits de Linda Ann Malcor, qu’aucun historien n’a validés. Malgré son beau casting et le savoir-faire de Fuqua, le film souffre d’un rythme très bancal et d’une vision manichéenne de la légende arthurienne réductrice et stérile. A oublier.

La série incontournable : Kaamelott – Alexandre Astier (2005 – 2009)

Impossible d’aborder ce dossier sans parler de la série d’Alexandre Astier, véritable bijou d’humour et d’émotions. L’amour d’Astier pour ce récit légendaire se ressent à chaque instant et son approche des personnages est inédite. Sous les couches d’humour de Kaamelott se cache en fait un cœur plus sombre, qui étalera toute sa noirceur et sa puissance dramatique dans les livres V et VI. Ici, Arthur est un éternel incompris dépressif, entouré d’une bande faite de joyeux losers (Perceval, Karadok…) et de sociopathes dangereux (Léodagan, Lancelot…).

Le succès de la série en France, diffusée sur M6 à l’époque, a contribué, sous couvert de programme comique du soir, à faire connaître le déroulement de cette histoire incroyable à de nombreux téléspectateurs. Quant on sait qu’Astier prévoit 3 longs-métrages pour l’avenir de Kaamelott, dont la dernière saison a déjà 8 ans, on en a des frissons d’excitation !

Le retour du Roi : Le Roi Arthur : La Légende d’Excalibur – Guy Ritchie (2017)

C’est le cinéaste anglais Guy Ritchie (Snatch, Rock’N’Rolla …) qui reprend le flambeau pour livrer un nouveau film sur la légende d’Arthur. Le Roi élu sera ici interprété par l’excellent et charismatique Charlie Hunnam et son père, Uther Pendragon, reprendra vie sous les traits d’Eric Bana. L’antagoniste du film, le roi Vortigern, sera quant à lui interprété par Jude Law. Au vu de la bande-annonce, Guy Ritchie semble reprendre le style nerveux et décomplexé qu’il avait adopté sur ses deux Sherlock Holmes et compte donc ici, une fois de plus, dynamiter et moderniser un récit légendaire.

Le film montrera un Arthur à la « coolitude » non dissimulée, tenant les faubourgs de Londonium avec sa bande, sans soupçonner le destin qui l’attend. Jusqu’au jour où il s’empare de l’épée Excalibur et se saisit, dans le même temps, de son destin exceptionnel. Le Roi Arthur : La Légende d’Excalibur sortira en salle le 17 mai prochain.

Pour conclure

La légende arthurienne a toujours fasciné les artistes et les cinéastes, en témoigne le grand nombre d’œuvres inspirées de ses écrits. Si nous venons d’en aborder quelques unes, nombreux sont les laissés-pour-compte et, du Seigneur des Anneaux à Harry Potter, en passant par Star Wars, innombrables sont les films, les livres et les sagas imbibées de l’aura d’Arthur. C’est probablement là le propre des grandes histoires : laisser une marque dans l’inconscient collectif en abordant des thèmes aussi fondamentaux et universels que l’amitié, l’amour, le courage, la trahison, l’espoir… C’est nous transporter dans un autre monde, qui n’est, finalement, peut être que le reflet du nôtre. Parce qu’à l’arrivée, tout ce qui compte, c’est la magie.

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