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Gros Plan : Pixar ou le rêve intergénérationnel

“Coco”, le nouveau film estampillé Pixar, vient de sortir dans les salles française il y a quelques jours. L’occasion pour nous de revenir sur l’histoire du studio d’animation à la petite lampe et d’essayer de comprendre ce qui le rend si unique.

Qu’est ce qui fait qu’un film nous parle ? Comment, à travers le prisme du divertissement familial, une œuvre parvient-elle à aborder des thèmes riches et complexes ? Pixar Animation Studio est, au fil des années et par le biais d’une incroyable filmographie, devenu une véritable institution. Au point que, quand un film Pixar sort en salle, ce n’est pas seulement les enfants qui frétillent d’excitation, mais bel et bien toute la famille ! Lorsque les parents se déplacent pour voir un film Pixar, ce n’est pas « juste » pour accompagner leurs petites têtes blondes, mais parce qu’ils savent qu’ils ressortiront, eux aussi, des étoiles plein les yeux. Mais alors, comment en est-on arrivé là ? Comment un petit groupe d’animateurs d’une entreprise en fin de vie est-il parvenu à régner sur le monde du cinéma d’animation ? Décryptage.

Le début de la flamme

Créé en 1979 sous le nom Graphics Group, Pixar était alors la division informatique de LucasFilm, la société de production de George Lucas. En 1985, Graphics Group est racheté par Steve Jobs, qui en devient le PDG. Dés lors, l’entreprise change de nom et devient Pixar. Steve Jobs en fait alors une branche spécialisée dans le matériel informatique haut de gamme, dont l’un des principaux acheteurs se trouvera être un certain Disney Pictures

Pixar accusant des ventes en baisse au fil des années, John Lasseter, l’un des employés de le compagnie, décide de créer de courtes animations 3D pour démontrer les capacités des ordinateurs vendus par la compagnie. C’est ainsi que naîtront les tout premiers courts-métrages du studio. Lasseter et son équipe animeront même par la suite des publicités en images de synthèse pour des grandes marques. Mais c’est en 1995 que le studio entame véritablement l’ascension qu’on lui connaît en se lançant dans la création de longs-métrages d’animation en partenariat avec Disney. Le premier projet mis en place s’intitulera Toy Story et sera réalisé par John Lasseter lui même.

Toy Story ou comment entrer dans la cour des grands

Premier long-métrage réalisé entièrement en images de synthèse, Toy Story rencontre un immense succès lors de sa sortie en 1995, pendant les fêtes de Thanksgiving aux Etats-Unis. Plus que la prouesse technologique du film, c’est l’histoire et le concept même de l’œuvre qui enchantent les spectateurs et font se déplacer les foules. Des jouets qui prennent vie dès que leur propriétaire a le dos tourné ? Merveilleux ! Chaque enfant rentré chez lui après la séance s’imagine dès lors que ces animaux en plastiques et ses petits soldats vivent d’incroyables aventures quand il n’est pas là ou lorsqu’il dort tranquillement. De plus, le fait de mettre en scène des jouets en guise de personnages principaux est une aubaine pour Disney, qui peut ainsi facilement capitaliser sur tout un tas de produits dérivés.

Mais avoir un concept original et une technique d’animation à la pointe ne fait pas tout. Si Toy Story est aujourd’hui reconnu comme un chef-d’œuvre de cinéma, c’est aussi parce qu’il traite de thèmes complexes avec une grande justesse et une maturité inattendue. La jalousie, l’amitié, la peur de l’abandon… Enfant ou adulte, tout le monde peut trouver des liens avec sa vie de tous les jours et ses grands questionnements intérieurs. Pixar propose un récit à mille lieux des productions habituelles de Disney, avec ses princesses naïves et ses méchants uniforme. Toy Story parle à notre imaginaire et à notre âme d’enfant avec une véracité et une sincérité incroyables, et c’est ce qui le rend si éternel.

L’ascension continue

Face au succès mondial du film, Pixar signe un nouveau contrat avec Disney pour réaliser cinq autres longs-métrages d’animation dont le prochain sera 1001 Pattes (1998), toujours réalisé par Lasseter. Les aventures de la petite fourmi bleue seront suivies par Toy Story 2 (1999), qui n’était pas prévu dans le contrat de base mais s’ajoutera suite à la volonté de Pixar, Monstres et Cie (2001), Le Monde de Nemo (2003), Les Indestructibles (2004) et Cars (2006), avec un succès toujours croissant.

En 2006, Pixar est entièrement racheté par The Walt Disney Company et devient une filiale de Walt Disney Pictures. Depuis, le studio n’a eu de cesse de croître et comptabilise aujourd’hui 19 longs-métrages, dont 9 ont étés nommés pour l’Oscar du meilleur film d’animation depuis la création du prix en 2002.

Pixar est aujourd’hui basé à Emeryville, en Californie.

Décryptage d’une formule magique

L’une des grandes forces de Pixar, c’est de parvenir à procurer des enseignements de vie à travers des thèmes universels tels que le courage, l’amitié, la coopération, l’engagement, le deuil, le pardon… et quoi de mieux pour faire cela que de passer par le film d’animation, par définition adressé à un public jeune ? Les thèmes et enseignements soulevés par Pixar nous sont donc apporté à l’âge le plus adéquat : celui où l’on se construit, où l’on apprend chaque jour un peu plus comment fonctionne le monde qui nous entoure et où l’on tente de trouver sa place à l’intérieur de celui-ci.

Une autre des réussites de Pixar est de parvenir à s’adresser à un public très large sans jamais tirer sur la corde de la condescendance ou de l’infantilisation. Le studio fait le choix de ne pas s’adresser aux enfants comme tels, mais plutôt comme des adultes en devenir. Ceci peut être vu, en quelque sorte, comme l’une des marques de fabrique secrètes du studio et c’est probablement l’une des raisons pour lesquelles chaque nouvelle sortie Pixar est un rendez-vous tant attendu par le public.

De plus, la compagnie d’animation a toujours su aller au delà de l’aspect technique pour se concentrer sur ce qui est, et restera toujours, le plus important lorsqu’il s’agit de cinéma : l’histoire. John Lasseter l’a d’ailleurs dit lui même : « l’ordinateur n’est qu’un outil, il est stupide et fait ce qu’on lui demande ». Utiliser la performance technique pour servir l’histoire et son propos, voilà donc un autre ingrédient de la formule magique de Pixar. La grande capacité des artistes y travaillant à créer des personnages riches et attachants vient du fait qu’avant d’être magnifiquement conçus et animés, ceux-ci sont écrits avec intelligence et profondeur.

Sortir du moule

Bien que Pixar fasse partie intégrante de Disney Pictures, le studio est toujours parvenu à développer ses œuvres de manière entièrement libre. Il semble même que la petite lampe mette un point d’honneur à se démarquer de la grosse souris. Ceci en insufflant à ses productions une maturité inédite et une véritable complexité psychologique.

Il suffit par exemple de regarder Vice-Versa (2015) pour voir à quel point Pixar sait se montrer peu conventionnel, voir politiquement incorrect, au sein du géant bien pensant Disney. Le film de Pete Docter nous plonge dans le cerveau d’une enfant et au sein de ses émotions, en particulier la joie et la tristesse. Le film nous apprend que, pour être heureux, il ne faudrait jamais refouler ses peurs et ses fêlures, mais les accepter, voire même les embrasser pour mieux les comprendre. En somme, Vice-Versa nous dit que le bonheur n’est pas toujours la réponse, que nous avons le droit d’être triste et que la joie ne peut exister sans la tristesse. Faire passer ce message dans un film pour enfant, cela est plutôt osé, vous ne trouvez pas ? Et pourtant, c’est à cette période que nous avons le plus besoin d’apprendre ces choses-là. En particulier dans une société parfois hypocrite qui a tendance à fuir ses peurs à tout prix pour se concentrer sur un bonheur artificiel et éphémère.

L’acceptation de ses peurs, c’est également le grand sujet de Monstre et Cie, petit bijou d’inventivité sorti en 2001, qui nous place de l’autre côté de la porte, dans le monde des “monstres sous le lit” qui nous terrorisaient étant petit. Le film est un véritable concentré du génie de Pixar. Drôle, émouvant et parfaitement rythmé, le studio trouve, une fois de plus, la formule parfaite et livre une œuvre intelligente et accessible. Monstres et Cie nous parle de la peur de l’inconnu et nous pousse à casser les barrières de nos idées préconçues. Ne pas bêtement accepter ce que l’on nous dit, forger son esprit critique et constamment questionner le pouvoir en place… Voilà un magnifique message qui concerne aussi bien les petits que les grands.

Changer la façon dont nous voyons le monde et nous pousser à la reconsidération de nos acquis… Ceci est aussi le message, plutôt ambitieux, que semble vouloir transmettre Wall-E (2008). Réalisé par Andrew Stanton, il s’agit probablement là de l’un des films les plus risqués de Pixar, tant son univers visuel (une planète terre à l’agonie devenue une immense décharge) et ses personnages (deux robots muets) semblent être à des années lumières de ce qu’un film d’animation pour enfant a l’habitude de proposer. Le long-métrage, pratiquement dépourvu de dialogues, évoque autant le cinéma muet (notamment les films de Buster Keaton avec son comique de gestes et son humour parfois à la limite du burlesque), que les films de science-fiction des années 70 (2001 L’Odyssée de l’espace). Wall-E n’hésite pas à nous balancer à la figure tous nos pires défauts. Ici, la vanité de l’être humain et la société de consommation massive qu’il a mise en place ont définitivement fini de tuer la planète. Ce qui n’empêche pas les derniers survivants de reproduire ces erreurs dans un immense vaisseau-croisière. Certes, un enfant ne réalisera probablement pas toute la richesse thématique du film et s’accrochera plus facilement aux traits principaux de l’intrigue, mais la graine est néanmoins plantée, et germera en temps voulu.

Ajoutez à tout cela une revisite du film de super-héro (Les Indestructibles), les péripéties salvatrices d’un vieil homme face au deuil de sa femme (Là-Haut) et les aventures d’un rat d’égout rêvant de devenir chef cuisinier (Ratatouille) et vous obtenez une filmographie riche et variée qui n’a jamais hésité à bousculer les convenances pour proposer des œuvres vibrantes et originales.

Petite baisse de régime ?

Cela étant dit, peut-on véritablement parler d’un parcours sans fautes ? Pas vraiment, tant, ces dernières années, Pixar semble accuser une légère baisse de régime quant à la qualité de ses productions. Que ce soit à travers des suites flemmardes capitalisant sur le succès des premiers films (Cars 2 et 3, Monstres Academy, Le Monde de Dory) ou bien des œuvres inédites qualitativement en deçà (Rebelle, Le Voyage d’Arlo), certains diront que le studio d’animation a perdu de sa superbe. Mais l’erreur est humaine et, si ces œuvres s’avèrent effectivement plus faibles que le reste de la filmographie du studio, elles ne se situent pas moins sur le haut du panier en terme de cinéma d’animation. Et l’on ne doute pas que Pixar saura reprendre du poil de la bête et aura encore de très belles années devant lui, tant certains de ses derniers travaux relèvent du génie pur (Toy Story 3).

Dreams for tomorrow

Voilà, ce petit tour d’horizons touche à sa fin. Nous avons ici tenté de comprendre ce qui fait que Pixar est Pixar… Pourquoi et comment le studio d’animation américain nous fascine tant ? Ce n’est pas pour rien si la compagnie a souvent été imitée… Mais même lorsque Dreamworks ou d’autres studios n’ont eu de cesse de sortir leurs propres films en volant de façon à peine camouflée les idées et personnages de son concurrent (Le Monde de Nemo = Gang de RequinsMonstres et Cie = Monstres Contre Alien), Pixar a toujours su continuer sa route sans détourner le regard et voguer vers des horizons toujours plus merveilleux.

Tout cela pour en venir à la conclusion que Pixar reste un cas assez unique dans le monde du cinéma. Il est, en effet, rare qu’une société de production parvienne à ce point à créer une patte visuelle et narrative imprégnant chacun de ses films,  et ce malgré la variété des artistes et réalisateurs impliqués sur les projets.  La magie de Pixar ne réside pas seulement dans sa capacité à nous faire retomber en enfance, mais également dans son enthousiasme à délivrer des messages forts tout en remodelant notre conception du monde. 

Ne vous en faites pas, Pixar n’a définitivement pas fini de nous faire rêver puisque le planning de ses prochaines sorties s’avère des plus excitant ! Outre Coco, en salle depuis mercredi 29 novembre, nous aurons la joie de découvrir deux suites très attendues : Les Indestructibles 2 (en salle le 4 juillet 2018 et dont le premier teaser est sorti il y a quelques jours) et Toy Story 4, prévu pour juin 2019. Stay tuned.

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