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#LCDLS : Dracula de Francis Ford Coppola

En 1992, sortait “Dracula” de Francis Ford Coppola. Pour fêter les 25 ans de ce film majeur, nous vous proposons une petite visite guidée au cœur du manoir du vampire le plus célèbre de l’histoire.

Lorsque l’un des plus grands réalisateurs de son époque se lance dans l’adaptation d’un roman d’horreur légendaire, le résultat ne peut que faire des étincelles… Et c’est véritablement un brasier de l’enfer qui vient enflammer nos attentes de cinéphiles à la vision de ce Dracula. Francis Ford Coppola, l’artiste visionnaire à qui l’on doit les chefs-d’œuvres que sont la trilogie du Parrain et Apocalypse Now, parvient donc sans mal à poser sa patte sur cette histoire mêlant horreur, romance et fantastique.

Amour et Damnation

Transylvanie, 1462. Le comte Vladislas Dracula, un chevalier roumain revenu de guerre, découvre douloureusement le suicide de son épouse. Celle-ci a en effet mis fin à ses jours en apprenant la fausse nouvelle de la mort de son bien-aimé. Le suicide étant considéré comme un péché absolu par l’Église, elle se trouve damnée à tout jamais. Sombrant dans la folie, le comte décide de faire appel à d’obscurs esprits pour tenter de venger sa mort. Il deviendra le tout premier vampire.

Ce sont quatre siècles plus tard que prennent place les événements du film de Coppola, lorsqu’un jeune clerc est envoyé en Transylvanie pour conclure la vente de l’Abbaye de Carfax à un certain comte Dracula… Le comte découvrira, au moment de la signature, que la fiancée du jeune notaire ressemble comme deux gouttes d’eau à sa défunte épouse… Il décide alors de se rendre à Londres sous les traits de sa jeunesse afin de la rencontrer.

En grand romantique, Coppola décide de concentrer son récit autour du thème de l’amour. L’amour éternel que voue Dracula à son épouse le poussera dans les recoins les plus sombres de l’existence… Pour finalement lui offrir la voie de la rédemption. Pour Stoker comme pour Coppola, l’amour est la raison de tout, il est l’énergie à la fois cruelle et salvatrice de l’existence. Quant à Dracula, l’amour a fait que le temps n’est plus, condamné à vivre éternellement la souffrance de la perte de sa femme. Devenu vampire et résolu à se nourrir du sang d’innocents… Le baiser de vie devient baiser de mort.

Une adaptation fidèle

Tout est dans le titre original : Bram Stoker’s Dracula. En choisissant d’inclure le nom de l’auteur, Coppola délivre un message : Son film sera le plus fidèle possible au roman. Bien sûr, une adaptation, par définition, change le support de l’œuvre de base. Passer du roman à l’écran nécessite donc de prendre certaines libertés afin d’adapter la narration au nouveau medium. Mais les changements opérés par Coppola et son équipe ne se feront que dans l’optique de livrer l’histoire la plus intense possible tout en rendant hommage au livre.

C’est cette fidélité au matériel de base qui distingue en premier lieu ce Dracula 1992 des (nombreuses) précédentes adaptations. En effet, que ce soit le Nosferatu de Murnau (1922), le Dracula de Tod Browning (1931) ou encore le Prince des Ténebres de Terrence Fisher (1966), tous ont pris de grandes libertés vis à vis de l’histoire écrite par Bram Stoker en 1897. Ici, nous retrouvons toutes les caractéristiques du vampire décrites dans le roman, ce qui va des métamorphoses animales aux faiblesses de la créature mystique concernant la lumière du jour, les croix et les pieux en bois. Nous nous trouvons donc bien loin de la vision des vampires dans le cinéma d’aujourd’hui (merci Twilight). Dracula est un véritable concentré de ce qui fait toute la légende et la spécificité des vampires. Car oui, le vampire n’est pas seulement un grand romantique, c’est aussi un être maléfique et manipulateur, constamment à la recherche de victimes pour apaiser sa soif de sang.

Pour porter à l’écran le roman éponyme, Coppola s’entoure d’un casting prestigieux. Outre Gary Oldman, qui brille de nuances et d’intensité en Dracula et trouve ce qui reste probablement son meilleur rôle, Winona Ryder nous offre une interprétation à fleur de peau en jeune fille innocente et Anthony Hopkins se montre très convaincant en chasseur de vampires. Seul le jeune Keanu Reeves, encore au début de sa carrière, semble un peu perdu dans le rôle du jeune clerc. A noter aussi la présence furtive mais marquante de Monica Bellucci en succube de Dracula.

Expérimentations visuelles

Ce qui frappe à la vision de ce Dracula, c’est le véritable fourmillement visuel que propose Francis Ford Coppola. Le film s’avère être un copieux festin pour les yeux et l’on sent bien que le réalisateur se sert du roman comme une solide base sur laquelle développer ses expérimentations visuelles. Le cinéaste évoque tout une imagerie gothico-fantastique en nous plongeant dans les décors industriels du 19e siècle et dans les recoins les plus sombres et étranges des vastes demeures victoriennes.

Coppola pénètre dans notre esprit par le biais d’images iconiques, qui restent néanmoins toujours au service de l’histoire. Avec ses cadrages alambiqués et ses somptueux éclairages en clair/obscur, Dracula ne se contente jamais de « juste » adapter le roman épistolaire de Bram Stoker, il est un constant festival visuel et sensitif, où chaque trucage et angle de caméra abrite une inventivité folle. Un drame romantique épique qui marque le cœur et la rétine avec une incroyable puissance d’évocation.

Jusqu’à la fin des temps

En présentant un Dracula ridé et vieillissant, le réalisateur casse le mythe du vampire beau et charismatique. Mais c’est pour mieux le reconstruire par la suite tout au long de son film. Le comte accuse le poids du temps passé et de sa tristesse. Il transcendera finalement les époques et lignes temporels lors d’un final mêlant passé, présent et futur pour vibrer à jamais dans l’éternel.

Sensuel, sanglant, lyrique, onirique… le Dracula de Coppola reste certainement l’une des plus belles interprétations du mythe du Vampire. Le succès critique et publique du film à sa sortie il y a 25 ans montre la capacité de l’œuvre à atteindre les spectateurs par des images fortes au service d’un récit au sein duquel la puissance de l’amour contrôle tout. Car les nombreuses faiblesses du comte (lumière, pieux etc) ne seront finalement rien face à ce qui le condamnera à tout jamais : un amour au dessus de tout, dévastateur en diable. C’est cette même passion qui a animé le cinéaste tout au long de sa carrière et qui se dévoile une nouvelle fois sous nos yeux ébahis à la découverte de Dracula.

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