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A Beautiful Day – Notre avis

Dans « A Beautiful Day », le duo Lynne Ramsay-Joaquin Phoenix parvient à trouver une mélancolie insoupçonné à travers l’histoire sordide d’un vétéran de guerre parti en vendetta contre un vaste réseau de prostitution de mineures.

Que Joaquin Phoenix revienne d’entre les morts en enchaînant les grands films depuis le canular de I’m Still Here, jusqu’à glaner le prix d’interprétation au dernier festival de Cannes, n’a, au fond, rien de très étonnant. Dans A Beautiful Day (ex-You Were Never Really Here) de Lynne Ramsay, qui a aussi remporté le prix du scénario, il perpétue, au-delà de son faux break gagesque, un personnage qui lui colle à la peau depuis ses derniers films avec James Gray (La Nuit nous appartientTwo Lovers et The Immigrant).

Deux hypothèses : soit celui-ci choisit ses rôles pour former l’œuvre cohérente d’un éternel indécis, frustré par son décalage permanent (voir notre Gros plan sur l’acteur), soit les différents metteurs en scène qui l’emploient (Paul Thomas Anderson, Spike Jonze, Woody Allen et donc Lynne Ramsay), voient tous en lui ce même solitaire paumé, perpétuant ce personnage au-delà des genres et des styles très différents de leurs œuvres respectives.

Histoire d’un éternel égaré

Car si Joe, qu’incarne Joaquin Phoenix ici, est la tête d’affiche d’un film qui n’a pas grand chose à voir, formellement comme thématiquement, avec The Master, Her ou L’Homme irrationnel, l’histoire de ce personnage reste intimement liée à celles des protagonistes qu’il campait dans ces films là. Joe, comme Freddie, Theodore ou Abe, est un indécis qui souffre de ne pas savoir où se situer. Est-il un tueur à gages ? Est-il un fils dévoué à sa mère, qu’il chérit ? Au fond, un peu des deux. D’où son mal-être : son passé d’enfant, probablement battu par son père, et son passé d’ex soldat au Moyen-Orient, troublent toutes ses perceptions, résultant une absence totale de repères destructrice.

Narré de son point de vue, agrémenté des visions surréalistes qui le hantent par des cuts brutaux, A Beautiful Day amène en cela à se demander, tout au long du film, si Joe est un sociopathe, un justicier, ou bien les deux. Lynne Ramsay livre ici un personnage à l’ambiguïté passionnante, que personne n’aurait pu plus justement incarner que Joaquin Phoenix.

Un début de vendetta

A Beautiful Day s’ouvre à New York sur le bouclage d’un des contrats de Joe, tueur à gages qui nettoie les indices de son crime, retire les preuves de la chambre d’hôtel, puis appelle son commanditaire pour lui indiquer que le travail est fait. Par contraste, Joe rentre ensuite chez sa mère pour la mettre au lit : doux comme un agneau, Joe semble être un grand enfant qui, paradoxalement, se salit les mains à la place des « adultes » de ce monde. Cette simple histoire de tueur à gages se décante ensuite lorsqu’une de ses opérations tourne mal.

Après avoir secouru la fille d’un homme politique important des griffes d’une maison de passe où sont exploitées des mineures, celle-ci est récupérée par les forces de l’ordre et Joe manque de peu de se faire tuer à l’occasion. Par la suite, une série d’événements dramatiques vont l’amener à essayer de mener une vendetta sanglante contre un vaste réseau de prostitution de jeunes filles, pour trouver, en cela, la rédemption qui manquait à sa vie misérable.

Halluciné et surréaliste

Le pitch peut évidemment faire penser à Taxi Driver, par ses nombreuses similitudes qu’il développe avec le chef d’œuvre de Scorsese : les bas-fonds de New York, le pétage de plomb d’un vétéran de guerre, le sauvetage sanglant d’une jeune fille ou l’amplitude gouvernementale de l’organisation contre laquelle se dresse Joe, au même titre que Travis Bickle. Pourtant, dans les faits, A Beautiful Day n’est ni le défouloir sauvage, ni l’exutoire salvateur auquel on pourrait s’attendre au départ, mais une introspection dans l’esprit torturé de Joe.

En agrémentant d’images subliminales surréalistes son film, Lynne Ramsay se situe paradoxalement dans un registre plus intime et psychologique que prévu. Les séquences les plus marquantes du film résident, par ailleurs, dans des scènes d’un calme surprenant, en opposition aux déchaînements de violence dont la sauvagerie gagne ainsi en intensité par la rareté de leurs occurrences dans le film.

By NWR

A Beautiful Day est, en cela, l’incarnation parfaite de l’influence que peut avoir le cinéaste danois Nicolas Winding Refn (Bronson, Drive, The Neon Demon) dans le cinéma contemporain (quand celle-ci est bien digérée). A Beautiful Day ressemble bien plus à Only God Forgives qu’à Taxi Driver, ou à Léon, au-delà des grandes similitudes scénaristiques qu’il entretient avec eux.

La castration et la frustration, présentes à la fois dans le film de Ramsay et dans le film de Refn, font, ainsi, le lien entre ces deux derniers : Joe, en frappant tout ce qui bouge, semble compenser la domination physique qu’a, semble-t-il, exercé son père sur lui lors de sa jeunesse. Sans la dimension théologique du film de Refn, le mysticisme ultra-violent qui habite le Joe de Joaquin Phoenix ici semble donc suite à celui du Julian de Ryan Gosling.

Un contre-pied parfait

Cependant, Lynne Ramsay réussit ici, contrairement à la froideur du formalisme chirurgical de Refn, à dégager une émotion palpable tout au long d’un film qui, au départ, semblait pourtant ne pas se prêter à ce genre de sensibilité. La perdition de Joe, le sentiment que tout s’écroule autour de lui sans que celui-ci puisse faire quoique ce soit, exaltent sa frustration d’être constamment un temps en retard, entretenant une impuissance troublante. La frustration du spectateur lui-même vient alors de pair avec celle de Joe.

A Beautiful Day prend, en cela, le contre-pied du film de vengeance : ce n’est certainement pas le trip cathartique sanglant qu’on veut nous vendre, au contraire, A Beautiful Day est un film frustrant. Et cette frustration permanente que le film entretient du début à la fin amène à se demander si, de toutes manières, la vengeance nous libère véritablement, en tant qu’homme, mais aussi en tant que spectateur. « Où aller ensuite ? » serait plutôt la question à se poser.

 

A Beautiful Day de Lynne Ramsay, en salle le 8 novembre 2017. Ci-dessus la bande-annonce.

Que Joaquin Phoenix revienne d’entre les morts en enchaînant les grands films depuis le canular de I’m Still Here, jusqu’à glaner le prix d’interprétation au dernier festival de Cannes, n’a, au fond, rien de très étonnant. Dans A Beautiful Day (ex-You Were Never Really Here) de Lynne Ramsay, qui a aussi remporté le prix du scénario, il perpétue, au-delà de son faux break gagesque, un personnage qui lui colle à la peau depuis ses derniers films avec James Gray (La Nuit nous appartient, Two Lovers et The Immigrant). Deux hypothèses : soit celui-ci choisit ses rôles pour former l’œuvre cohérente d’un éternel…

Note de la rédaction

Note de la rédaction

Bilan très positif

Lynne Ramsay et Joaquin Phoenix orchestrent un thriller surréaliste dont la frustration, très violente, contraste avec la beauté suspendue d'instants de perdition saisissants. Audacieux et réussi.

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