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Bienvenue à Suburbicon – Notre avis

Dans une comédie grinçante de haute volée, George Clooney réussit un très bon film noir et un récit acerbe de la société américaine. Sans révolutionner ni le cinéma ni le genre, Bienvenue à Suburbicon est un film important dans la carrière de son réalisateur.

Bienvenue à Suburbicon, petite bourgade américaine modèle, blanche, aisée et raciste de la fin des années 50 ! Depuis sa maison, semblable dans sa perfection étriquée à ses voisines, le jeune Nick va assister à l’embrasement du quartier suite à l’installation d’une famille noire. Alors qu’il observe l’emprise de ces délires identitaires, il découvre qu’au sein de sa propre famille un terrible drame se joue.

Bienvenue à Suburbicon, sixième film de George Clooney, transpire l’aisance, le contrôle. Il ne pouvait pas vraiment en être autrement avec une telle dream team. Les frères Coen, George Clooney, Matt Damon, excusez du peu. Auxquels il faut aussi ajouter Julianne Moore et Oscar Isaac, tout en jeux jubilatoires.

Le noir leur va si bien

Il y a une inspiration continue de Fargo, le chef d’œuvre noir des frères Coen. Après avoir surtout joué les idiots dans leurs films, Clooney livre avec ce film une revanche respectueuse. En réalisant un scénario que les Coen avaient sous le bras depuis la fin des années 90, il s’offre aussi une performance de prestige.

Intrigues très proches, même humour grinçant et bassesse identique des intentions. Arnaque à l’assurance, trahisons et fuite en avant : tout se met en place puis se désagrège dans une narration parfaitement huilée. La peinture des caractères est acide et généreuse. On assiste avec délice au déroulé d’un bestiaire fascinant où la bêtise et le machiavélisme y côtoient la cruauté et la violence. Et à ce sujet, gloire doit être rendue à la distribution.

En deux courtes scènes touchées par la grâce, Oscar Isaac s’annonce comme prétendant légitime à l’Oscar du meilleur second rôle. Son rôle génial d’enquêteur pour une compagnie d’assurances vole littéralement la vedette à Matt Damon.

Quant à ce dernier, au demeurant excellent, il surprend et terrifie dans une composition particulièrement perverse. Il est un des seuls comédiens à maîtriser aussi bien l’art de mêler au gentil benêt le très sale type. Pour incarner cette Amérique mortifère, le choix de Matt Damon est donc totalement payant. Il personnifie à la perfection la psychose américaine : un puritanisme et une bonhomie naïve qui dissimulent autant qu’ils nourrissent une perversité et une violence extrêmes.

L’acteur est mort, vive George Clooney

Pour la première fois, le réalisateur n’apparaît pas dans son film. C’est le signe que George Clooney, maintenant hors champ, s’engage dans une voie plus grave, matérialisant ainsi sa prise de recul. Ce n’est pas rien, quand l’essentiel de sa carrière s’est construite sur la légèreté de Daniel Ocean et sur l’image d’un VRP de luxe du café. Le temps des séduisants braquages est terminé, place à la critique et à la sagesse.

Dans Bienvenue à Suburbicon, le discours du cinéaste est accusateur. C’est dans les foyers blancs et pour les plus vils motifs que se déroulent les pires crimes. Point d’honneur, point d’humanité, et point d’issue. Pour ancrer profondément sa critique, le film adopte le point de vue innocent du jeune garçon. Un outil de fausse nostalgie pour décrire les maux originels d’une société fracturée. La résonance avec la présidence Trump et l’épisode de Charlottesville est certes coïncidente, mais elle donne au film une dimension critique surprenante.

C’est une différence notable avec Fargo, dont le sens moral était plus intime et plus contemplatif. Mais la présence d’une dimension politique dans Bienvenue à Suburbicon n’est pas vraiment une surprise. Cela semble même être nécessaire dans le changement de statut que cherche George Clooney : devenir enfin un cinéaste d’envergure.

 

Bienvenue à Suburbicon de George Clooney, en salle le 6 décembre 2017. Ci-dessus la bande-annonce.

Bienvenue à Suburbicon, petite bourgade américaine modèle, blanche, aisée et raciste de la fin des années 50 ! Depuis sa maison, semblable dans sa perfection étriquée à ses voisines, le jeune Nick va assister à l'embrasement du quartier suite à l’installation d’une famille noire. Alors qu’il observe l’emprise de ces délires identitaires, il découvre qu'au sein de sa propre famille un terrible drame se joue. Bienvenue à Suburbicon, sixième film de George Clooney, transpire l’aisance, le contrôle. Il ne pouvait pas vraiment en être autrement avec une telle dream team. Les frères Coen, George Clooney, Matt Damon, excusez du peu. Auxquels il faut…

Note de la rédaction

Sur la bonne voie

Sur la bonne voie

Sur un scénario génial des frères Coen et avec des interprètes au sommet, "Bienvenue à Suburbicon" est un film à la production soignée, plein d'humour noir et empreint d'une ironie cruelle et subtile. A voir pour les délices du genre noir, et l'ambition d'un George Clooney décomplexé.

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