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Carbone – Notre avis

Après des allers-retours réussis dans les univers de flics corrompus et du grand banditisme, Olivier Marchal tente avec “Carbone” un polar à l’accent social et familial.

Carbone, cinquième film d’Olivier Marchal, est différent de ses prédécesseurs. Le film raconte la descente aux enfers d’un “civil”, ni flic ni voyou (une première pour l’ex-flic devenu cinéaste). Antoine Rocca (Benoît Magimel), chef d’entreprise, est un homme au bord de la faillite et en conflit avec sa famille. A court de solutions, il découvre une faille dans le marché de la taxe carbone. Préparant une vaste escroquerie, il va s’associer avec les mauvaises personnes.

A ce motif classique du polar vient s’ajouter un drame familial. Le beau-père de Rocca (Gérard Depardieu), milliardaire sans pitié, a son gendre en horreur et concourt de toutes ses forces à sa perte.

Avec Carbone, Olivier Marchal réussit un polar dans lequel on ne s’ennuie pas. La perdition de son personnage principal prend place dans un Paris nocturne que le réalisateur investit de son style. Fidèle à sa méthode, la noirceur est de rigueur. On retrouve bien sûr son goût pour les “gueules” de cinéma. La virilité est aussi de sortie, et s’entendent des dialogues parfois sur-écrits propres au polar de tradition française. Les personnages boivent beaucoup, fument tout autant, et ne dorment jamais. Agréable surprise, la présence sur la bande-son d’Orelsan. Et au milieu d’un casting de poids lourds, le jeune Idir Chender, brillant dans le rôle d’un jeune voyou impulsif.

Le paradoxe Carbone

Dans Carbone, les références à des grands films de gangsters sont légion. Scarface et L’Impasse de De Palma font l’objet de plusieurs clins d’œil appuyés, certains donnant des scènes réussies, d’autres moins. Par ailleurs, Olivier Marchal ne cache pas l’inspiration qu’il trouve dans les films de James Gray, et dans le récent A most violent year. Des œuvres qui avaient la qualité d’être plutôt “bavardes” et patientes, prenant leur temps pour monter haut le point d’où tomberaient leurs personnages.

Ici, la relation Rocca – Goldstein/Magimel – Depardieu n’est pas assez développée. Ces deux excellents comédiens ne parviennent qu’en partie à retranscrire sa violence. Ce qui devait être un motif important dans la conduite de l’intrigue accouche d’une rivalité sans saveur et presque anecdotique. Étrange pour Olivier Marchal, qui avait connu de la réussite avec ses duos, que ce soit en dirigeant Depardieu face à Auteuil dans 36 Quai des Orfèvres, ou aux côtés de Magimel dans le très contesté Truands. Ici, la déception dispute à la frustration de voir ce trio prometteur sous-exploité.

Aussi, les personnages incarnés par Michaël Youn et Laura Smet, l’ami et la femme aimée, semblent à l’économie. On ne fait en effet que deviner la loyauté de l’un pour son ami d’enfance, aspect pourtant intéressant de l’histoire. Et on ignore à peu près tout du personnage de Noah Van Strecht, conquête d’infortune d’Antoine Rocca. Celle-ci, malgré la justesse et la sensualité de son interprète, n’est qu’une faible respiration dans l’ultra-masculinité du film, et apporte peu à la dimension personnelle du drame.

La nuit ne lui appartient pas encore

Ainsi embarqué, le spectateur s’essouffle avec les personnages et l’histoire pour mieux se perdre dans la nuit. Le style sec et direct de Marchal, souvent plaisant et efficace, a néanmoins pour contre-point un manque de générosité qui empêche une réelle empathie du spectateur. Car très à l’aise dans les craquements du cuir de ses flics et voyous, le réalisateur l’est moins pour filmer l’intimité et l’ambivalence morale de ses personnages plus “communs” dans Carbone.

Parce qu’il va trop vite, sans expliquer suffisamment les enjeux, et ne s’illustrant que par fulgurances, le nouveau film de Marchal ne réussit pas entièrement son pari. D’une durée relativement courte (1h44) pour le déroulé d’une histoire aussi complexe, Carbone aurait pu durer un peu plus, afin de gagner l’ampleur qu’il revendique. On pourra donc regretter la sensation d’empressement et de précipitation du film.

C’était dans l’écart audacieux vers un genre moins policier et plus dramatique que se trouvait tout l’enjeu de Carbone. L’ambition de lier vaste escroquerie et drame familial, des motifs qui demandent de la patience, se heurte donc à une impatience de la forme. Polar appliqué et divertissant, Carbone a manqué de peu d’être beaucoup plus.

 

Carbone d’Olivier Marchal, en salle le 1er novembre 2017. Ci-dessus la bande-annonce.

Carbone, cinquième film d'Olivier Marchal, est différent de ses prédécesseurs. Le film raconte la descente aux enfers d'un "civil", ni flic ni voyou (une première pour l'ex-flic devenu cinéaste). Antoine Rocca (Benoît Magimel), chef d’entreprise, est un homme au bord de la faillite et en conflit avec sa famille. A court de solutions, il découvre une faille dans le marché de la taxe carbone. Préparant une vaste escroquerie, il va s’associer avec les mauvaises personnes. A ce motif classique du polar vient s’ajouter un drame familial. Le beau-père de Rocca (Gérard Depardieu), milliardaire sans pitié, a son gendre en horreur et concourt de toutes…

Note de la rédaction

Sur la bonne voie

Sur la bonne voie

"Carbone" est un polar actuel dans le plus pur style de Marchal, noir et empli d'anti-héros fatigués. Il tente avec ambition d'apporter au drame plus de complexité mais s'essouffle rapidement, victime de sa propre impatience.

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