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Coco – Notre avis sur le Disney Pixar

Le nouveau-né des studios Disney-Pixar allie avec brio humour et émotion. Interrogeant le choix de Miguel, entre fuite vers l’avant et conformisme familial, “Coco” est un véritable récit initiatique, autant qu’un hommage au folklore mexicain.

L’idée de Coco est née dans l’esprit de Lee Unkrich (Toy Story 3), secondé dans la réalisation par le scénariste Adrian Molina. D’origine mexicaine, ce dernier travaillait dans les studios Pixar depuis plus de 10 ans. Il a alors vu dans Coco l’opportunité de renouer avec ses racines. Le travail autour du film a duré environ six ans, incluant une enquête détaillée pour comprendre en profondeur les traditions mexicaines, et en particulier le symbolisme des offrandes lors du jour des morts.

On observe ainsi des autels dédiés aux défunts de la famille de Miguel, et couverts d’objets, de fleurs et de nourriture. Des œillets d’indes (« cempasúchil ») sont semées de l’autel jusqu’à la porte de la maison pour guider les âmes. Surtout, on apprend que chaque photo fait office de portail qui permet aux morts de visiter les vivants, et signifie que le défunt n’a pas été oublié. L’histoire de Miguel prend alors la forme d’une légende mexicaine, les codes du récit obéissant aux lois qui régissent la fête des morts. C’est en tenant dans sa main une fleur d’œillet que Miguel pourra passer d’un monde un l’autre.

Coco - Notre avis

Histoire de choix et rite de passage

C’est à l’aide de papel picado, ces papiers colorés en forme de squelettes, que le héros nous présente l’intrigue. Le jeune Miguel rêve de devenir musicien comme son idole, le grand Ernesto de la Cruz. Malheureusement pour lui, la musique a été bannie de sa maison depuis plusieurs générations. En choisissant de s’opposer à sa famille pour vivre sa passion, Miguel va déclencher une série d’aventures, qui vont le conduire dans le monde des morts, à la rencontre de ses ancêtres.

Le motif d’un passage du héros dans un autre monde est une thématique récurrente des films pour enfants, car c’est une métaphore de l’apprentissage qui va forger son identité. On la retrouve par exemple dans Alice au Pays des Merveilles, Le magicien d’Oz, ou Le monde de Narnia. Mais c’est un autre film, La légende de Manolo, qui entretient le plus de caractéristiques avec Coco – dans les deux, les héros sont des jeunes garçons qui rêvent de devenir musicien, contre l’avis de leur famille, et se retrouvent projetés dans le monde des morts. Cependant, alors que La légende de Manolo avait une structure très alambiquée, au point d’en devenir confuse, Coco maintient tout du long une narration cohérente, ce qui lui permet de développer un style exubérant sans se perdre.

Coco - Notre avis

Une touche baroque

Cette démesure baroque, superbement maîtrisée, se traduit par une explosion de couleurs, des décors tapageurs, et des courses-poursuites labyrinthique – surtout lors de la fiesta monumentale organisée par Ernesto de la Cruz. Ces éléments ne sont d’ailleurs pas sans rappeler la mise en scène de Gatbsy le Magnifique de Baz Luhrmann. Le personnage de Gatbsy étant, d’ailleurs, comme Ernesto, un homme séduisant arrivé au sommet de sa gloire par des moyens plus ou moins louables. Un personnage un peu caricatural et excessif, comme peuvent l’être les fanfaronnades du chien de Miguel, qui apporte une touche cartoonesque au récit. De même que le contraste entre la tante, vieille dame un peu revêche, et le jeune Miguel, créatif et intrépide, donne lieu à des situations burlesques.

Une note mélancolique 

À cet univers baroque du Royaume des morts, coloré et festif, se revêt par ailleurs des atours mélancoliques. Mémoire et oubli ont toujours été des thématiques récurrentes des intrigues pixariennes. Ils étaient, par exemple, déjà traités sur une tonalité proustienne dans des films comme Ratatouille (2007) ou Là Haut (2009). La musique qui parcourt le film lie les fantômes du passé aux figures du présent. “Ne m’oublie pas” chantait l’arrière grand père de Miguel. Cette musique est l’incarnation d’un souvenir, qui renaît de ses cendres chaque fois que cette mélodie est fredonnée.

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De plus, contrairement à un film comme Rêves d’or de Diego Quemada-Diez, où une partie de l’intrigue se passait au Mexique, et démontrait avec un réalisme cru la difficulté à passer la frontière des Etats-Unis, Coco raconte l’histoire d’une famille mexicaine sans axer sur des considérations sociales ou politiques, ce qui permet au récit d’atteindre une dimension universelle et atemporelle.

Pour conclure, le film aborde des questions délicates avec subtilité : la mort, Alzheimer, le sentiment d’être différent. Il nous rappelle l’importance du lien familial, de la force du souvenir qui survit à la disparition. C’est ce souvenir qui rétablit la présence là où se creuse le vide. Enfin, cette histoire incite à construire des ponts de fleurs pour relier les mondes, plutôt que des murs de pierres.

Après Le Monde de Nemo, Ratatouille et Là-Haut, et en attendant la sortie de Toy Story 4 en 2019, les studios Pixar offrent avec Coco une expérience visuelle et narrative à la charge émotionnelle rarement égalée.

 

Coco de Lee Unkrich et Adrian Molina, en salle le 29 novembre 2017. Ci-dessus la bande-annonce.

L'idée de Coco est née dans l’esprit de Lee Unkrich (Toy Story 3), secondé dans la réalisation par le scénariste Adrian Molina. D'origine mexicaine, ce dernier travaillait dans les studios Pixar depuis plus de 10 ans. Il a alors vu dans Coco l'opportunité de renouer avec ses racines. Le travail autour du film a duré environ six ans, incluant une enquête détaillée pour comprendre en profondeur les traditions mexicaines, et en particulier le symbolisme des offrandes lors du jour des morts. On observe ainsi des autels dédiés aux défunts de la famille de Miguel, et couverts d’objets, de fleurs et de nourriture. Des œillets d’indes (« cempasúchil ») sont semées de…

Note de la rédaction

Note de la rédaction

Premier de la classe

"Coco" allie avec brio humour, tendresse et mélancolie, dans une voyage initiatique rock'n'roll au cœur du Royaume des morts.

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