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Room 104 : Notre avis sur l’OVNI d’HBO

La série anthologie « Room 104 » marque le retour des frères Duplass sur HBO. Un résultat bien différent de « Togetherness », plus proche des premiers travaux de Mark Duplass. Une première saison inégale mais audacieuse et originale, portée par ses différents réalisateurs.

Un an s’est écoulé depuis l’annulation malheureuse de Togetherness au bout de deux saisons. La série évoquait avec justesse la crise familiale de quadragénaire et leurs difficultés à communiquer. Une plongée délicate dans l’intime qui semble à mille lieux de Room 104, nouvelle création des frères Duplass. En effet, celle-ci se présente dans un style totalement différent. Plus proche de ce qu’a pu faire Mark Duplass à ses débuts dans le cinéma indé, avec un goût certain pour l’horreur-fantastique.

Room 104, c’est avant tout un décor limité. Une chambre d’un hôtel miteux dans laquelle différents personnages (pas plus de deux ou trois) viennent vivre le temps d’un épisode. Une série anthologie donc, où chaque épisode apparaît comme une sorte de court-métrage. Empreint d’une certaine étrangeté, qui rappelle parfois les saisons anglaises de Black Mirror, Room 104 tourne surtout autour de thématiques humaines. Évoquant des questions d’identité, de couples, de famille…

Une liberté donnée aux réalisateurs…

Bien qu’il ait écrit la plupart des douze épisodes, Mark Duplass a tenu à laisser chaque réalisateur développer sa propre personnalité. Raison pour laquelle il désirait un budget assez réduit, pour permettre d’exprimer leur créativité sans contraintes financières. Cette liberté se ressent alors dans les changements de style très marqués. Mark Duplass a choisi pour cela des réalisateurs peu connus. Lors d’une présentation au ATX TV Festival (du 8 au 11 juin à Austin au Texas), il expliquait avec sa productrice exécutive, Sydney Fleischmann, avoir cherché des jeunes réalisateurs encore plus affamés qu’il ne l’était dans sa jeunesse. Un choix encouragé par HBO, toujours désireux de développer la créativité de ses auteurs.

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…Parmi lesquelles de nombreuses femmes

Ainsi, contrairement aux séries habituelles qui veulent qu’un showrunner coordonne l’ensemble et donne ses consignes aux réalisateurs, les frères Duplass les laissent s’exprimer sans avoir à suivre un cahier des charges, des codes visuels qui permettraient de relier les épisodes les uns avec les autres. Parmi ces réalisateurs, il faut déjà noter la forte présence de femme. La moitié pour être exacte. Sur les six épisodes mis à disposition de la presse par HBO, ce n’est pas moins de quatre réalisatrices pour un réalisateur (Doug Emmett, qui avait déjà réalisé plusieurs épisodes de Togetherness).

Des femmes pour autant pas entièrement novices. Comme Marta Cunningham, réalisatrice depuis peu d’une poignée d’épisodes de séries (Pretty Little Liars, Transparent), et Megan Griffiths, réalisatrice de quelques films qui non pas été distribués en France. Cependant, toutes se démarquent par un univers singulier. Comme Sarah Adina Smith et son goût prononcé pour le fantastique. Ou Dayna Hanson, qui met en avant son travail de chorégraphe. Du reste, on ne peut pas dire que les noms de So Yong Kim (Lovesong), Anna Boden et Ryan Fleck, Ross Partridge, Chad Hartigan, et Patrick Brice, soient plus évocateurs.

Des propositions audacieuses et singulières

C’est ainsi un univers singulier et original qu’on découvre à chaque épisode. Comme « The Internet » (épisode 5) qui se réduit à un jeune homme au téléphone avec sa mère. L’ensemble filmé en 4/3 pour évoquer le début des années 2000. Beaucoup auraient rendu ces vingt-cinq minutes ennuyeuses. Chez les Duplass (à l’écriture), cela prend la forme d’une douce avancée vers les sentiments les plus profonds. L’histoire d’un écrivain qui tente d’expliquer à sa mère comment lui envoyer son roman par mail, depuis son ordinateur oublié chez elle. Particulièrement drôle et frustrant, cet épisode révèle à la fin un twist simple, mais fort en émotion. Certainement le plus touchant de cette première saison.

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Bien qu’elle s’appuie principalement sur les différents récits, Room 104 dispose tout de même de vraies propositions de mise en scène audacieuses. « Voyeurs » (épisode 6), réalisé et écrit par Dayna Hanson, est en cela représentatif de la liberté créatrice laissée aux réalisateurs. Mêlant danse classique et contemporaine, elle raconte sous forme de ballet et donc à l’aide du corps de ses deux interprètes, l’histoire d’une femme de ménage. Celle-ci se prend d’une nostalgie après avoir fouillé les restes des derniers clients. Tel un conte, elle se retrouve confrontée à l’apparition d’une jeune fille en robe de nuit rouge. Un face-à-face poétique se met alors en place, symbolise d’une détresse identitaire commune.

Par sa sensibilité, Dayna Hanson livre une des propositions les plus belles et fascinantes vues à la télévision. Un résultat obtenu aussi en partie par la magnifique prestation de Sarah Hay, danseuse révélée dans Flesh and Bone. S’il est parfois à la limite de tomber dans le clip superficiel, cet épisode reste une expérience envoûtante. Avec ses changements de lumière très marqués aux néons, et le rythme du montage basé sur la danse. « Voyeurs » emporte ainsi tout sur son passage. Et s’il peut ne pas révéler tous ses secrets au premier visionnage, il continue d’habiter longtemps après.

Des inégalités tout de même

Évidemment, cette première saison de Room 104 est loin d’être parfaite. Et on ne peut pas nier l’inégalité qu’il y a entre les épisodes. Les moins convaincants restant ceux qui tendent vers le fantastique. On pense là à l’épisode 1, « Ralphie », et l’épisode 3, « The Knockandoo ». Deux épisodes réalisés par Sarah Adina Smith et écrits par Mark Duplass et Carson Mell. Ici, le problème ne vient pas de la réalisatrice. Celle-ci maintient par exemple une tension extrême dans le premier épisode. Il s’agit davantage des scénarios. Des histoires au fort potentiel – une baby-sitter qui doit garder un enfant instable et inquiétant, et une femme visitée par le prêtre d’une secte pour soigner ses traumas -, mise à mal par des conclusions bâclées.

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Reste alors de Room 104 le sentiment de découvrir un OVNI à chaque épisode et la promesse d’une nouvelle performance. Que ce soit une performance physique (des deux combattantes dans « The Fight », épisode 11) ou émotionnelle. Et s’il y a parfois le sentiment d’un étirement par les dialogues, pouvant prendre le pas sur des idées de mise en scène, ceux-ci se transcendent par la qualité de leurs interprètes. Comme Karan Soni, génial pendu au bout du fil dans « The Internet ». Ou Philip Baker Hall, déchirant dans « My Love » (épisode 12), où un couple d’octogénaires retourne dans la chambre de leur première nuit. Un excellent final pour une première saison plus que prometteuse.

Room 104 est à découvrir à partir du 28 juillet 2017 sur HBO et en US+24 sur OCS

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