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Sharp Objects : le thriller (trop ?) psychologique de Jean-Marc Vallée

CRITIQUE SÉRIE – Après avoir connu le succès avec « Big Little Lies », Jean-Marc Vallée renoue avec le format sériel avec « Sharp Objects », thriller davantage porté sur la psychologie d’une héroïne dans le mal.

Tout en donnant accès aux sept épisodes sur les huit qui composent la saison de Sharp Objects (mini-série créée par Marti Noxon), HBO nous informait d’un embargo, ou plutôt d’une demande des producteurs de ne pas révéler les différents rebondissements de la série, pour laisser ainsi au public le plaisir de les découvrir au fur et à mesure. Sur le papier, la demande n’a rien d’inhabituelle. Et même sans, nous nous serions abstenus de spoiler la série. Mais assez vite, on se rend compte devant Sharp Objects qu’il n’y a pas grand-chose à spoiler.

Car chez Jean-Marc Vallée (réalisateur de tous les épisodes), les rebondissements sont loin de faire partie de ses intérêts (son vocabulaire ?). Ce qui l’intéresse, c’est mettre en scène le mal-être de personnages en crise, et d’observer leur reconstruction. Dans ses œuvres les plus récentes, il s’agissait d’un cowboy atteint du VIH (Dallas Buyers Club), d’une ancienne addicte à la drogue et au sexe partant pour longue randonnée (Wild), d’un homme en quête d’émotion après la mort de sa femme (Démolition), ou encore d’une multitude de femmes bourgeoises au bord de la crise de nerfs (Big Little Lies).

Jean-Marc Vallée dans ses œuvres

Sharp Objects ne fait évidemment pas exception. Et il est assez intéressant de voir comment le cinéaste parvient, comme avec Big Little Lies, à s’accaparer une œuvre, en l’occurrence le roman Sur ma peau de Gillian Flynn. Camille Preaker (Amy Adams), journaliste ayant grandi à Wind Gap, est envoyée dans la petite ville du Missouri pour couvrir une affaire de meurtre. En effet, deux jeunes filles ont été enlevées, et une retrouvée mortes. Bien que les deux événements soient différents, la police locale les relie et porte ses soupçons sur le frère d’une des victimes. Instable psychologiquement, notamment très portée sur la boisson, Camille va devoir, en revenant chez elle, se confronter à ses démons du passé, personnifiés notamment par sa mère.

Sharp Objects : le thriller (trop ?) psychologique de Jean-Marc Vallée

Qui connaît le style de Jean-Marc Vallée, ne sera pas étonné de voir Sharp Objects s’écarter à ce point de l’enquête et du genre du thriller, pour se concentrer sur la charge émotionnelle de son héroïne et faire de la série un drame psychologique intime. C’est d’ailleurs ce que signifie son patron à Camille, en lui rappelant qu’elle n’est pas ici pour résoudre l’enquête, mais pour observer l’impact sur la ville – permettant ainsi à Vallée d’y aller de sa critique de l’Amérique. Tout comme Big Little Lies ne révélait le crime dans les derniers instants de la saison 1, Sharp Objects ne tiendra son réel rebondissement qu’à la fin de l’épisode 7. Le reste servant avant tout à étudier en profondeur Camille. Une jeune femme marquée durant son adolescence par le décès de sa sœur, longtemps étouffée par une mère névrosée, et qui porte sur elle les marque d’une profonde dépression.

Un format trop long ?

Évidemment, avec une mère digne de Norma Bates, qui refuse tout conflit, toute discussion, en déni même sur l’enquête qui anime la ville, Camille ne va pas aller mieux. C’est bien la relation entre les deux, mais également celle avec sa demi-sœur, Amma (Eliza Scanlen, à suivre) vicieuse et manipulatrice, et qui renvoie Camille au souvenir de sa sœur décédée, qui portent là la série. Et on sent bien que Jean-Marc Vallée n’a que faire du reste du récit – l’enquête du détective Richard Willis (Chris Messina) ne servant qu’à entrecouper l’histoire de Camille -, mais s’amuse à poursuivre une représentation cynique de la bourgeoisie et ses « ugly gossip », initiée dans Big Little Lies.

Sharp Objects : le thriller (trop ?) psychologique de Jean-Marc Vallée

Ainsi, avec son atmosphère poisseuse et son approche extrêmement sombre, Jean-Marc Vallée impulse de réelles qualités. Sa mise en scène est comme toujours soignée, marquée par l’utilisation habituelle de flashback pour enrichir au fur et à mesure son héroïne, la faisant avancer en dévoilant graduellement son passé. L’ambiance est pesante. Amy Adams et Patricia Clarkson excellent, et les rares apparitions de Sophia Lillis (Camille jeune, révélée dans Ça) et Lulu Wilson (vue dans Annabelle 2) sont sublimées par la caméra de Vallée. Mais Sharp Objects ne tient pas pour autant toutes ses promesses. Déjà, avec son style contemplatif et sa lenteur outrancière, où les dialogues se font rares (au profit de l’image, une qualité à noter), quiconque s’attendrait à un polar classique risque d’être rebuté. Les adeptes de Vallée, quant à eux, auront également des choses à redire.

Car là où le format sériel fonctionnait à merveille sur Big Little Lies, qui bénéficiait d’un panel de personnages aussi antipathiques que fascinants, mais toujours empathiques, Sharp Objects peine à trouver suffisamment de matière avec uniquement Camille en son centre. Notamment en milieu de saison, avec bien deux ou trois épisodes très étirés et à l’intérêt limité. À la longue, Vallée ne fait qu’appuyer des évidences, déjà comprises des épisodes auparavant. On finit par se lasser de voir l’enquête piétiner, Camille boire du matin au soir, faire des allers-retours en voiture et s’échapper de la réalité en écoutant du Led Zepplin. Dommage, car la violence émotionnelle qu’il parvient à tirer de cette femme au plus mal en fait son œuvre la plus dure (et la plus difficile d’accès). Un potentiel passionnant et original, qui aurait probablement pu bénéficier d’un format plus resserré.

 

Sharp Objects créée par Marti Noxon et réalisée par Jean-Marc Vallée, à partir du 9 juillet sur HBO et OCS. Ci-dessus la bande-annocne.

Tout en donnant accès aux sept épisodes sur les huit qui composent la saison de Sharp Objects (mini-série créée par Marti Noxon), HBO nous informait d’un embargo, ou plutôt d’une demande des producteurs de ne pas révéler les différents rebondissements de la série, pour laisser ainsi au public le plaisir de les découvrir au fur et à mesure. Sur le papier, la demande n’a rien d’inhabituelle. Et même sans, nous nous serions abstenus de spoiler la série. Mais assez vite, on se rend compte devant Sharp Objects qu’il n’y a pas grand-chose à spoiler. Car chez Jean-Marc Vallée (réalisateur de tous les…

Note de la rédaction

Note de la rédaction

Sur la bonne voie

"Sharp Objects" est fascinant à plus d'un point, surtout par rapport à l'oeuvre générale de Jean-Marc Vallée, mais trouve vite ses limites. Rude, mais intriguant.

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