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George Lucas : l'histoire d'un empire

George Lucas : l'histoire d'un empire

Prenons le temps de nous replonger dans la genèse et l’évolution de cette saga mythique sortie de l’imagination débridée du réalisateur-businessman George Lucas, figure centrale des précédents films complètement mise de côte aujourd’hui.

Imaginée au début des années 70, la saga Star Wars a vu son premier épisode débouler sur les écrans en 1977. Il a donc fallu plusieurs années à George Lucas pour amener le tout à l’écran. Le projet a connu, durant ces années de battement, des changements majeurs entre les premières ébauches et le résultat final.

D’abord désireux d’adapter en film la série télévisée Flash Gordon, le réalisateur, devant la difficulté d’acquérir les droits de l’objet qui l’intéresse, décide de créer lui-même son univers de science-fiction. Celui-ci est un agrégat d’influences diverses, qui vont des films de sabre japonais aux films de guerres, en passant par le western et les films de S-F des années 30. Mais surtout, George Lucas s’inspire beaucoup, pour la trajectoire de son personnage principal notamment, de l’ouvrage de l’anthropologue américain Joseph Campbell, Le Héros aux mille et un visages (1949). Le bouquin propose un schéma narratif archétypique, en 12 étapes, qui retrace l’évolution du héros sous un concept nommé « le voyage du héros ».

Avec cette influence en tête, George Lucas se met au travail. Au tout début de l’écriture, en 1973, le projet s’intitulait Le Journal des Whills et narrait les aventures du Jedi Mace Windy, qui deviendra plus tard Mace Windu, et qui apparaîtra pour la première fois dans l’épisode I, en 1999, sous les traits de Samuel L. Jackson. Après plusieurs évolutions, qui ont vu le dénommé Luke Starkiller traverser l’espace avec le pirate Han Solo pour secourir son frère Deak, ou le film se nommer The Adventures of Luke Starkiller as taken from the Journal of the Whills, le script final, modifié grâce aux suggestions de son producteur Gary Kurtz et des collègues Steven Spielberg ou Francis F. Coppola, est prêt en 1975. Avant cela, il a fallu au créateur, qui croit alors dur comme fer à son invention, convaincre la Twentieth Century Fox de participer au voyage.

Money, money, money

En 1973, le joli succès de son film American Graffiti permet à Alan Ladd Jr, déjà séduit par les idées de George Lucas, de convaincre ses associés du studio, d’abord réticents, de produire le projet. Le réalisateur, après avoir remanié son script plusieurs fois, fourmille d’idées et arrive à obtenir de la Fox les droits des suites qu’il entend développer après le premier volet, si ce dernier rencontre du succès. Très malin, George Lucas, qui a déjà un esprit de businessman, demande également à ce que les droits sur les produits dérivés lui reviennent entièrement, lubie étonnante pour l’époque que lui accorde sans problème, une nouvelle fois, la Fox. Ce dernier accord fera sa fortune.

Le tournage se déroule en 1976, de mars à juin, et le film terminé doit sortir pour Noël de la même année. Or, le premier montage est jugé catastrophique par George Lucas, qui engage trois nouveaux monteurs, dont sa femme, Marcia Lucas, pour rendre le film plus dynamique. Le réalisateur obtient que la sortie du film soit repoussée de Noël 1976 à l’été 1977, pour prendre le temps de le parfaire, notamment du point de vue des effets spéciaux. Très stressé par le projet, George Lucas croit avoir une crise cardiaque, en 1976, qui se révèle en fait être de l'hypertension artérielle, sans conséquence grave. Ce problème de santé jouera pour beaucoup dans son désir de ne pas réaliser les deux épisodes suivants.

A la sortie du film, avancée au mois de mai 1977 par le studio, qui ne croit pas en son potentiel, Star Wars est un carton intersidéral, qui appelle des suites. Produit pour environ 10 millions de dollars, d’abord montré dans seulement 37 salles aux Etats-Unis, Star Wars devient à l’époque le long-métrage le plus rentable de l’histoire, avec des recettes s’élevant, à la fin de son exploitation en 1982, à plus de 500 millions de dollars. Ce succès colossal permet à l’auteur de s’acheter une liberté, notamment avec les revenus qu’il génère sur les produits dérivés. De plus, grâce aux accords passés avant la sortie du premier opus, il peut produire les suites de manière indépendante.

L’Union fait la Force

Rapidement, George Lucas décide de ne pas réaliser le deuxième film, qu’il confie à Irvin Kershner. Bien qu’ayant déjà réfléchi, pendant l’écriture du premier opus, aux événements survenant dans les suites, le mogul recrute Lawrence Kasdan, auteur du scénario du premier Indiana Jones, Les Aventuriers de l’Arche Perdue (1981), pour développer l’histoire avec lui et le réalisateur. Les trois hommes réécrivent donc ensemble le script, d’abord pensé par George Lucas, et y apportent des modifications substantielles, avec une concentration de l’histoire sur les personnages au détriment de l’action. Ou plus anecdotiques, avec la création de l’idylle entre Han Solo et la princesse Leïa, notamment. Lors du tournage, duquel le nouveau riche George Lucas se tient très éloigné, de nouveaux changements surviennent. Par exemple, insatisfait d’un dialogue déterminant entre Han et Leïa, Irvin Kershner demande à Harrison Ford d’improviser une réplique quand cette dernière lui dit « Je t’aime ». Il devait dire « Moi aussi », il répondra le fameux « Je sais ». Mais, après le premier montage qu’il visionne, George Lucas est très furieux du résultat. A l’écart durant le tournage, il entend faire respecter sa vision de l’œuvre et remonte le film. Sa version ne satisfait aucun de ses collaborateurs, et il consent donc à adhérer au résultat initial. C’est cette version, la première, qui sort en salle et qui provoque un nouveau carton intergalactique.

Échaudé par la production du second volet, pourtant communément considéré comme le meilleur opus de la saga, et voulant être le seul maître à bord, George Lucas se sépare de ceux qui lui ont fait obstacle durant la production du deuxième volet et qui continuaient à le faire au début de la pré-production du troisième : la purge vise notamment son producteur principal, Gary Kurtz. Ce dernier prétend que la priorité de George Lucas avait alors changé : pour que ça ne se répercute par sur la vente des jouets, ce dernier aurait refusé dès lors que Han Solo meure dans le troisième volet, comme c’était initialement prévu, et comme le suggère une des étapes de la théorie du « voyage du héros » de Joseph Campbell, qui veut que le compagnon du héros se sacrifie.

L’apparition des Ewoks, le ton globalement plus léger du film et le happy-end semble valider la thèse que le mercantilisme a guidé les choix narratifs et artistiques de George Lucas. Entouré de collaborateurs qui lui sont déférents, la vision de ce dernier s’est réalisée sans obstacle dans Star Wars, épsiode VI : Le Retour du Jedi, voulu plus joyeux et moins dramatique. Notamment après que sa mère lui ait dit que le second volet était trop sombre.

Dark Lucas

Épuisé par ces années de création, et par un divorce en 1983 qui lui coûte cher, George Lucas met entre parenthèses sa saga, qu’il réactive au milieu des années 90. Il développe alors une nouvelle trilogie, qu’il avait déjà en tête dans les années 70, et qui est dénommée la prélogie, puisque les événements s’y déroulant se situent avant l’histoire des trois films précédents. Seul maître à bord, George Lucas écrit et met en scène La Menace fantôme (1999), L’Attaque des clones (2002) et La Revanche des Sith (2005). Scindant en deux les fans de la saga, cette très critiquée série de films montre une avalanche d’effets numériques servant une histoire touffue, aux enjeux politiques abscons mais prédominants.

En 2004, un an avant la sortie du dernier opus de la prélogie, La Revanche des Sith, le mogul propose de nouvelles versions des trois premiers films, rehaussés d’effets spéciaux numériques qui, du point de vue de l’auteur de ces lignes, jurent totalement avec la facture artisanale du film initial. Son entreprise de défiguration de la mythologie cinématographique qu’il a mise en place a démarré avec la prélogie, artistiquement défaillante, et se perpétue alors en contaminant l’ancienne.

Apocalypse, now

Œuvre de pure création, Star Wars doit beaucoup, en bien et en mal, à son auteur George Lucas. D’abord stimulé et aidé par des collaborateurs très présents (Gary Kurtz, Lawrence Kasdan) puis pratiquement seul à la barre dès Le Retour du Jedi, et pour les films suivants, le mogul a connu une immense gloire puis une certaine forme de déchéance. Passionnante, la genèse et l’évolution de cette œuvre unique fait le portrait d’un auteur passionné mais peu à peu contaminé par le pouvoir et qui, pour sauvegarder sa vision de son « bébé », congédiera ses collaborateurs les plus influents et les plus doués. On peut d'ailleurs facilement faire une analogie entre la trajectoire du créateur et de sa plus grande création, Anakin Skywalker/Dark Vador, personnage jovial contaminé peu à peu par le côté obscur, qui est le mercantilisme pour George Lucas.

Depuis le rachat de la franchise par Disney, la saga Star Wars a perdu son créateur, plus du tout impliqué dans les films en production, mais se perpétue malgré ça. Sous l’emprise de la société de Mickey, la franchise représente un enjeu financier considérable. Si George Lucas n’est plus aux manettes, il n’est pas vraiment certains que l’art ait la primeur sur l’aspect financier durant la confection des nouveaux films de la franchise, à raison d'un par an.

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