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100% Coulisses : on a rencontré une monteuse de cinéma !

Parce que nous pensons qu’il est à la fois passionnant et indispensable de savoir comment les films que nous aimons sont fabriqués, nous avons décidé de partir aussi à la rencontre de ceux qui font le cinéma du côté de l’ombre. Après avoir visité un studio d’effets spéciaux en janvier dernier à l’occasion du Paris Images Digital Summit, c’est désormais du côté du banc de montage que nous avons décidé d’enquêter.

Isabelle Manquillet est monteuse pour le cinéma. Elle a notamment travaillé sur les films la vie domestique, ni le ciel ni la terre et plus récemment sur la nuit a dévoré le monde, le film de zombies de Dominique Rocher, actuellement en salles.

C’est à l’occasion du Festival des Monteurs Associés, « Les Monteurs s’affichent » qui se tient du 14 au 18 mars au cinéma Le Luminor à Paris, que nous l’avons rencontrée pour évoquer son parcours et son travail.

Rencontre avec Isabelle Manquillet

Bonjour Isabelle, peux-tu en quelques mots nous parler de ton parcours ?

Je suis arrivée à Paris en 1990. À l’époque je savais que je voulais travailler dans le cinéma, mais je ne savais pas encore quel métier je voulais faire. J’ai eu une première expérience sur un plateau de tournage en tant que stagiaire accessoiriste. J’ai détesté. Il y avait trop de monde, et ça me stressait trop d’être au milieu de tous ces gens. Je me suis rendue compte que je n’étais pas faite pour être sur un plateau au milieu de cette tension. Après mes études, j’ai trouvé un stage où j’ai débarqué dans une salle de montage et ça a été une révélation. C’était un endroit calme, où on avait le temps de réfléchir, de penser, avec peu de personnes. C’était un rythme qui me convenait. J’ai appris sur le tas. Aujourd’hui ça aurait été plus complexe car le métier s’apprend surtout dans les écoles, et je trouve ça dommage.

Parle nous de ta première expérience de monteuse

Ma première vraie expérience de monteuse c’était en 1997, j’étais assistante sur le film L’Appartement de Gilles Mimouni. J’ai appris beaucoup de choses sur les techniques de montage auprès de Françoise Bonnot, qui avait reçu on Oscar pour son travail sur Z de Costa Gavras.

À quel moment entres-tu dans le processus de la fabrication d’un film ?

Si je connais déjà les réalisateurs, c’est fréquent qu’ils me demandent de lire le scénario, pour que je m’imprègne de l’histoire. Il y a une similitude entre l’écriture du scénario et le montage, qui est la dernière écriture du film. En tant que monteurs nous sommes assez aguerris sur la trajectoire d’un personnage ou la mise en place d’un récit. Nous arrivons à analyser le scénario assez facilement, et trouver également les faiblesses et les forces. C’est pour ça que nous sommes souvent les premiers à donner un avis sur le scénario.

Et après ?

Ensuite c’est dans la salle de montage que ça se passe. Moi je vais rarement sur les tournages même si j’essaie toujours de garder un lien avec l’équipe. C’est important pour moi de voir peu de choses avec d’avoir les rushes, car le monteur est souvent le premier spectateur d’un film. Il a besoin d’être vierge de toute expérience liée au tournage. C’est important de garder cette fraîcheur.

Ça arrive parfois que nous commencions le montage pendant le tournage. C’est utile car nous pouvons demander au réalisateur de retourner certaines scènes.

Après le tournage, nous proposons au réalisateur un premier montage du film dans l’ordre du scénario pour qu’il attrape les choses. Quand il s’agit d’un premier film, je préfère commencer le montage après le tournage, avec le réalisateur. Cette étape dure environ de 7 à 8 semaines. En général le premier montage d’un film d’1h40 dure environ 2h15 ou 2h30. Mon premier montage est en général déjà très serré. Je n’enlève aucun dialogue mais j’essaie déjà de trouver le rythme du film. Ensuite on travaille tout le temps ensemble avec le réalisateur, séquence après séquence, jusqu’au montage final, qu’on va montrer au producteur.

Il y a quand même une certaine pression lors du montage.

Est-ce que ça t’arrive d’être en désaccord avec certains choix du réalisateur ?

Oui ça m’arrive. Dans ces cas précis, je reste à ma place de monteuse, mais j’essaie d’argumenter mes choix avec pertinence. Ça n’est pas mon point de vue qui compte, mais l’intérêt du film. Mais c’est de toute façon toujours le réalisateur qui a le dernier mot.

Comment es-tu arrivée sur La nuit a dévoré le monde, qui est un film de zombies français ?

Premier film de genre pour moi. C’est la société de production Haut et Court qui a fait appel à moi. J’ai rencontré le réalisateur Dominique Rocher, pour qui c’était le premier film. Il était à la recherche d’un monteur. Quelques semaines après j’étais engagée et c’était très intense. C’est un huis clos, quasiment sans parole. C’était pas facile à construire, il fallait travailler la narration.

Peux-tu nous présenter l’Association des Monteurs Associés ?

Je suis adhérente à cette association qui existe depuis 17 ans. Elle regroupe des monteurs venus de tous horizons. Elle nous permet de nous rencontrer, pour parler de notre métier, d’un point de vue technique et artistique. On organise également des rencontres avec des réalisateurs. On a également créé un Festival qui s’appelle « Les Monteurs s’affichent » qui a lieu tous les deux ans. L’idée première c’était de projeter des films sur lesquels on avait travaillé, qu’on aime beaucoup, et qui n’étaient pour la plupart restés en salles seulement 2 semaines. On avait aussi envie de parler de notre métier au public. À l’issue de toutes les projections, il y a un débat autour du montage. La monteuse ou le monteur répond aux questions du public. Les deux premières éditions ont très bien fonctionné, on a eu plus de 1500 spectateurs sur une semaine. Ça intéresse beaucoup le public.

Chloé Valmary (16 mars 2018)

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