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Christopher Nolan ne travaillera pas avec Netflix et il explique pourquoi

Alors que Dunkerque débarque sur les écrans, Christopher Nolan donne son avis sur Netflix qui fait de plus en plus débat au sein de la production cinématographique.

Depuis 2013, Netflix a sérieusement investi la production et distribution de longs-métrages. Cette année, le géant américain aura déboursé plus de six milliards en contenus originaux (films et séries confondus) et droits de diffusion. Une puissance financière combinée à un nombre conséquent d’abonnés (plus de 100 millions dans le monde) qui permet d’aller débaucher de grands cinéastes (Bong Joon-ho, Scorsese). Désormais, une bataille oppose quotidiennement la plateforme de SVOD aux studios et salles de cinéma, forcément impactés.

À l’occasion de la sortie de son nouveau film, Dunkerque, Christopher Nolan a donné son avis sur Netflix dans une interview à nos confrères de Indie Wire. Sa dernière réalisation, tournée en 70mm, étant plus que jamais une expérience sensorielle, il n’est pas si surprenant de l’entendre aller à l’encontre de Netflix. Mais il pointe surtout une politique visant à mettre fin au modèle d’exploitation en salle.

« Netflix a une aversion bizarre envers la sortie de films au cinéma. Ils ont cette politique stupide de tout sortir simultanément en streaming, ce qui est évidemment un modèle intenable pour les sorties cinéma. Et ils n’essaient même pas de le faire, je crois qu’ils loupent une grande opportunité. »

Christopher Nolan faisant là une comparaison avec le modèle adopté par Amazon, qui distribue dans un premier temps ses productions en salles, avant de les mettre en ligne sur sa plateforme après 90 jours. Un modèle que défend Nolan, estimant que le service de vente en ligne joue parfaitement le jeu. Et quand on lui évoque des productions comme Okja de Bong Joon-ho ou la distribution du dernier film de Noah Baumbach, The Meyerowitz Stories, tous deux présentés cette année à Cannes, Nolan reste inflexible et y voit à nouveau un moyen de s’attaquer aux salles de cinéma.

« Je crois que l’investissement que Netflix met dans des réalisateurs et des projets intéressants serait plus admirable si ce n’était pas utilisé comme un étrange moyen d’influence pour écarter les salles de cinéma. C’est inutile. Je ne comprends pas vraiment.»

Mais surtout, au-delà de l’impact de Netflix sur les salles, Nolan met en avant sa vision de cinéaste. Il apparaît naturel pour lui qu’à partir du moment où un réalisateur désir faire du cinéma, l’objectif est de le présenter au cinéma. Et même si un studio refusait de produire un de ses films, il n’a pas l’intention de se tourner vers Netflix. Un argument recevable, et qui pourrait se poser pour un cas comme Okja. Pour l’auteur de ces lignes, il est indéniable que la dernière réalisation de Bong Joon-ho manque cruellement d’ambition cinématographique et qu’une certaine platitude de l’image se fait ressentir, même sur grand écran. D’autant plus en comparaison de son premier chef d’œuvre, Memories of Murder, d’une richesse visuelle impressionnante.

Concernant le débat autour de Netflix, Christopher Nolan rappelle qu’il n’y a rien de bien nouveau à cela. Et qu’à l’époque, dans les années 1990, la pire chose qui pouvait arriver à un réalisateur était que le studio décide d’éditer son film directement en vidéo (VHS puis par la suite DVD) plutôt qu’en salles. De son côté, il aura pu jouir tout au long de sa carrière d’un fort soutien de la part du studio Warner Bros (depuis Insomnia en 2002).

« Ce qui m’intéresse avec le cinéma, c’est la narration à grande échelle, et je pense que le système des studios est le meilleur endroit pour ça. À condition d’avoir de bonnes relations de travail. Si vous parvenez à travailler au sein du système, vous accédez à une machine très puissante, avec beaucoup de ressources, et d’excellents mécanismes de distribution. »

D’une certaine manière, on peut associer sa déclaration à la communication de Netflix, qui ne cesse d’exprimer toute la liberté laissée aux réalisateurs. Une liberté peut-être pas si bénéfique quand on regarde des productions comme War Machine, le nanar Bushwick (25 août 2017), et donc Okja, qui continue de faire débat. Le fait est que tout réalisateur se doit d’être correctement encadré, par un producteur et/ou un studio. Une forme de contrainte (comme peuvent l’être des contraintes financières) qui n’empêche pas forcément la créativité. Christopher Nolan l’aura prouvé tout au long de sa carrière.

Dunkerque, son dernier chef d’œuvre, est à voir en salle depuis le 19 juillet 2017.

Pierre Siclier (20 juillet 2017)

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