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MON BEAU PERE, MES PARENTS ET MOI : Notre rencontre avec Dustin Hoffman !

A l’occasion de la promotion de la comédie MON BEAU PERE, MES PARENTS ET MOI, suite du très réussi MON BEAU PERE ET MOI, le comédien américain Dustin Hoffman était de passage à Paris quelques jours avant la sortie du film. Si l’on regrette l’absence de l’ensemble du casting royal de ce film de Jay Roach (Robert De Niro, Ben Stiller, Barbra Streisand, etc.), la présence de l’acteur de RAIN MAN nous a comblé par sa simplicité et sa bonne humeur… CommeAuCinema.com a donc rencontré ce fameux Mr. Focker, père de Ben Stiller à l’écran.

Bonjour Mr Focker !
Bonjour, Focker’s fan !

Qu’est-ce qui vous a motivé pour tourner dans une suite ?
Il était nécessaire pour moi de faire un film bien différent du premier. Quand j’ai vu le réalisateur, j’avais déjà visionné six fois MON BEAU-PERE ET MOI… J’avais même pris des notes ! Dans le premier, Ben Stiller rencontrait Robert De Niro, et s’effaçait devant sa personnalité. Ici au contraire, on voulait que ce soit De Niro qui ne puisse pas s’effacer face aux Focker. Et même si ce film reste une comédie, je voulais que l’on explore certains tabous que nous avons tous, mais également cette coupure entre les libéraux et les conservateurs que l’on trouvait déjà dans le premier opus, cette bipolarisation qui existe vraiment en Amérique entre les partisans de Bush et ceux de Kerry, cette séparation entre les communautés chrétiennes et juives. On voulait rendre comique notre humanité… Car au fond que sommes-nous ? Et bien, des bulles de gaz, en quelque sorte.

En jetant un coup d’œil à votre filmographie, on se rend compte que vous n’avez pas fait beaucoup de comédie de ce style… Par choix où parce qu’on ne vous en proposait pas ?
A la fin de la réponse de Dustin : crache dans verre !!

Je suis quelqu’un de comique de nature ! Mais ma définition de « comédie » est peut-être différente des autres. Pour moi les personnages que j’interprétais dans LE LAUREAT, TOOTSIE ou RAIN MAN étaient déjà des rôles comiques. Tout comme MACADAM COWBOY. John Schlesinger me disait souvent entre les prises, « N’en fait pas trop quand même !», car je rendais mon personnage presque chaplinesque. Même si mes rôles sont sérieux, j’aime ce côté comique en eux.

Jay Roach dit de vous que vous êtes une vraie mère juive…
Vous savez quand je prends un personnage, je ne peux pas jouer quelqu’un qui ne soit pas moi, ou du moins une partie de moi. A chaque fois, j’enfle un aspect de son caractère pour qiu’il me ressemble, et ici c’est effectivement ce qu’on pourrait appeler « la mère juive » ! Est-ce que je suis tactile ? Oui. Est-ce que j’aime embrasser ? Oui. Bien sûr, je ne suis pas comme ce personnage qui embrasse son fils chaque minute, quasi caricatural. Soit dit en pensant, Robert De Niro est bien plus Bernie que moi ! C’est quelqu’un qui aime embrasser, prendre les gens dans ses bras, finalement quelqu’un de très différent de l’image que vous en avez à l’écran.

Que pensez-vous du fait que l’on parle beaucoup des juifs en Europe actuellement ?
Je suis horrifié que l’homme puisse rendre abstrait ce qui est horrible et indicible. C’est en effet l’anniversaire, si on peut dire, de la Shoah, et je comprends bien sûr qu’on en parle. Mais il n’y a pas si longtemps les Tootsie et les Hutus se sont massacrés, plus d’un million d’hommes, d’enfants qu’on a démembré à la hache, et en Amérique ça représentait quoi ? Quelques secondes au journal télévisé. Je crois qu’il ne s’agit pas tant de parler du génocide des juifs, mais aussi des catholiques, des homosexuels, mais de dire que cela continue encore de nos jours. En une journée, vous entendez que 200 millions de personnes ont disparu. Comment réagit-on à ça ? Comment digère-t-on ça ? Au 21e siècle on ne sait toujours pas gérer notre village global…Pourquoi tout cela existe-t-il encore au Rwanda, en Afrique, ailleurs ? Même chose pour le sida, les médicaments que l’on ne donne pas ? On a révélé récemment que les trois pays qui participaient le moins à l’aide pour les plus pauvres étaient les Etats-Unis, le Japon, et l’Allemagne…Et l’Histoire se répètera sans cesse tant que l’on considèrera l’autre comme différent de nous. Il y avait une photo dans le Herald Tribune, avec une petite fille irakienne qui devait avoir six ans, consolée par des soldats américains qui venaient d’abattre ses parents sous ses yeux. Voilà ce que j’appelle la folie, voilà ce que j’appelle l’humanité qui a perdu tout contrôle, Il n’y a rien de plus terrible d’une guerre dont on ne connaît pas l’ennemi. Alors que vous soyez d’accord ou pas, parlez-en ! Qu’en pensez-vous ? Je suis fou ou pas ? Vous les français, que l’on considère comme le peuple le plus sophistiqué, quand avez-vous donné le droit de vote aux femmes ? En 1947 ! Et je dis la même chose de mes compatriotes américains… Parce que dans ces temps troubles nous croisons les bras en disant : « ce sont les autres ».

Pour en revenir au film, quelle est votre relation avec Robert de Niro, cet autre géant du cinéma ?
On travaille ensemble depuis 15 ans, on a collaboré sur trois films, mais en fait on se connaît très peu. Nos relations sont avant tout des relations de travail, surtout parce que j’habite à Los Angeles et Bob New York. En fait c’est une relation tout à fait spéciale, et je ne sais pas vraiment pourquoi. Sur le premier film que l’on a fait ensemble, SLEEPERS, l’un de nous deux traversait une crise personnelle, et l’autre a été là pour le soutenir… Et la même chose s’est passée sur le second film. Nous avons été ainsi de plus en plus proches. Et même si je ne l’ai pas vu depuis la fin du tournage en août dernier, il y a un aspect tout à fait émotionnel dans notre relation, que je n’ai avec personne d’autre. Mais il adore me charrier en me rappelant que je suis un peu plus vieux que lui ! C’est un doux, un timide, qui en vient vite aux larmes. Il m’a avoué quelque chose sur ce tournage qu’il ne m’avait jamais dit auparavant : « Tu te souviens du LAUREAT, tu faisais campagne pour Mc Carthy… Et un soir à New York, tu a dîné dans un restaurant, justement dans le cadre de cette campagne. Et bien j’étais là ». « Ah bon, mais je ne t’ai pas vu ! » Et il m’a répondu « Normal, j’étais ton serveur. »

Dans le film, votre femme, Barbra Streisand est une sexologue spécialisée… Croyez-vous à la sexologie et à l’épanouissement du troisième âge ?
Vous voulez venir vérifier dans ma chambre ?
Jay Roach nous avait vraiment laissé carte blanche. Alors avec Barbra, on a éliminé tout ce qu’on ne voulait pas, tous les clichés habituels, où des gens s’embrassent à pleine bouche, le plan habituel du slip et du soutien gorge de la nana par terre, la musique qui commence et bien entendu, comme par miracle, ils sont en train de faire l’amour l’un sur l’autre. Et dans le premier scénario il y avait quelques scènes de ce genre. Barbra, qui est une personne extrêmement directe, m’a demandé combien de fois par mois je faisais l’amour avec ma femme. Je connais Lisa depuis 30 ans, mais notre vie sexuelle est la même qu’à nos débuts ! Ca fait prétentieux mais c’est vrai ! Et c’est ça qu’on a cherché à montrer dans le film : ce n’est pas une question de sexe, la vraie connexion doit être émotionnelle, beaucoup de sensualité. Je suis sûr que comme moi, vous ne pouvez pas passer une journée sans toucher votre femme, respirer son odeur. Ce film m’a permis de me poser cette question : est-ce que l’affection n’est pas un moteur plus fort que la sexualité ? Et si l’aspect émotionnel et sensuel existe, alors l’aspect sexuel on l’a bien mérité ! Et je vous parle du cœur, ou de mon pénis, ou peut-être les deux, il faut faire l’amour constamment, mais pas forcément dans l’acte. L’émotion que vous ressentez entre Barbra et moi est tout à fait réel. Jay nous a dit faites ce que vous voulez, faites le tout le temps, n’avertissez même pas De Niro ou les autres acteurs, je veux que vous soyez tout le temps dans cette ambiance sexuelle. Quand dans la première scène je murmure quelque chose à l’oreille de Barbra, je ne parlais pas à son personnage Rose, mais à elle. Comme tu sens bon, tes seins sont vraiment superbes ! Est-ce que je suis devenu hot pendant le tournage ? Est-ce que j’ai eu une érection ? Non. J’ai 67 ans et je trouve formidable de me sentir vivant, ça nous rend plus entier, plus les années passent et plus on tient l’un à l’autre, et finalement c’est tout ce qui nous reste. Est-ce que c’est érotique ? Parfois. Mais c’est surtout chaud, émotionnel, et il n’y a rien de plus puissant que ce sentiment.
Quand on est deux, il n’y a rien de plus puissant que se murmurer à l’oreille des mots doux, de se sentir seul sur Terre. Et quand on se dit bonne nuit, on est les maîtres du monde. Ça me rappelle cette scène de CLAIR DE FEMME de Costa Gavras, que je considère comme la plus belle du cinéma, où l’on sent que ces deux êtres perdus vont faire l’amour, ils ne s’arrachent pas leurs vêtements, ils les enlèvent chacun de leur côté, et se glissent dans le lit, apeurés, timides, puis explorent leurs corps, et l’érotisme se trouve juste dans le mouvement des draps…Ce n’est pas le sexe que le réalisateur a voulu montrer, mais le besoin humain et la rencontre de deux âmes… Avec en prime un orgasme magique !

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Propos recueillis par Aurélie Maulard (Paris, janvier 2005)

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