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Petit Paysan sort aujourd’hui en vidéo et nous avons rencontré le réalisateur

Véritable succès critique de l’année 2017, Petit Paysan est désormais disponible en DVD et Blu-Ray. Pour l’occasion, nous avons rencontré son réalisateur, Hubert Charuel, qui nous a parlé de sa rencontre avec Swann Arlaud, du tournage et bien évidemment du succès cannois !

Avais-tu déjà l’idée d’un thriller paranoïaque ?

Oui. C’est très drôle car j’entends parler de « thriller paranoïaque » depuis peu de temps. C’était l’un des points de départ du projet : sortir le paysan du cliché du type mutique qui sirote de la soupe dans sa cuisine. Je voulais prendre cet univers et faire un thriller. Ce qui est important et qui, je pense, constitue mon univers, en tout cas dans mes courts, c’est ce mélange entre fond dramatique/humour très noir/dialogues. Il fallait pour moi insuffler un peu de comédie.

Parlons un peu de tes influences, le boulot avec les acteurs…

J’ai toujours eu peur de travailler avec des acteurs professionnels, sachant que je viens d’un cursus de production, j’avais ce truc de me dire « je suis fils de paysan, je me prends pour qui à essayer de jouer au réalisateur ? ». J’ai donc commencé à bosser avec des non-pro parce que je me sentais plus à l’aise avec eux pour les diriger : je parlais à mon cousin, mon pote… Pour les influences, le thriller, c’est ce qui a constitué ma cinéphilie. J’ai grandi à 30km d’un cinéma qui n’était pas art & essai. Moi ce qui a été une révolution c’est lorsque mes parents se sont abonnés à une chaîne payante et là je découvre Tarantino, les frères Coen… des trucs cool quand tu es un gamin ! Ce sont des réalisateurs qui m’ont influencé aux côtés d’actionners américains, de Ridley Scott et ses Alien, Blade Runner. Blade Runner qui est pour moi LE film VHS par excellence. Je trouve que ma génération était une génération qui enregistrait puis se repassait les cassettes encore et encore…

Ton vécu en tant que fils de paysan a-t-il influé sur l’écriture de Petit Paysan ? Je pense à cette paranoïa de certains virus connus par les exploitants et qui ont fait la Une des journaux.

Il y a évidemment eu les traumatismes, y’a un vrai truc lié à l’enfance. C’est-à-dire que lorsqu’il y a eu la vache folle, c’était une vraie peur. Puis à partir du moment où on m’explique ce qu’est le principe de précaution – pour un animal malade on tue tout le troupeau – que je vois mes parents stressé, ma mère me dire « si ça arrive chez nous, je pense que je me suicide » ça crée de petits traumatismes… Mais je pense que mon vécu est la base du film. Y’a une espèce de tradition qui veut que, lorsque l’on réalise son premier film, on parle de choses très personnelles… Mais voilà, ma particularité ça a été de grandir dans une ferme et savoir qu’un animal contaminé peut anéantir mon univers. Mais sur la manière dont j’ai bossé sur Petit Paysan, et ce n’est bien sûr pas présent que dans le monde paysan, il y a cette capacité à ne pas s’arrêter de travailler qui peut parfois être auto-destructrice. Une absence de frontière entre la vie personnelle et professionnelle. Sans oublier que cette dernière peut empiéter sur la première ! Sur le tournage ça a été le cas puisque le projet a occupé ma vie pendant 5 ans et je pense que j’ai utilisé cet esprit de dévotion propre au monde paysan que je possédais.

Le rôle de Swann Arlaud est-il aussi tiré de ta propre vie entre travail à la ferme et soirées beuveries ?

Totalement. Par contre, moi, j’étais plutôt d’accord pour sortir ! C’est quelque chose qui nous construit dans un petit village où l’on a pas grand chose à faire et où se cultiver est très compliqué. Forcément, se retrouver entre potes pour pas faire grand chose c’est quelque chose qui fait parti de la vie. C’est ce que disent les potes de Pierre, qu’il faut relâcher la pression entre deux journées sur l’exploitation. Mais cet aspect là, je le gère mieux que lui !

Puisque l’on parle de Swann Arlaud, pourrais-tu nous parler de ta rencontre avec ce talentueux acteur ?

J’étais plutôt parti sur un non-professionnel mais je me suis vite rendu compte qu’il aurait fallu que mon énergie se concentre sur lui plutôt que les trente vaches ! Ma directrice de casting a donc pensé à Swann, ce qui n’était pas mon cas, même si je l’avais déjà vu dans Ni le ciel ni la terre, Xanadu… Même si je me disais déjà que Swann avait un physique très particulier. Mais j’étais à des années lumières de l’imaginer dans le rôle de Pierre ! Lorsque j’ai commencé à écrire Petit Paysan il y a cinq ans, je pensais plutôt à un type comme Dupontel. Mais ma directrice de casting m’a dit qu’il fallait que je le rencontre, surtout que je ne trouvais personne qui me convenait jusqu’à maintenant. Donc Swann est venu et il faut savoir que je dormais plus depuis des semaines avant qu’il ne passe le casting. Juste après, j’ai retrouvé le sommeil ! Puis il a repassé d’autres essais et là, c’était décidé, Swann allait avoir le rôle. On s’est très bien entendus et ce qui a fait la différence c’est que je n’ai jamais eu l’impression de travailler avec lui. Tout a été très naturel et ça fait du bien lorsqu’il est là dans 95% des séquences ! Petit Paysan repose tellement sur le rôle principal qu’il fallait quelqu’un qui assure. Je pouvais vraiment pas faire un choix par défaut en me disant « bon, c’est peut-être le mieux ». Swann Arlaud a un peu été mon médicament.

Comment Swann Arlaud s’est-il préparé à son rôle d’exploitant ?

J’ai envoyé Swann Arlaud chez des paysans pour le former. Je les ai appelés en leur disant « Par contre il va vous ralentir, vous êtes sûrs que vous ne voulez pas une compensation financière ? » mais ils refusaient. Et là, deuxième jour, Swann partait le matin et revenait le soir : il se débrouillait tellement bien qu’il est devenu le stagiaire officiel de la ferme. Et à la fin ils ont dit « C’est le meilleur apprenti qu’on ait eu ! ». En même temps, Swann y allait avec tellement d’enthousiasme ! Je pense que dans Petit Paysan repose pas mal sur ça.

Parlons des vaches ! Car se sont aussi des actrices à part entière…

Ça a été très compliqué ! C’est ce qui a demandé le plus d’énergie. Et là t’es heureux de bosser avec Swann et Sara Giraudeau. Car quand les vaches se barrent pendant une scène, ils restent pas les bras croisés à attendre qu’on aille les chercher. Ils viennent aider l’ensemble de l’équipe. Et ça, ça fait la différence, on se sent porté. On conseille pourtant de ne jamais faire de film avec des enfants ou des animaux et moi, j’en ai pris trente qui font 600 kilos. C’était super long de refaire des prises avec tout ce troupeau, c’est pas comme un chien ou un chien que t’as juste à aller récupérer. Parfois, ça pouvait prendre jusqu’à 30mn de les réinstaller, les prises coûtaient cher et c’était parfois usant.

T’attendais-tu à un tel succès critique ?

Du tout ! Je suis quelqu’un qui pèse mes mots très profondément dans le doute. Du coup beaucoup de stress, d’angoisse, c’était mon premier film, beaucoup de remise en question. Déjà la sélection par la Semaine de la Critique ! Tellement inespéré, un vrai cadeau pour moi et mon équipe. Après j’arrive à trois jours de Cannes et je commence à me dire « On va se faire laminer ! » et… ça n’arrive pas ! Et là les gens viennent me demander si c’est moi qui ai réalisé Petit Paysan, même s’ils ne l’ont pas encore vu. Ce qui a été annonciateur de la suite, c’est quand on a croisé des petits exploitants qui voulaient mon film. Pyramide Films a ensuite reçu un tas d’appels et ça, on l’avait pas vu venir. J’étais vraiment au fond du trou au début de la production et d’un coup on est devenus un film très attendu dans la catégorie premier petit film d’auteur. On se colle une pression, on se remet en question, le tournage se passe très bien, on galère au montage puis on retrouve à Cannes. Bref, on aperçoit le succès et c’est très plaisant.

Petit Paysan de Hubert Charuel est disponible dès aujourd’hui en Blu-Ray et DVD.

Propos recueillis par Nassim Chentouf (9 janvier 2018)

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