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Under the Silver Lake : entretien avec David Robert Mitchell

A l’occasion de la sortie d »Under the Silver Lake », nouveau long-métrage du réalisateur d' »It Follows », David Robert Mitchell, nous avons rencontré le cinéaste.

C’est avec son second long-métrage que David Robert Mitchell s’est fait réellement connaître. It Follows, film indé d’horreur intemporel parvenait à reproduire un style très 80’s tel le Halloween de Carpenter tout en se singularisant. Un véritable bijou, qui motiva par la suite les cinéphiles attentifs à découvrir son premier film, The Myth of the American Sleepover – sortie directement en DVD en France, et notamment inclus dans le Blu-ray d’It Follows. On voyait alors une récurrence dans le cinéma de David Robert Mitchell, un intérêt pour l’adolescence, un regard critique du monde adulte et de l’Amérique, entre autres – voir notre critique.

Autant dire que le troisième film du petit génie que semble être le cinéaste de 44 ans était attendu au tournant. Et à la surprise générale, Mitchell livre avec Under the Silver Lake une oeuvre aux antipodes de ce qu’il avait fait jusque-là. Un style bien plus coloré, délirant et parfois même psychédélique, pour une ode à la pop culture. Une différence notable qu’il justifie par une volonté de ne pas rester enfermé, mais surtout de s’adapter avant tout à une histoire spécifique. Rencontre.

Après The Myth of the American Sleepover (2010) vous avez mis près de quatre ans avant de pouvoir sortir It Follows (2014). C’est également le temps qu’il a fallu attendre pour découvrir Under the Silver Lake.

Oui, ça montre la difficulté qu’il y a à faire un film. Pourtant, si je pouvais, je ferais sûrement un film par an. Sauf que de manière générale, les films sont difficiles à monter. Mais alors quand on veut faire quelque chose d’unique, qui sorte de l’ordinaire, il faut vraiment se battre.

 

Après deux films se déroulant à Detroit, vous nous faites désormais découvrir Los Angeles :

C’est vrai. J’ai commencé avec Detroit parce que c’est de là que je viens et que j’aime écrire sur des endroits qui me sont chers. Mais je ne veux pas rester enfermé dans un même lieu. Surtout que Los Angeles, où je vis depuis des années, est aussi un peu ma maison. J’y vis depuis plusieurs années maintenant, et je n’étais retourné dans le Michigan que pour la production de mes deux films précédents.

 

C’est la singularité de la ville qui vous a mené vers ce style ?

Bien sûr, il y a un mystère qui est propre à Los Angeles. Mais techniquement, j’aurais pu reproduire le style de The Myth of the American Sleepover et It Follows à Los Angeles ou dans n’importe quelle ville. Là, je voulais une approche et un ton très différents. Mon intention était vraiment de faire un film qui n’a rien à voir avec ce que j’ai fait jusque-là.

 

C’est aussi l’histoire, entre pop culture et paranoïa américaine, qui offre différentes possibilités.

C’est cela. Au-delà de la ville, il y a d’abord le scénario et l’approche nécessaire à avoir pour l’aborder correctement. Pour moi, il faut que la mise en scène s’adapte de manière spécifique à chaque histoire. C’est pour cela qu’ici la mise en scène est radicalement différente ici et visible, même s’il y avait déjà une distinction dans la manière de filmer entre The Myth of the American Sleepover et It Follows. It Follows était très froid et distant, car on regardait l’héroïne et ses amis, et on était au courant de ce qu’il y avait autour, de l’environnement. Avec Under the Silver Lake, il y a encore une nouvelle utilisation de la caméra, car on suit davantage le point de vue de Sam. Ce changement provient vraiment, à la base, du scénario.

Under the Silver Lake : entretien avec David Robert Mitchell

Un changement dans la mise en scène comme vous dites, mais surtout de ton. On ne vous imaginait pas aussi drôle avant Under the Silver Lake.

Oui c’est vrai ! (rire) Mais si vous regardez bien, il y avait déjà des éléments un peu comique dans The Myth of the American Sleepover et It Follows. Mais, oui, évidemment ça n’a rien à voir avec l’humour déjanté et absurde d’Under the Silver Lake.

 

Concernant l’Amérique, avec Under the Silver Lake on a le sentiment que vous critiquez celle d’aujourd’hui et désirez revenir à celle d’avant, à la période du classicisme hollywoodien.

Je ne vais pas dire si cette interprétation est bonne ou mauvaise, je pense que chacun doit avoir la sienne avec ce film. Mais d’un point de vue purement personnel, je trouve qu’il y a dans le passé un vrai charme, c’est évident. Seulement, bien qu’on ait souvent le sentiment que le passé est toujours meilleur que le présent, ça peut parfois être pire. Et dans le fond, je ne pense pas qu’il y ait une période meilleure qu’une autre.

 

Il est donc ici question de pop culture. Il y a plusieurs mois, c’était le sujet de Ready Player One. Mais vous concernant, les références sont bien plus cinéphiliques.

En fait, je voulais créer quelque chose de nouveau à partir de ce qui m’était familier. Donc oui il y a du Fritz Lang, Antonioni, Brian De Palma, David Lynch, Hitchcock… Ce sont des éléments qui m’ont inspiré de manière générale. Et pour ce qui est de Ready Player One, en fait, je n’ai pas eu le temps de le voir. Donc j’imagine bien qu’il y a des similarités, mais je ne vais malheureusement pas pouvoir en dire plus.

 

Vous parlez de références familières utilisées pour Under the Silver Lake. Est-ce que cela concerne également votre propre cinéma ? On pense à la scène du lac qui évoque la piscine d’It Follows.

Exactement ! Le film parle de la réflexion de la pop culture. Du coup, j’ai voulu inclure en partie des éléments venant de moi, comme la séquence du lac qui renvoie directement à It Follows, en effet. Plus généralement, j’aime beaucoup l’image que renvoie l’eau à l’écran. Et particulièrement le son que cela produit. Je trouve que lorsque le public se retrouve entouré de ce son propre à l’eau, il y a un sentiment si particulier qui se crée. C’est vraiment une question de ressentie que j’aime, plus qu’une envie de véhiculer une idée derrière.

Under the Silver Lake : entretien avec David Robert Mitchell

Vous disiez vouloir créer quelque chose de neuf à partir de références. On peut se dire la même chose en vous voyant mélanger les genres, le néo-noir et le fantastique notamment.

Oui tout à fait. Il s’agit de prendre les éléments différents de ces genres et les assembler pour encore une fois en tirer quelque chose d’unique et pouvant convenir à cette histoire singulière. Ce sont des éléments déconnectés en soi, et j’essaie de les réunir. Mais surtout, il s’agit du monde dans lequel évolue le personnage, son point de vue, ce qui permet de faire ces variantes. D’avoir des moments drôles et absurdes, et de passer à du fantastique ou de l’horreur. La connexion vient du personnage qui suit une quête et est dans l’expérimentation.

 

C’est une nouvelle fois Mike Gioulakis qui signe la photographie de votre film. Pour It Follows, l’influence première était les photographies de Gregory Crewdson. Quand est-il ici ?

Gregory Crewdson était une grosse influence pour It Follows, c’est évident. Mais c’était une parmi d’autres. On en avait tout de même beaucoup discuté avec Gregory Crewdson. Là encore, on a parlé de tellement de choses que je ne pourrais pas en garder une en particulier, si ce n’est le style des films noirs des années 1940 à Los Angeles, dont on a regardé de nombreuses œuvres issue de ce courant.

 

Pour la suite, peut-on espérer vous revoir rapidement ?

J’ai un prochain projet en tête, mais également deux-trois idées pour la suite. Mais je suis encore en train d’écrire donc je ne peux pas trop en dire pour le moment. J’espère évidemment que ça prendra moins de temps, mais on ne sait jamais dans cette industrie. Ça pourrait être dans deux ans comme dans cinq, qui sait ?

Propos recueillis par Pierre Siclier

Under the Silver Lake de David Robert Mitchell, en salle le 8 août 2018. Ci-dessous la bande-annonce.

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