Katie Says Goodbye : une étoile est née

Katie Says Goodbye : une étoile est née

CRITIQUE FILM - Dans le drame poignant qu’est "Katie Says Goodbye", le spectateur assiste à la naissance d’une grande comédienne. Olivia Cooke, quasiment de tous les plans, est en effet bouleversante de bonté et de grâce.

Quelques jours après la sortie de Ready Player One, Olivia Cooke est de retour au cinéma avec Katie Says Goodbye. Elle trouve, avec ce film réalisé par Wayne Roberts, son premier grand rôle. Dans ce drame tourné dans les grandes étendues du Nouveau Mexique, la comédienne interprète une héroïne dotée d’une inépuisable soif de liberté.

Serveuse dans une petite ville du Sud Ouest des États-Unis, Katie rêve de s’installer à San Francisco. Manipulée par sa mère et moquée par la plupart des autres habitants, Katie garde malgré tout un espoir indéfectible. Lorsqu’elle fait la connaissance de Bruno, un jeune mécanicien tout juste sorti de prison, elle tombe folle amoureuse et rêve de s’enfuir vers la Californie avec lui.

La prisonnière du désert

Ce que subit l’héroïne dans Katie Says Goodbye est parfois insoutenable pour le spectateur. Dès le début du film, la manière dont ses proches l’utilisent est immédiatement perceptible. Totalement dévouée envers sa mère résignée, incarnée par l’excellente Mireille Enos, Katie enchaîne les heures de service et les rapports sexuels tarifés pour subvenir à leurs besoins.

Jamais Katie ne semble harassée par cette situation, du moins dans la première partie du film. Au contraire, elle accepte son sort avec un optimisme débordant alors que les épreuves qu’elle traverse sont de plus en plus violentes. La manière dont sa détermination se confronte à son quotidien marque le spectateur, qui a une empathie totale envers Katie.

Katie Says Goodbye : Critique du film de Wayne Roberts.

La caméra à l’épaule permet à Wayne Roberts de coller à son héroïne, quasiment lors de tous les plans. Lorsqu’elle n’est plus à l’écran, le spectateur découvre que d’autres personnages centraux ne cessent de profiter de sa bienveillance. Malgré les interminables routes et les larges étendues que Katie sillonne chaque jour, son manque d’espace augmente progressivement. Les plans rapprochés témoignent d’abord de la bonté de l’héroïne, puis de sa détresse grandissante.

Wayne Roberts prend le parti de filmer son héroïne comme une sainte, à la fois rouée de coups et accusée de tous les maux. S’il présente une désillusion totale et permanente, Katie Says Goodbye ne sombre pas dans l’indignation facile et le misérabilisme. La précarité de la jeune femme ainsi que son manque affectif sont palpables. Néanmoins, elle ne s’en plaint à aucun moment. Lumineux, ce personnage bouleverse par sa capacité à persister malgré l'abandon de ses proches. Si le long-métrage réussit à nous happer dès les premières minutes pour ne plus nous lâcher jusqu'au final déchirant, c’est avant tout grâce à son incroyable comédienne.

Olivia Cooke, révélation de l'année

À l’affiche de Ready Player One sorti il y a quelques jours, Olivia Cooke fait un superbe grand écart avec Katie Says Goodbye, qui circule dans de nombreux festivals depuis 2016. La comédienne retranscrit à merveille l’émerveillement permanent dont son personnage fait preuve pour échapper à son quotidien. Cela se ressent lorsqu’elle s’enthousiasme quand un chauffeur de train klaxonne en passant près d’elle. La manière dont elle expose ses sentiments sans fard à Bruno est elle aussi renversante. Alors que la plupart de ses proches sont incapables de communiquer la moindre émotion, hormis la colère et la jalousie, Katie tente en permanence de leur arracher un sourire.

Katie Says Goodbye : Critique du film de Wayne Roberts.

L’héroïne peut néanmoins compter sur le soutien de quelques individus, à commencer par celui de sa boss et d’un routier interprétés par les grands Mary Steenburgen et James Belushi. Malheureusement, ce ne sont pas eux qui sont au centre de la vie de Katie. Ils ne pourront ainsi pas éviter les catastrophes que traverse la jeune femme. Leur présence apporte néanmoins une gaieté supplémentaire à cette œuvre nuancée.

À travers son courage et son acharnement, Katie rappelle certains des personnages des films de Kelly Reichardt. La conviction avec laquelle elle mène sa quête de bonheur rappelle par exemple celle de Michelle Williams dans Wendy & Lucy. On retrouve également la soif de liberté des héroïnes du sublime Certaines femmes, étouffées par leur solitude au milieu des grands espaces. Katie Says Goodbye est en revanche encore plus violent et impitoyable avec son personnage principal.

Katie Says Goodbye : Critique du film de Wayne Roberts.

Drame qui désarçonne grâce à la trajectoire de son héroïne et au refus d’abandonner de cette dernière, Katie Says Goodbye est une jolie et douloureuse surprise. À la fin du film, le spectateur est convaincu qu’il vient d’assister à la naissance d’une grande actrice. Olivia Cooke trouve en effet son meilleur rôle avec ce long-métrage. On devrait logiquement encore beaucoup entendre parler d’elle dans les années à venir.

Katie Says Goodbye de Wayne Roberts, en salle le 18 avril 2018. Ci-dessus la bande-annonce.

Conclusion

Note de la rédaction

"Katie Says Goodbye" est un portrait de femme poignant porté par une jeune comédienne à suivre de très près.

Sur la bonne voie

Note spectateur : Sois le premier