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6 Underground : Michael Bay fait tout sauter sur Netflix

6 Underground : Michael Bay fait tout sauter sur Netflix

CRITIQUE / AVIS CINÉMA - Deuxième grosse sortie en l'espace de trois semaines pour Netflix. Après "The Irishman", la plateforme se signale, dans un registre assez différent, avec "Six Underground", nouvelle création de ce fou furieux de Michael Bay.

Le cinéma de Michael Bay est, plus que celui d'un bon nombre d'autres auteurs, une affaire de goût. Tant le metteur en scène américain aime pousser les potentiomètres jusqu'au maximum. À 54 ans, avec la carrière qu'il a derrière lui, on ne le voit pas remettre en question sa manière d'envisager son art. Car, oui, dans sa catégorie, Bay est un artiste. À sa manière, avec un style identifiable. Là est le plus important, non ? Quand certains mettent leur talent au service d'une histoire, en retrait, dévoués au classicisme, pour se fondre derrière les enjeux scénaristiques, le Californien veut qu'on sache absolument que c'est lui derrière la caméra. Vous vous doutez bien qu'avec la liberté dont il jouit, il n'allait pas se priver pour tout faire sauter dans 6 Underground, quitte à toujours naviguer entre le bon et le mauvais goût.

Signé Rhett Reese et Paul Wernick, le scénario de son quatorzième film présente une équipe de 6 personnes n'appartenant plus au monde des vivants. Du moins, dans l'idée. Chacun a simulé sa mort, pour mettre ses talents au service de la Justice dans le monde. Ce groupe de super-héros sans pouvoirs traque les pires pourritures qui salissent notre Terre, dans le secret le plus total. Quand ils se mettent en tête de faire tomber le dictateur d'un pays inventé pour les besoins du film, la mission ne va pas se passer comme prévu. C'est justement ça qu'on veut !

Le maître artificier refait des siennes dans 6 Underground

Si vous désirez tester votre taux de résistance au style de Michael Bay et éventuellement déceler une forme d'allergie, inutile de passer par la case prise de sang. Il suffit de se poser devant l'une des premières séquences de 6 Underground. Une longue poursuite en Italie, qui s'étend sur plus de quinze minutes et qui va directement vous faire statuer sur le rapport que vous entretenez avec le cinéma du garçon. Cascades invraisemblables, déluges de ralentis gratuits, musique tapageuse, petites vannes dans le feu de l'action, montage frénétique. Comme entrée en la matière, Michael Bay livre l'une des plus grandes séquences de sa filmographie en se fichant totalement de savoir si ce qu'il entreprend est de bon aloi.

Le spectacle est garanti, jusqu'à l'overdose. On en sort essoufflé, comme si nous étions dans cette voiture. Ce long tunnel d'action a presque un effet physique sur celui qui le regarde. Si votre corps affiche déjà, après ça, des signes de faiblesse, autant ne pas insister avec 6 Underground. Parce que le reste, entre quelques leçons superficielles sur la géopolitique, ne se privera pas de s'appuyer sur les mêmes effets.

6 Underground : Michael Bay fait tout sauter sur Netflix

On doit reconnaître quelque chose à Michel Bay, qu'importe où on le place dans notre estime, c'est d'aller au bout de son idéologie formelle. Et son innocence - ou ce qui s'y apparente. Il en faut pour envoyer, en dépit du bon sens, son armée de ralentis sans jamais remettre en question le procédé. Avec 6 Underground, il ne dose rien, semble placer ses figures de style n'importe où. Si ça passe, tant mieux. Sinon, elles seront noyées dans l'ensemble. Le metteur en scène s'apparente à un gamin qui fait voltiger ses jouets payés à prix d'or, sans renier son iconographie habituelle. Dans cette ère où Marvel domine le box-office, Bay s'est trouvé ses propres Avengers, qui sont définis selon les principes de son cinéma. Ce groupe de six se repose sur des caractères complémentaires et l'énergie que mettent les acteurs compensent largement les grosses lignes qui définissent leur caractère. Ryan Reynolds, en première ligne, est aux anges avec le rôle qu'il récolte. À savoir un mélange qu'il connaît trop bien entre la débauche physique et l'humour.

Des bonnes scènes d'action ne font pas un bon scénario

6 Underground respecte ses engagements quand il s'en tient aux cadres de ses scènes d'action. En dehors, le film s'avère plus boiteux avec un rythme assez étrange. Quand le soufflet retombe après une introduction tonitruante, le scénario de Reese et Wernick met trop de temps pour raconter ce renversement d'un dictateur. Michael Bay ne sait pas non plus trop quoi faire de son intrigue hormis chercher n'importe quel prétexte pour caser un ralenti ou un plan qui aspire à nous impressionner. Jusque dans une scène de bombardement d'une population en détresse il trouve le moyen pour caser ses effets, sans avoir l'air de se questionner sur le bon goût d'un geste assez discutable moralement. Le film assure sa part de spectacle - avec des touches de gore plus poussées qu'à l'accoutumée chez Bay - mais manque probablement quelque chose de plus grand dans ce qu'il y avait à dire du monde. No Pain No Gain avait pourtant prouvé qu'il savait dire des choses tout en s'amusant.

Voué à ne pas réconcilier Bay avec ses détracteurs, 6 Underground marque peut-être le début d'une série de films - Un (Ryan Reynolds) signifie dans son discours final qu'il n'en a pas terminé. Le procédé des suites ne lui faisant pas peur et le long chapitre Transformers étant fermé, ce serait l'occasion parfaite pour que le metteur en scène américain reconvoque sur la durée son équipe de choc afin de mettre en images des fantasmes pyrotechniques que le commun de mortel ne saurait imaginer.

6 Underground, de Michael Bay, sur Netflix le 13 décembre 2019. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.