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Ad Astra : vers les étoiles et au-delà

Un mois seulement après avoir crevé l’écran chez Tarantino, Brad Pitt est une fois de plus à l’affiche d’un film ambitieux « Ad Astra ». Cette fois-ci, personne ne lui vole la vedette : son odyssée spatiale est plutôt solitaire, et nous transporte de la Terre aux confins du système solaire …

James Gray est un cinéaste merveilleux, même si nous avions eu quelques réserves devant son œuvre précédente, Lost City of Z. Qu’on ait aimé ou pas le film avec Charlie Hunnam et Tom Holland, force est de constater qu’il annonçait bien un tournant pris par le cinéaste. Il nous avait ébloui avec des polars familiaux (The Yards, La Nuit nous appartient). Il nous avait ému avec des drames plus calmes mais tout aussi réussis (on pense bien sûr à l’incroyable Two Lovers). Dorénavant, Gray semble rythmer les questionnements intérieurs de ses personnages au travers de véritables films d’aventure…

Mon papa, ce héros

Thématiquement, on est ainsi bel et bien chez James Gray : tout tourne autour d’un trauma familial – ici, l’abandon d’un fils par son père. Dans Ad Astra, il est question du voyage de Roy McBride, un astronaute qui doit se rendre sur Mars pour contacter un héros disparu quinze ans auparavant aux confins du système solaire… Et il se trouve que ledit héros est son propre père, qui a quitté le foyer familial trente ans auparavant pour consacrer sa vie à rechercher ces vies extra-terrestres.

Ce contact a pour but de sauver l’humanité de vagues d’antimatière qui menacent la Terre – rien que ça. Mais cette menace est traitée comme un détail dans le récit, et vite écarté de la narration : l’apocalypse à éviter n’est là que pour justifier, dans lé scénario, le voyage de notre héros.

Rappelée au détour de quelques phrases, cette catastrophe aurait sûrement été capitale si on avait confié le même synopsis à un réalisateur différent. Mais dans Ad Astra, on ne s’y attarde pas, on reste collé à Brad Pitt et à son scaphandre. Chez James Gray, l’action est dictée par le personnage. L’enjeu le plus important, c’est que l’astronaute fasse la paix avec son père… et donc avec lui-même.

A première vue, on peut se dire que l’émotion est parfois étouffée, voire carrément absente, mais cela n’est que le reflet des états d’âme du protagoniste. Héros désabusé, rien ne semble pouvoir émouvoir plus que de raison Roy McBride. Qu’il tombe d’une tour haute de dizaines de kilomètres ( !) ou qu’il se fasse attaquer par des pirates d’un nouveau genre, l’astronaute ne perd pas son calme.

De l’infiniment grand à l’infiniment petit

Cette lassitude que dépeint Gray, c’est celle d’un futur qui peut nous attendre : quand le tourisme spatial sera commun, pourquoi nous émerveillerait-il encore ? Cependant, le pessimisme ambiant n’empêche pas une incommensurable foi en l’être humain. Le cinéaste est d’une grande empathie envers ses personnages, qu’ils soient au cœur même du récit, ou qu’on ne les croise que le temps d’une scène.

Les aventures de Brad Pitt (toujours impeccable, soit dit en passant) dans l’espace reposent sur une structure simple, presque épurée. On en vient à regretter que les étapes de son voyage soient prévisibles, vues maintes fois dans des films du même acabit. Rassurons-nous en affirmant que cela constitue une solution pour mieux nous immerger dans les pensées de McBride.

En effet, contrairement à ce que nous vend la bande-annonce, c’est un film extrêmement intimiste qui se déroule sous nos yeux. Après tout, la majorité des grands films sur l’espace voient très grand pour explorer des questions personnelles, voir métaphysique, de la même manière que des théories scientifiques rapprochent l’infiniment grand de l’infiniment petit. Souvent en science-fiction, plus l’on s’éloigne de la Terre, plus l’on s’enfonce en soit – de 2001 l’odyssée de l’espace à Gravity, en passant par Contact ou Mission to Mars. Ad Astra ne déroge pas à la règle.

La visée intimiste de l’œuvre n’empêche pas quelques rares scènes d’action, qui restent très réussies, mais on sent que ce n’est pas cela qui intéresse le réalisateur. Pour autant, Ad Astra ne manque pas d’ambition, loin de là. La photographie, si elle ne révolutionne pas le genre, impressionne par sa maîtrise. Ainsi, cela ne nous a pas étonné de voir inscrit au générique le nom de Hoyte van Hoytema en directeur de la photographie. La poignée de films dont il s’est occupé à Hollywood sont tous remarquables, notamment pour leur photographie : citons entre autres les fascinants Interstellar et Dunkerque de Christopher Nolan.

Dans un futur proche, très proche …

La beauté de certains plans et le réalisme bluffant des images nous font nous demander : comment James Gray a-t-il réussi à se voir confier un budget de cette ampleur pour un film aussi personnel ? Voir un gros studio hollywoodien accorder autant de confiance à un cinéaste est rassurant, surtout à une époque où les majors sont assez frileuses de sortir autre chose que des blockbuster issus de franchises.

Le film a donc la dimension d’un blockbuster d’auteur. Tout est mis en œuvre pour nous plonger dans un futur plausible, et relativement proche. « La réalité rattrape la science-fiction » : l’adage semble être devenu un marronnier, mais n’en demeure pas moins vrai. Pas une semaine ne se passe sans que l’on entende parler des sociétés privées qui envisagent des voyages vers Mars, de fusées réutilisables, ou encore d’une « Space Force » de l’armée américaine. SpaceX dans le présent, SpaceCom dans la fiction : les similitudes ne sont sûrement pas fortuites.

Ad Astra nous raconte une très belle histoire sur l’être humain, et nous n’en dirons pas plus pour pas révéler trop d’éléments de l’intrigue. Mais en sous-texte, à travers la lassitude du héros, il nous semble aussi apercevoir comme un avertissement sur la perte de notre capacité d’émerveillement. Après tout, si avoir des photos de Mars sur son smartphone est quelque chose d’incroyable, on n’y prête plus guère attention – quelques secondes tout au plus, dans un flot continu d’images. Avons-nous perdu notre capacité à nous émerveiller des épopées spatiales ? Ce que semble constater James Gray, c’est que, où qu’il soit, l’être humain aura toujours des histoires à raconter. Ainsi, la S.F., elle, nous fait encore rêver.

 

Ad Astra, de James Gray. Au cinéma le 18 septembre 2019. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces. La bande-annonce ci-dessus.

James Gray est un cinéaste merveilleux, même si nous avions eu quelques réserves devant son œuvre précédente, Lost City of Z. Qu’on ait aimé ou pas le film avec Charlie Hunnam et Tom Holland, force est de constater qu’il annonçait bien un tournant pris par le cinéaste. Il nous avait ébloui avec des polars familiaux (The Yards, La Nuit nous appartient). Il nous avait ému avec des drames plus calmes mais tout aussi réussis (on pense bien sûr à l’incroyable Two Lovers). Dorénavant, Gray semble rythmer les questionnements intérieurs de ses personnages au travers de véritables films d’aventure... Mon papa,…

Conclusion

Note de la rédaction

Ad Astra n’a pas l’intensité dramatique d’un Interstellar, pour faire une comparaison un peu facile. Il n’empêche qu’il constitue un des grands films de cette année, et un grand film de science-fiction tout court.

Note spectateur : 0.65 ( 1 notes)
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