ABONNEZ-VOUS À CINESERIES SUR FACEBOOK

Adieu les cons : Albert Dupontel et Virginie Efira n'ont plus rien à perdre

Adieu les cons : Albert Dupontel et Virginie Efira n'ont plus rien à perdre

CRITIQUE / AVIS FILM – Après s’être essayé à la fresque historique dans "Au revoir là-haut", Albert Dupontel, renoue brillamment avec la comédie burlesque au sens profond avec "Adieu les cons", porté par Virginie Efira, Nicolas Marié et lui-même.

Albert Dupontel de retour avec Adieu les cons

L’univers et la verve caractéristiques de l’auteur Albert Dupontel se reflètent parfaitement dans Adieu les cons, qui se situe à proximité de Bernie, Le Vilain ou Neuf mois ferme, dans un ton moins violent et foutraque. On retrouve avec un immense plaisir Dupontel lui-même, dont le personnage de Jean-Baptiste Cuchas, inhibé dépressif, est plus à l’aise avec les machines et la sécurité de leurs systèmes informatiques que dans les relations sociales. Dédié à son travail et à ses projets de connexion entre tous les fichiers, il est pourtant mis à l’écart par son chef Monsieur Kurtzman (Philippe Uchan) en raison de son âge.

Jean-Baptiste décide de se suicider en filmant et expliquant son geste… Qu’il rate, blessant l’agent avec lequel avait rendez-vous Suze Trappet (Virginie Efira). La quadragénaire vient d’apprendre sa fin prochaine par un spécialiste du cerveau (Bouli Lanners) et s’est mise en tête de retrouver coûte que coûte l'enfant qu’elle a été forcée d’abandonner 28 ans plus tôt. Un besoin vital pour elle de faire enfin la paix avec la jeune fille de 15 ans qu’elle était et de partir tranquille.

Critique / avis film Adieu les cons : quand on n'a plus rien à perdre

Une rencontre explosive, des décisions irréfléchies, des chantages, des services rendus, des visites dans des hôpitaux, des lectures de journaux intimes, des secrets bien gardés sur des drames personnels et des mystères résolus… C’est donc le début d’une vadrouille nocturne qui va changer la vie de Suze et de JB. Ces deux êtres solitaires qui n’ont plus rien à perdre vont croiser au cours de leur incroyable périple sans temps mort des personnages touchants, comme le médecin atteint d’Alzheimer (Jackie Berroyer) ou un jeune cadre qui n'a pas les codes amoureux (Bastien Ughetto) et d’autres dont Dupontel se moque allègrement - comme un profiler à deux balles (Michel Vuillermoz ) ou certains fonctionnaires complètement à l’ouest (Laurent Stocker, Grégoire Ludig, David Marsais).

Une critique acerbe des déviances de la société

Mais surtout vient s’adjoindre à cette quête commune un troisième compère pas piqué des vers, Serge Blin (Nicolas Marié, aussi inénarrable et hilarant que l'était son Maître Trolos dans Neuf mois ferme). Cette fois-ci, son personnage est devenu aveugle suite à une erreur policière et travaille aux archives des accouchements sous X. On dit que trois est le chiffre du parfait équilibre qui unit les contraires, et on peut dire que ces trois-là se sont bien trouvés, mettant à profit leurs compétences, les plus évidentes comme les plus improbables, pour permettre à Suze de retrouver son enfant. Le film montre de façon émouvante les membres de ce trio original se réconfortant mutuellement, réconfort dont ils semblent avoir été privés tout au long de leur parcours personnel.

Car ce qui est jubilatoire dans Adieu les cons, c’est la façon tantôt subtile, tantôt cynique dont Albert Dupontel, qui n’est jamais tendre avec la société moderne, en dénonce les travers. Tout d’abord le monde du travail qui se déshumanise, et plus précisément les maladies professionnelles qu’il provoque, sont au centre des préoccupations du réalisateur par ailleurs scénariste. Ainsi les produits nocifs respirés par Suze dans son salon de coiffure, le burn out provoqué par la mise à l’écart managériale de JB ou encore le traumatisme subi par Mr Blin quand il exerçait ses fonctions.

Critique / avis film Adieu les cons : quand on n'a plus rien à perdre

Adieu les cons, c’est aussi une réflexion profonde sur la folie et le pouvoir de l’informatique sur la vie quotidienne des citoyens. Le réalisateur filme d’ailleurs très souvent ses protagonistes à travers ces fameux écrans d’ordinateurs, de tablettes, de panneaux d’affichage informatisés, mais aussi de cadres photos, de pare-brise ou de négatoscope. On pourrait presque y voir le symbole de cette incapacité de l’être humain à se contenter de la réalité vraie et nue des visages, sans artifices ou explications.

Ce n’est sans doute pas un hasard si les noms des héros sont systématiquement écorchés par leurs interlocuteurs qui ne font jamais l’effort de se souvenir d’eux. Comme s’ils n’existaient pas vraiment à leurs yeux et ne méritaient pas d’être remarqués. Une évolution à l’image du regard que porte aussi Albert Dupontel sur les villes et les quartiers qu’on laisse mourir pour construire à la place des tours et des bureaux sans âme. Et comme souvent dans les films d'Albert Dupontel, et Adieu les cons n’échappe pas à la règle, le langage est brillamment mis à l’honneur et les dialogues sont délicieusement incisifs, poétiques et très souvent à double sens, sans pour autant abuser de la métaphore. Adieu les cons, vrai clin d’œil à Brazil, se révèle donc un très bon cru, subtil, drôlissime, mais aussi très émouvant et totalement imprévisible. Un petit bijou d’humanité à voir absolument !

 

Adieu les cons de Albert Dupontel, en salle le 21 octobre 2020. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

 

 

 

 

 

Voir aussi

Drive : une virée avec Ryan Gosling

Drive : une virée avec Ryan Gosling

CRITIQUE / AVIS FILM - "Drive" est le film qui fait basculer le Danois Nicolas Winding Refn dans une autre dimension. Un thriller urbain dont la sensiblerie lui permet de dépasser son postulat de série B.