Albatros : le dernier drame intime de Xavier Beauvois

Albatros : le dernier drame intime de Xavier Beauvois

CRITIQUE / AVIS FILM –"Albatros", le dernier long métrage de Xavier Beauvois, plonge le spectateur dans la vie et dans la tête d’un gendarme dont le destin bascule après avoir commis une erreur. Avec Jérémie Renier et Marie-Julie Maille.

Dans le quotidien d’un gendarme

Le réalisateur Xavier Beauvois évoquait lors d’une rencontre au FEMA La Rochelle les points de départ de son dernier film, Albatros. D’abord son amitié avec les gendarmes d’Étretat, qui lui ont raconté leurs vies. Et surtout l’inspiration d’un fait divers : celui d’un agriculteur en plein burn out, tué par des gendarmes pour se défendre après qu’il leur avait foncé dessus. Le réalisateur s’est alors demandé ce qui se passerait s’il se mettait à la place du gendarme.

Albatros s’attache donc aux pas de Laurent (Jérémie Renier), commandant de brigade de la gendarmerie d’Étretat, et permet au spectateur de partager les tranches de sa vie. À ses côtés, les membres de son équipe Quentin (Victor Belmondo) et Carole (Iris Bry, dont le premier rôle avait été offert par le réalisateur dans son précédent film Les gardiennes). Au programme de la brigade, des patrouilles, des échanges entre gendarmes et la confrontation à la misère sociale. Mais aussi à la pédophilie, au suicide, ou encore aux jeunes qui risquent leur vie en ne mettant pas leurs casques sur leurs mobylettes et que Laurent n’hésite pas à tancer vertement.

Albatros
Albatros @ Pathé

Laurent est décrit comme un grand professionnel conscient de ses responsabilités. Bien ancré dans la réalité de son village, il a gagné la confiance de ses administrés et privilégie le dialogue. Néanmoins, il ne peut s’empêcher d’avoir un côté donneur de leçon, notamment avec sa compagne Marie (Marie-Julie Maille, la compagne du réalisateur, par ailleurs sa co-scénariste aux côtés de Frédérique Moreau et sa chef monteuse). Le film donne d’ailleurs très vite à voir les caractères opposés et néanmoins complémentaires de Laurent et Marie, préparant le terrain aux réactions de chacun après le drame.

Laurent insiste pour épouser Marie et régulariser leur situation, alors qu’ils ont une petite fille surnommée Poulette (Madeleine Beauvois, la propre fille du réalisateur). Sans doute autant pour rentrer dans le rang que pour faire en sorte que sa petite famille unie corresponde à la représentation qu’il se fait de la famille d’un chef de brigade. Et même si le gendarme dit bien séparer sa vie professionnelle de sa vie privée, Albatros questionne intelligemment sur les limites de l’incarnation d’un tel métier et d’une telle fonction. Marie est plus cool et à bonne distance de ces conventions sociales et se marier ne revêt pas la même importance pour elle. Ils vivent dans une maison qui appartient à la gendarmerie, dans l’attente de pouvoir vivre dans celle qu’ils viennent d’acheter et remettent en état.

Plus dure sera la chute

Fidèle à la méthode de Maurice Pialat « d’amalgame entre des acteurs professionnels et vrais gens », Xavier Beauvois a « envie qu’on soit, pas qu’on joue ». Ce mélange, qu’avait aussi expérimenté Arnaud Desplechin dans Roubaix, une lumière donne vraisemblablement plus de crédibilité à la fiction dans ce contexte d'enquête. Un contexte qu’affectionne le réalisateur, déjà évoqué dans Le petit Lieutenant) . Xavier Beauvois met donc en scène ses amis gendarmes et Geoffroy Sery, véritable agriculteur, qui interprète Julien, tué accidentellement par Laurent alors qu’il menaçait de se suicider.

Ce qui est très bien décrit dans Albatros, c’est l’état de sidération dans lequel se retrouve plongé cet homme au sang-froid irréprochable face à son erreur d’appréciation. Le réalisateur fait en effet traverser à son héros, qui va descendre brutalement de son piédestal, toute une palette d'émotions, oscillant entre honte et déshonneur, regret et peur. Car ce sont ses collègues et sa hiérarchie qui le jaugent, l’interrogent et le mettent en garde à vue après que la famille de l'agriculteur ait porté plainte. Laurent doit affronter leur regard consterné, mais aussi celui accusateur des villageois ainsi que celui pourtant compassionnel de Marie. Des regards devenus insupportables.

Albatros
Albatros @ Pathé

Par contre, ce qui laisse un peu circonspect dans Albatros, ce sont les réactions de Marie face aux décisions autocentrées de Laurent, pour lequel le spectateur n'éprouve finalement pas une grande empathie. Ses réactions manquent de colère (paradoxe intéressant quand on sait à quel point Xavier Beauvois peut être un homme en colère) et ne sont pas vraiment à la hauteur du portrait de femme libre et franche que les auteurs ont dépeint. Quant à la fuite en avant de Laurent sur un bateau, elle tombe un peu comme un cheveu sur la soupe. Même si on comprend qu’il préfère un temps à la justice des hommes la justice des éléments déchaînés de l’océan, comme un processus nécessaire de purification de ses erreurs.

Albatros, c’est aussi le nom d'une maquette de goélette que sa mère a donné à Laurent et qui encombre la maison de Marie, comme un rêve trop grand qui ne trouve pas sa place dans leur vie. Comme si cette maquette symbolisait tout ce à quoi Laurent aspire, au fond : la liberté que seule une échappée vers la mer peut procurer. Car les métaphores sont présentes dans le film de Xavier Beauvois, à l’instar du nom de cet oiseau qui annonce la tempête et qui n'en reste pas moins de bon augure, amenant finalement avec lui le vent et le beau temps.

Malgré ces quelques réserves, le casting d’Albatros se révèle parfait. Tout d’abord Jérémie Renier, qualifié par le réalisateur de « Stradivarius », et qui donne encore de sa personne dans ce rôle très physique et pourtant tout en retenue. Mais c’est réellement la famille de Laurent, interprétée par la propre famille de Xavier Beauvois, qui offre à Albatros sa plus belle touche de tendresse et d'authenticité.

 

Albatros de Xavier Beauvois, en salle le 3 novembre 2021 – Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

 

 

 

 

 

 

 

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