ABONNEZ-VOUS À CINESERIES SUR FACEBOOK

Aline : Valerie Lemercier, une Céline Dion plus vraie que nature

Aline : Valerie Lemercier, une Céline Dion plus vraie que nature

CRITIQUE / AVIS FILM - Avec "Aline", son ambitieux dernier film, Valérie Lemercier relève brillamment le défi d’évoquer le parcours exceptionnel de la chanteuse Céline Dion, autant amoureux que glorieux, et réalise une sacrée performance d’actrice.

Aline, ou comment la chrysalide devint papillon

Aline fait partie de ces films qui nécessitent un temps de latence après leur visionnage, qui demandent un moment plus long d’infusion et de réflexion. Il ne s’agit pas d’aimer ou de ne pas aimer Aline, à mi-chemin entre le biopic, l’hommage et le docu-fiction. Il s’agit plutôt de s’emparer et de s’imprégner de l’objet filmique et de comprendre les raisons qui ont fait, tout du long, dresser les poils de nos bras et exploser de joie notre cœur. Le répertoire musical et la sublime voix de la chanteuse Victoria Sio y sont évidemment pour beaucoup, embarquant le spectateur dans le romanesque exalté. Mais Aline donne surtout l’occasion de (re)découvrir le fabuleux destin de Céline Dion, dont s’est inspirée avec passion et tendresse la réalisatrice Valérie Lemercier. Une passion telle qu’elle a décidé d’interpréter elle-même le personnage d’Aline Dieu, double fictionnel de Céline, depuis ses 5 ans jusqu’à ses 50 ans. Un transfert subtil de Céline à Aline qui permet à l’auteure d’éviter l’écueil de l’hagiographie, tout comme celui de la caricature.

critique / avis film Aline : Valerie Lemercier, une Céline Dion plus vraie que nature
L’actrice, grâce à quelques artifices malins, se révèle absolument bluffante dans la gestuelle et les expressions scéniques et réussit à se faire totalement oublier (surtout à partir de 12 ans, car avant, c’est un peu moins vrai) pour donner à voir à l’écran l’artiste qui fait partie de notre patrimoine musical. Qu’on l’aime ou pas, la voix de Céline Dion est en effet reconnaissable entre mille, tout comme l’histoire de son ascension et de son maintien au sommet de la gloire. Valérie est donc Aline, mais elle est aussi Céline, c’est elle, mais ce n’est pas elle. L’emploi du prénom crée d’ailleurs un lien affectif immédiat du spectateur avec l’héroïne et abolit d’emblée la distance que les stars ont avec leur public, l’invitant à entrer dans sa vie et à en faire partie. Car c’est surtout la femme attachante, ses racines et ses ressentis qui sont au centre du film.

Le spectateur se laisse alors porter, et même emporter, par ce conte de fée moderne, dont la réalisatrice et sa coscénariste Brigitte Buc ont judicieusement planté les graines dès l’enfance d’Anglomard (Roc Lafortune), le père d’Aline. On le voit pauvre et maltraité par son père (un vaurien qui n’a pas réussi à voler à son fils sa dernière pièce porte-bonheur), puis se marier avec la volonté de ne jamais être père, comme pour ne pas prendre le risque de reproduire ce qu’il a connu. Il n’en sera rien puisqu’il sera le père aimant et aimé de ses quatorze enfants et il transmettra la fameuse pièce à Aline, prodige petite dernière, qui la gardera précieusement à chacun de ses concerts.

Ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre

Le fil rouge du film, c’est l’amour, le sincère et le véritable, et l’admiration naturelle qui l’accompagne. Ce que parvient très bien à montrer Valérie Lemercier, c’est que la voix d’Aline, ce « don de Dieu », ne peut s’épanouir que s’il est entouré d’un cocon d’amour, carburant énergétique et émotionnel, la préservant du monde extérieur. Il y a d’abord l’amour que se portent les membres de cette famille, tous impliqués à différents niveaux dans le parcours d’Aline, tels sa mère Sylvette (Danielle Fichaud) ou son frère Jean-Bobin (Antoine Vézina).

critique / avis film Aline : Valerie Lemercier, une Céline Dion plus vraie que nature

Puis l’amour déraisonnable que la jeune fille va rapidement éprouver pour son imprésario Guy-Claude Kamart (Sylvain Marcel), double fictionnel parfait de René Angélil. Un amour interdit d’une « princesse envers un vieux pruneau », finalement accepté par Sylvette puis caché au public, avant de pouvoir être vécu et assumé au grand jour. Et enfin l’amour d’Aline envers ses enfants. La vie d’Aline, comme dans un monde parallèle de la vie de Céline, est aussi montrée via le prisme de son amitié complice avec son maquilleur Fred (Jean-Noël Brouté).

Si Aline aborde sérieusement son sujet, l’humour propre à la réalisatrice n’est pas absent puisque qu’on s’amuse beaucoup à voir grandir Aline, aussi maladroite et naïve que maligne. Au cours de cette phase d’apprentissage franchement jubilatoire, on ne peut s’empêcher de faire le parallèle entre la vie d’Aline et celle des lépidoptères. Car le film raconte très bien la façon dont la chrysalide de l’adolescente, mauvaise danseuse sans rythme, aux dents de travers, avec son accent québécois et ne parlant pas anglais, se métamorphose en la star papillon aux ailes majestueuses que l’on connaît. La seule différence, c’est que ce papillon-là conservera quand même son cocon régénérant après sa transformation.

critique / avis film Aline : Valerie Lemercier, une Céline Dion plus vraie que nature

La réalisatrice a fait le choix de ne pas dater ni les chansons ni les événements, même si la participation d’Aline au Concours Eurovision de la chanson ou à la Cérémonie des Oscars sont reconnaissables, leur préférant les dates qui comptent personnellement pour son héroïne et qu’elle réussit à faire partager avec intensité au spectateur. Avec beaucoup de délicatesse, Valérie Lemercier donne à voir, outre l’amour, les trois autres piliers fondateurs de la star parfois plombés par un burn-out ou la tristesse de ne pas réussir à tomber enceinte mais jamais remis en question par sa fortune et ses villas de luxe : le talent, le travail et l’humilité. Aline se révèle donc un film d’une grande intelligence de cœur, qui fait vibrer le spectateur empathique et atteint parfaitement l’objectif que s’est fixé le couple Aline-Guy-Claude : « rendre le monde heureux ».

 

Aline de Valérie Lemercier, en salle le 18 novembre 200. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

 

 

 

 

 

Voir aussi

Un triomphe : la belle aventure de groupe avec Kad Merad

Un triomphe : la belle aventure de groupe avec Kad Merad

CRITIQUE / AVIS FILM – "Un triomphe" est le deuxième film d’Emmanuel Courcol après "Cessez-le-feu". Il explore cette fois l’univers carcéral où un professeur de théâtre joué par Kad Merad décide de monter une pièce avec des détenus.