Ambulance : hymne au chaos et à la joie

Ambulance : hymne au chaos et à la joie

CRITIQUE / AVIS FILM - Débordant d'énergie, d'action spectaculaire et de volonté d'en mettre plein les yeux, "Ambulance" est un pur Michael Bay. Alignant moments de bravoure cinématographique comme incohérences éclatantes, le film est aussi haletant qu'émouvant, sublimant ses faiblesses par son amour sincère et enfantin du cinéma d'action. On en sort épuisé, mais heureux.

Ambulance, le grand retour aux sources de Michael Bay

Avec son nouveau film Ambulance, le cinéaste Michael Bay est de retour au grand spectacle d'action. Non pas qu'il ait déjà fait autre chose, mais son précédent long-métrage 6 Underground, pour Netflix, avait gratuitement poussé tous ses curseurs et raté sa complexité dramatique pour laisser un résultat en demi-teinte. Avec Ambulance, ambitieux thriller d'action de 2h20 animé par un joli casting, Michael Bay revient à toutes les formules simples et efficaces qui ont fait ses grands succès : un duo de personnages principaux déterminés - en réalité un trio-, des vies à sauver, de l'action explosive en portions gargantuesques, un terrain de jeu à détruire.

En effet, de Bad Boys à No Pain No Gain en passant par son chef-d'oeuvre Rock, Ambulance est une synthèse généreuse de tout ce qui a fait de Michael Bay un génie et savant fou du cinéma hollywoodien.

Ambulance
Danny Sharp (Jake Gyllenhaal) - Ambulance ©Universal Pictures

Danny (Jake Gyllenhaal) et William (Yahya Abdul-Mateen II) sont frères. William a été adopté très jeune par la famille de Danny, dont le père était un braqueur violent. Si Danny a suivi les pas de leur père pour devenir lui-même braqueur, William a lui servi son pays dans l'armée. On comprend très vite qu'ils ne se fréquentent plus vraiment depuis un moment. Mais quand William a besoin de trouver plus de 200 000 dollars pour financer l'opération de sa femme gravement malade, il va se tourner vers Danny. William envisageait de lui demander de l'argent, voire un petit boulot, mais Danny va immédiatement l'embarquer dans le braquage d'une banque du centre de Los Angeles, qui leur rapporterait des millions.

Évidemment, ce plan très rapidement exposé et exécuté va mal tourner, les contraignant à prendre la fuite dans une ambulance. Dans celle-ci, une infirmière, Cam, (Eiza González) et le policier (Jackson White) qu'ils viennent de blesser...

Un chaos total et jouissif

L'introduction est très rapide, et l'exposition des personnages a quelque chose d'expédiée. Cette exposition a juste le temps de donner la personnalité des trois protagonistes : l'infirmière professionnelle et modeste, le héros de guerre qui veut sauver sa famille et le braqueur drogué à l'adrénaline. Un thriller character-driven donc ? Un film qui va montrer des alliances, des trahisons et des basculements psychologiques ? Non.

En réalité, comme si Michael Bay était très pressé de passer à l'action, à sa "chose sérieuse", le chaos s'installe immédiatement et ne cessera pas pendant plus de deux heures.

Ambulance
Ambulance ©Universal Pictures

Il y a d'abord une sortie de banque aussi géniale qu'absurde, la parfaite anti-thèse de celle de Heat. Ça tire et explose dans tous les sens, on ne sait pas bien qui tire sur qui, les braqueurs semblent tourner en rond, revenir sur leur pas, la police surgit de toutes et de nulle parts, c'est un bordel intégral et un shoot out débridé. D'ailleurs, avant le début des hostilités, on a droit à une référence appuyée à Rock, et une incohérence quand Cam propose à son chauffeur d'aller manger des enchiladas pour finalement déguster des sushis. Il y a ainsi une légèreté dans les dialogues tout à fait hors de propos, mais charmante.

Une fois dans l'ambulance, William et Danny vont chercher à s'enfuir, avec donc leurs deux otages, une infirmière et le policier blessé qu'elle vient de prendre en charge. Ce policier va créer l'alliance objective entre les deux braqueurs et de l'infirmière. Elle veut lui sauver la vie parce que c'est son métier et son leitmotiv. William et Danny veulent le garder en vie pour avoir la garantie de ne pas se faire tout simplement atomiser dans la minute par tout le LAPD lancé à leurs trousses.

Une course-poursuite monumentale et improbable

Michael Bay aime jouer, son terrain de jeu est immense et ses jouets se comptent par centaines. Pendant ainsi plus de deux heures, la police va essayer d'arrêter l'ambulance - qui ne sera jamais à court d'essence - en lui envoyant tous ses véhicules.

Plans au drone, cascades automobiles destructrices, échanges par radio menaçants entre le mi-chef de meute mi-capitaine Monroe (Garrett Dillahunt) et Danny, plusieurs hélicoptères et surtout beaucoup de voitures, on se trouve quelque part entre Speed et Transformers. Avec des véhicules du LAPD dont on ne voit quasiment jamais les conducteurs, et qui détruisent les stands de marchés et s'encastrent dans à peu près tous les murs que peut compter Los Angeles.

Ambulance
Ambulance ©Universal Pictures

D'une certaine manière, on revient à la course-poursuite dans San Francisco de Rock, étirée jusqu'à l'épuisement. On ne va pas bouder son plaisir, si tout ceci n'a strictement aucun sens, autant par l'absence aberrante de stratégie de la police que par des dialogues essentiellement humoristiques, cette mise en scène de l'action provoque la sensation euphorique et sans nausée d'un grand huit très réussi.

Le "Bayhem" jusque dans le choix du point de vue

Il y a ce côté spectaculaire jouissif de l'action, et celui de l'action plus restreinte mais à grand enjeu qui se déroule dans l'ambulance, où Danny et William sont à l'avant, et Cam à l'arrière avec l'officier Zach à l'agonie. On assiste à un moment à une séquence qui tire au gore, celle de l'opération de la dernière chance, et à des embrouilles entre les trois protagonistes. William veut juste rentrer à la maison et arrêter les frais, ce qui va créer un lien entre lui et Cam.

S'ils sont écrits au minimum, avec des psychologies simples et univoques - seule Cam évoluera entre le début et la fin de l'histoire - les trois acteurs principaux font parfaitement leur boulot. Mention spéciale à la magnifique et charismatique Eiza González.

Ambulance
Cam (Eiza Gonzalez) - Ambulance ©Universal Pictures

On peut d'ailleurs remarquer qu'Ambulance entretient presque autant de rapports avec le cinéma d'action qu'avec le jeu vidéo Grand Theft Auto, référence absolue du jeu d'action en monde ouvert - d'ailleurs un personnage secondaire du film le cite, comme un autre précédemment citait Rock. En effet, en plus de se situer à Los Angeles et d'embarquer son spectateur dans une course-poursuite ponctuée de fusillades explosives, on ne sait pas très bien dans Ambulance qui est le personnage principal.

Est-ce William, père de famille exemplaire et braqueur malgré lui ? Danny, anti-héros dangereux mais loyal ? Où est-ce Cam, personnage a priori ordinaire mais grande héroïne ? Comme dans le dernier opus du fameux jeu vidéo de Rockstar, où la narration passe d'un personnage principal à un autre - Michael, Franklin et Trevor -, Ambulance ne semble pas vouloir se décider, et en plus de la sur-abondance de l'action, c'est la raison pour laquelle le film de Michael Bay gagne sûrement à être vu et revu.

Une joie enfantine et émouvante

On ne dévoilera pas toutes les péripéties, qui font notamment intervenir un cartel de trafiquants pour à la fois produire une séquence de destruction démente et désaxer la matrice morale d'Ambulance, mais on finit hébété, rassasié, et heureux à la fin du film. En effet, malgré ses incohérences, ses raccourcis et souvent la grossièreté de son approche, Michael Bay réussit un pur film d'action des années 90, où rien n'est vraiment grave, où les explosions au kérosène se comptent par dizaines, où il est toujours temps de caler une petite blague alors que la situation ne fait qu'empirer.

Très loin du thriller d'action sérieux, encore plus loin d'un drame humain où on trouverait des éléments critiques, façon No Pain No Gain ou 13 Hours, Ambulance est surprenant par son génie et sa naïveté. Et, surtout, très émouvant par sa croyance sincère dans les bienfaits du spectacle et par le grand sérieux avec lequel Michael Bay s'applique à s'amuser. Si Ambulance n'est pas le film le plus accompli de son réalisateur, il est probablement son plus généreux, son plus débridé et peut-être son plus ambitieux, avec sa proposition d'une abondance démentielle. Et pour cette intention infiniment bienveillante, on embarquera toujours avec lui.

Ambulance de Michael Bay, en salles le 23 mars 2022. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

 

 

 

 

 

 

 

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