America : grandeur et décadence

America : grandeur et décadence

"America", réalisé par Claude Drexel, offre un documentaire pertinent sur l'Amérique de Trump.

Avec ces paysages et portraits iconiques, America réussit à capter ce qui dans l’Amérique d’hier et d’aujourd’hui fascine et révulse, envoûte et repousse. Un pays dont la puissance d’évocation, métaphysique dirons certains, de son espace façonne, encore aujourd’hui, les imaginaires du monde entier.

God & Guns

Tourné pendant les dernières élections présidentielles, le documentaire de Claus Drexel pose sa caméra au milieu de nulle part, ou presque, dans une petite ville d’Arizona. Le spectateur du XXIème siècle reconnaîtra immédiatement dans ses paysages et ses visages, l’Amérique profonde, celle qui se « nourrit » essentiellement de burgers, de religion et d’armes.

Dernier bastion du Credo Américain, cette Amérique s’est construite sur une mythologie magistralement exaltée par la Conquête de l’Ouest, la Destinée Manifeste et la Constitution, à savoir des éléments mythologiques, bibliques et politiques. Une hétérogénéité structurelle qui lui a souvent jouée des tours, où l’Histoire a fini par se replier sur une mythologie nationale dont les politiques ne cessent de prolonger le merveilleux héritage (Théodore Roosevelt, Ronald Reagan et maintenant Donald Trump).

Critique du documentaire America

La pensée pragmatique de ces américains-là se dessine en fonction de l’espace, de cet immense territoire, qui plonge les habitants dans un isolement à double tranchant. Coupés du monde, ils sont loin de tout, des services (nourriture, santé, sécurité) et de l’Autre (étranger), enfin de tout ce qui favoriserait un autre regard sur ce monde, ou plutôt cet « Enfer », métaphore religieuse oblige. Pour eux, le deuxième amendement sert uniquement à les défendre contre les « méchants » (voleurs/violeurs/tueurs) qui sévissent partout dans le pays ; un moyen d’auto-défense rendu nécessaire du fait que le premier poste de police est à deux heures de route. Logique implacable.

Histoire vs. Mythologie

Si certains discours font peur et participent, toujours un peu plus, à la diabolisation du redneck, avec ce cliché du « gros bouseux avec sa trentaine de fusils d’assaut », d’autres apparaissent plus mesurés, moins caricaturaux, nuançant ainsi l’association que l’on peut faire entre les rednecks et Donald Trump. Bien sûr, ils ont tous conscience de la décadence de leur pays et souhaitent le plus prompt changement. Ceux qui rêvent encore à travers l’illusion mythologique sur laquelle s’est construit le pays iront voter pour Trump, quant aux autres, ils ne voteront tout simplement pas.

Critique du documentaire America

Le documentaire rend parfaitement compte des tensions intérieures et extérieures de l’Amérique, celles entre un pays iconique – des paysages naturels aux valeurs démocratiques – admiré et copié partout dans le monde, et un pays meurtri par son Histoire, ses culpabilités raciales, ses décalages sociaux, etc. Un pays « over the top », comme ils disent, qui a beau mélanger la religion et le business pour sortir un « American Dream » très hollywoodien, qui a beau inventer tous ces symboles patriotiques (drapeau, aigle…), qui a beau se créer un modèle de vie (american way of life) pour tenter, maladroitement, de combler ce manque d’union, de lien entre États, entre Texans et New-yorkais, entre Arizoniens et Californiens…

L’Amérique est définitivement trop grande (géographiquement) et trop disparate (culturellement) pour que son iconographie fantasmée résout à elle seule tous les maux d’une Histoire mal digérée, et pourtant, c’est sans doute dans ce multiculturalisme et cette diversité naturelle qu’elle fonde toute sa grandeur politique et artistique.

 

America de Claus Drexel, en salle le 14 mars 2018. Ci-dessus la bande-annonce.

Conclusion

Note de la rédaction

Malgré une sortie un peu tardive, "America" rend parfaitement compte des maux de l'Amérique contemporaine sans tomber dans le cliché racoleur et complaisant

Bilan très positif

Note spectateur : Sois le premier