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Asako I & II : les affluents de la fuite par Ryusuke Hamaguchi

CRITIQUE FILM – Après « Senses », le cinéaste japonais Ryusuke Hamaguchi est passé au Festival de Cannes en mai dernier avec « Asako I & II », repartant bredouille de la Croisette. L’histoire d’une jeune femme qui, après avoir perdu un amour de jeunesse, va rencontrer son troublant sosie quelques années après.

Le parallèle est évident : les lignes de fuites qui caractérisent une bonne partie des plans de ce Asako I & II poussent les personnages à s’échapper du cadre qui les restreint au départ. En montrant la fuite perpétuelle des amours passés et à venir, Ryusuke Hamaguchi en vient à articuler, à travers sa mise en scène, un espace propice à la fugue. Ce peut être une route dont les lignes de démarcation scindent la diagonale de l’image en deux parties, un champ-contrechamp entre deux jeunes amoureux littéralement attirés l’un par l’autre (les deux fuyant ce qui les attendait au bout de leur chemin), ou encore un simple travelling arrière lorsque Baku (Masahiro Higashide), le jeune amoureux d’Asako (Erika Karata), part chercher du pain, quittant la petite troupe d’amis qui le regarde s’éloigner.

Critique Asako I & II : les affluents de la fuite par Ryusuke Hamaguchi

Les va-et-vient de l’amour

C’est que la fuite n’est pas seulement celle de Baku, mais aussi celle d’Asako. Partie d’Osaka pour Tokyo après avoir été délaissée sans explication par ce dernier, la jeune femme, en rencontrant Ryohei, un homme qui ressemble à Baku comme deux gouttes d’eau, ne cessera de fuir ce double à chacune de leurs rencontres. La première partie du film est une série d’actes manqués et d’échappées soudaines. Dans un café, sur son lieu de travail, avant de se rendre à la pièce dans laquelle joue sa meilleure amie, Asako prend la fuite à chaque fois, au grand désarroi de Ryohei, étrangement séduit par le petit jeu du chat et de la souris installé entre elle et lui – petit jeu qui sera exorcisé, non sans une parfaite analogie, lorsque Asako, en cherchant son chat qu’elle pense perdu, se met à pourchasser un Ryohei fuyant dans un sublime plan d’ensemble montrant le soleil suivre les deux amants.

Ces fuites ne prennent d’ailleurs pas seulement une forme spatiale (quitter une pièce, un lieu ou une ville), mais aussi une forme sociale. Passée d’étudiante à serveuse dans un café, Asako fuira le monde du travail en restant femme au foyer une fois en couple avec Ryohei, avant d’être poussée à l’idée de retrouver du boulot par la suite. Il en est de même pour Baku, passé du DJ frivole au mannequinat et à la publicité (jusqu’au cinéma), ou pour Ryohei, homme d’affaires, au départ loin des produits qu’il se cantonne à marketer auprès d’investisseurs, qui sera attiré à l’idée de participer à un marché de pêcheurs après une catastrophe naturelle (qui fait évidemment écho à celle de Fukushima en 2011).

Critique Asako I & II : les affluents de la fuite par Ryusuke Hamaguchi

Partir pour mieux revenir

La beauté d’Asako I & II se tient non seulement dans cette dynamique de la fuite, qui permet au film de s’ouvrir en permanence sur des horizons inattendus (une plage par exemple), mais aussi dans la façon dont Hamaguchi exprime le retour systématique à ce que l’on pensait perdu à jamais. C’est le retour à l’amour révolu (celui de Baku, qui s’est volatilisé pour mieux resurgir) mais c’est, surtout, le retour inattendu vers ce même doppelgänger, sorte de version apaisée de l’original. La route que trace le film, comme le parcours d’Asako, n’est donc jamais prise en sens unique. La fuite est la promesse d’un ailleurs mais dessine également l’éventualité d’un aller-retour, d’un recommencement possible de ce que l’on a quitté.

Au fleuve calme et plat qui ouvre Asako I & II, répond donc la rivière tortueuse, pleine d’aspérités et de remous, qui clôt le film. Difficile ici de ne pas songer à un sous-texte éminemment sexuel (et érotique), qui transpire tout au long du film malgré sa chasteté de surface. L’eau vierge, sans vague, du commencement (comme l’est son personnage principal, figure pucelle et sans histoire) devient une eau tortueuse, instable, vivante (renvoyant aux deux facettes d’Asako, évoquées par le titre du film). « C’est sale », dira Ryohei, l’amant déçu. « C’est beau », en conclura Asako, comblée d’avoir vécu les expériences tumultueuses et nécessaires à son apprentissage (sentimental et sexuel) pour mieux apprécier la plénitude d’une relation apaisée : la sérénité amoureuse offerte par Ryohei ne peut être que pleinement savourée par Asako qu’après qu’elle se soit laissée aller au romantisme adolescent des amours compliqués.

 

Asako I & II de Ryusuke Hamaguchi, en salle le 2 janvier 2019. Ci-dessus la bande-annonce.

Le parallèle est évident : les lignes de fuites qui caractérisent une bonne partie des plans de ce Asako I & II poussent les personnages à s’échapper du cadre qui les restreint au départ. En montrant la fuite perpétuelle des amours passés et à venir, Ryusuke Hamaguchi en vient à articuler, à travers sa mise en scène, un espace propice à la fugue. Ce peut être une route dont les lignes de démarcation scindent la diagonale de l’image en deux parties, un champ-contrechamp entre deux jeunes amoureux littéralement attirés l’un par l’autre (les deux fuyant ce qui les attendait au…

Conclusion

Note de la rédaction

La pudeur apparente de « Asako I & II » est un beau leurre : dans ce mélodrame adolescent, Hamaguchi évoque, avec finesse et inventivité, l'apprentissage d'une sexualité que l'on fuit pour mieux retrouver.

Note spectateur : Sois le premier !

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