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Assassination Nation : le cri du cœur, d’une génération en colère

CRITIQUE FILM – Aussi remarquable dans son approche esthétique qu’au sein de ses enjeux scénaristiques, « Assassination Nation » de Sam Levinson se positionne comme la grande surprise de cette fin d’année. Loin des films réconfortants de cette période festive, le long-métrage offre une vision violente et effroyable d’un monde en chute libre.

La dernière scène est celle d’une fanfare lycéenne, exclusivement noire, reprenant la chanson « We can’t stop » de Miley Cyrus. Au delà de l’image marquante, d’une Amérique noire gagnante après une multitude de violences racistes et policières que l’on vient de voir, le choix de cette musique est judicieux, provocateur et totalement en adéquation avec le film qui vient tout juste de se dérouler devant nos yeux. Lorsque l’on connaît un minimum le parcours de l’actrice et chanteuse américaine, forgée par l’industrie Disney, qui l’a autant protégée que lynchée, le rapprochement est frappant. Il suffit de remonter en 2008, âgée de 15 ans, la jeune texane pose devant l’objectif de la célèbre photographe Annie Leibovitz, habillée d’un simple drap de soie blanc, laissant son dos nu apparaître. Son regard fixe l’objectif, il est captivant pour certains, provocateur pour d’autres. Il n’en fallait pas moins pour attiser la haine de l’Amérique puritaine qui voit sa jeune fiancée made in Disney, passer de la figure d’une vierge intouchable à une jeune femme confiante, consciente de son corps et de son image. Miley Cyrus est jetée en pâture, accablée de messages haineux, victime d’un slut-shaming national et doit, sous la menace d’une rupture de contrat avec Disney, présenter des excuses publics (sur lesquelles elle reviendra quelques années plus tard). Cette photo, qui a fait naître de multiples débats outre-atlantique, fait largement écho aux histoires croisées mais intimement liées des héroïnes d’Assassination Nation.

Des mots sur les maux

Sexisme, homophobie, transphobie, racisme, virilité excessive et abusive, les premières secondes du long-métrage de Sam Levinson, faisant partie de la nouvelle vague de réalisateurs et réalisatrices du cinéma indépendant américain, sont claires : le film que nous allons voir ne fait pas dans la dentelle, bien au contraire, il sera violent, choquant mais terriblement jouissif. Ce dernier raconte l’histoire de Lily, incarnée par Odessa Young, et ses trois meilleures amies, Bex (Hari Nef), Sarah (Suki Waterhouse) et Em (Abra). Elles sont en terminale et évoluent, comme tous les adolescents de leur âge, dans un univers construit autour de Snapchat, Instagram et de selfies en tous genres. Alors que leur ville, Salem, est victime d’un piratage, Lily est accusée d’en être à l’origine.

 

Derrière son vernis aux couleurs électriques, une mise en scène remarquable (on retiendra surtout la scène du faux plan séquence dans une maison où les protagonistes, encerclés, se donneront à une chorégraphie angoissante), son côté millennials totalement assumé, le film délivre un message social fort, témoin d’un monde qui part en vrille, intolérant, bestial, incontrôlable et sans limites. Si, dans un premier lieu, le long-métrage offre une vision négative de l’utilisation extrême des réseaux sociaux, et de toutes leurs dérives, il bascule rapidement mais intelligemment vers une critique du monde « réel ». Car, si les réseaux sociaux sont une toile blanche sur laquelle tout semble permis, c’est bel et bien dans les rues de Salem (la ville où se déroule l’action) que le chaos frappe fort et sans limites. Tortures, meurtres et violences font partie du lot. Sous couvert d’un héroïsme patriotique, les habitants de Salem déambulent dans les rues, armes en mains, masques sur le visage comme pour offrir une métaphore de l’anonymat que permet internet.

Chasse aux sorcières 2.0

Mais le récit ne se déroule pas sur le net, car plus qu’un film à la tendance Black Mirror, Sam Levinson veut pousser à l’extrême les maux des Etats-Unis quitte à revisiter une des plus sombres pages de l’histoire américaine. Celle qui a conduit des milliers de femmes au bûcher et aux tortures, celle de la chasse aux sorcières. Si les ressemblances sont plus ou moins subtiles, l’écho fonctionne. On trouve en nos quatre héroïnes, animées par une sororité éblouissante, la force et le courage, les violences sexistes et sexuelles dont elles sont injustement victimes. Alors que Lily, dans les premières minutes du film, exprime sa vision de la nudité vue comme de la pornographie aux yeux du proviseur de l’école, qui sera par la suite publiquement jugée (à tort ou à raison) pour des faits de nudité infantile, le film prend du relief. Il sera un tourbillon où les problèmes seront exprimés, avec les bons mots, parfois en quelques lignes, mais toujours avec le soin d’être nommés. Nommés pour être considérés.

Avec Assassination Nation, Sam Levinson offre un des plus beaux et des plus terrifiants tableaux de notre monde actuel et est, sans aucun doute, une œuvre majeure du cinéma indépendant américain. Celui qui, depuis quelques années, questionne les valeurs biaisées d’un pays rempli de contradictions.

Assassination Nation de Sam Levinson , en salle le 5 décembre 2018. Ci-dessus la bande-annonce.

La dernière scène est celle d'une fanfare lycéenne, exclusivement noire, reprenant la chanson « We can't stop » de Miley Cyrus. Au delà de l'image marquante, d'une Amérique noire gagnante après une multitude de violences racistes et policières que l'on vient de voir, le choix de cette musique est judicieux, provocateur et totalement en adéquation avec le film qui vient tout juste de se dérouler devant nos yeux. Lorsque l'on connaît un minimum le parcours de l'actrice et chanteuse américaine, forgée par l'industrie Disney, qui l'a autant protégée que lynchée, le rapprochement est frappant. Il suffit de remonter en 2008, âgée de 15…

Conclusion

Note de la rédaction

Perle violente et générationnelle, Assassination Nation brille en offrant à la fois un objet pop jouissif et une oeuvre engagée.

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