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Blackbird : comment parler du suicide assisté avec énormément de finesse

Blackbird : comment parler du suicide assisté avec énormément de finesse

CRITIQUE / AVIS FILM : Le cinéaste Roger Michell ("Coup de foudre à Notting Hill ") réunit un casting impressionnant pour son nouveau film : "Blackbird". Un long-métrage ambitieux dans lequel il traite du suicide assisté.

Un sujet casse-gueule

Blackbird raconte le destin de Lily, atteinte d’une maladie dégénérative incurable qui lui paralyse peu à peu le corps. Tandis qu’elle perd petit à petit sa mobilité, elle refuse de continuer à vivre dans cette situation avilissante. Avec l’aide de son mari, elle préfère mettre fin à ses jours à travers un suicide assisté, pourtant illégal dans l’Etat dans lequel elle vit. Avant de partir, elle décide de réunir sa famille composée de ses deux filles, de leurs compagnons, et de son petit-fils, pour leur annoncer la difficile nouvelle.

Blackbird : comment parler du suicide assisté avec énormément de finesse

Et le suicide assisté est un sujet casse-gueule. Une thématique qui peu rapidement tomber dans le pathos, dans le mauvais goût, ou dans la récupération politique. Un thème qui peut sombrer dans l’exagération, dans la disproportion et dans la démagogie écœurante. Bref, c’est un sujet sur lequel il ne faut pas se planter. Et contre toute attente, Roger Michell offre une expérience spontanée, subtile, et réellement réussie. Jamais il ne tombe dans la caricature, dans la naïveté, dans des ressorts émotionnels faciles, mollassons ou cul-cul. Il trouve constamment le bon équilibre pour parler de ce sujet sérieux avec une émotion naturelle, appropriée et pleine de véracité.

Blackbird est un film sincère, éprouvant certes, mais également bouleversant, bouillonnant de vitalité, de fureur, et de sensibilité. Blackbird est constamment en effervescence, sans jamais entrer dans le jugement ou dans le parti prix. Roger Michell trouve une harmonie dans son propos, laissant le spectateur comme seul juge de ces actions et de cette décision déchirante. C’est cet équilibre authentique qui donne cet invariable sentiment de réussite. C’est à travers un rythme efficace, jamais inutilement larmoyant, aidé par un casting impressionnant, que Blackbird vise juste. 

Un casting dantesque

Ainsi, outre la thématique très actuelle du suicide assisté, Blackbird est également une histoire de deuil, une histoire de famille. Là encore, Roger Michell trouve le ton adéquat pour son sujet. Il retranscrit parfaitement l’esprit de famille, avec ses hauts et ses bas, avec ses qualités et ses névroses. Ici aussi, Blackbird vise juste, et permet ainsi de partager une émotion puissante sur l’équilibre familial, l’acceptation de la mort, et sur la perte de l’être aimé.

Blackbird est ainsi un puissant discours sur la fin de vie. Un testament émotionnellement lourd qui aborde l’euthanasie, le suicide assisté avec énormément de bienveillance et d’altruisme. Il rappelle au passage l'impuissance des services de santé face à des lois contestées qui préfèrent maintenir les patients dans des états végétatifs terribles plutôt que d'offrir une alternative et une échappatoire... Blackbird est triste, mais souvent très beau, notamment grâce au casting. 

Blackbird : comment parler du suicide assisté avec énormément de finesse

Parce que la distribution assure le spectacle et permet au film de toujours garder les pieds sur terre. Susan Sarandon dans le rôle principal offre une prestation impressionnante. Ce n’est pourtant pas un rôle facile que cette femme qui préfère se laisser à la mort plutôt que de finir sa vie dans une situation indécente. Malgré la mort comme thématique récurrente, elle partage une vitalité forte, une ardeur et un dynamisme salvateurs. Elle permet d’offrir une nuance indispensable au long-métrage, opposant continuellement les deux concepts ancestraux inhérents à l’existence : la vie et la mort.

Sam Neill est lui aussi très efficace en mari aimant et compréhensif. Tête pensante du film, à l’ouverture d’esprit sans limite et sans faille, qui par amour, est prêt à tout, même à tuer sa femme. Kate Winslet est méconnaissable, autant physiquement que dans son jeu, dans le rôle de la fille aînée. Portrait d’une adulte coincée, ferme, complexée, politiquement correcte, à des années-lumière de l’éducation administrée par ses parents. Enfin, vient Mia Wasikowska, dans le rôle torturé de la deuxième fille. Droguée, dépressive, abattue, et suicidaire, qui va apprivoiser l’envie de vivre à travers le désir de mourir de sa mère. Elle aussi est impressionnante de justesse. Et l'opposition entre les deux caractères des deux filles, permet un dynamisme efficace. Ainsi, Blackbird doit effectivement beaucoup à son casting impeccable. Bref, le film de Roger Michell est une œuvre subtile, touchante, et très réussie, qu'on conseille sans restriction.

Blackbird de Roger Michell en salle le 23 septembre 2020. Ci-dessus la bande-annonce. Découvrez ici toutes nos bandes-annonces. 

 

 

 

 

 

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