Bloody Milkshake : un cocktail inédit et explosif

Bloody Milkshake : un cocktail inédit et explosif

CRITIQUE/AVIS FILM - Karen Gillan prend les armes dans "Bloody Milkshake", joyeux John Wick-like à la sauce féminine. Du sang, de la bagarre, de l'humour et quelques séquences très réussies font de ce film d'action une bonne surprise de l'été.

Bloody Milkshake : nouvelles venues dans l'action game

La dernière fois que le cinéma d’action s’est joyeusement affranchi des codes réalistes des dernières décennies, ça a notamment donné John Wick. Plutôt que de jouer sur le terrain de Jason Bourne, Jack Reacher ou Taken, ancrés dans un cadre réaliste où l’intrigue peut souvent se ranger du côté du policier/espionnage, John Wick a ouvert un champ d’exploration inédit, où l’intrigue peut bien être complètement artificielle et les situations irréalistes, tant qu’elles servent une action spectaculaire et innovante.

De l’action au service de l’action, c’est la promesse d’un spectacle fun et entraînant, où la gravité dépend uniquement de l’action, et non de principes moraux réalistes. Quand ça marche, ça marche très fort, comme l’a démontré la franchise John Wick avec une progression critique et un succès croissant au box-office. On peut aujourd’hui se réjouir que ce cinéma fasse des émules, puisque Bloody Milkshake s’inscrit pleinement dans cette démarche, et le fait avec brio.

Bloody Milkshake
Bloody Milkshake ©Studiocanal

Le pitch est simple et invoque des références volontairement basiques. Sam (Karen Gillan) est une tueuse à gages aux ordres de La Firme, une organisation criminelle de l’ombre dirigée pas des hommes de pouvoir. Elle est la fille de Scarlet, elle-même ancienne tueuse à gages, disparue depuis plus de quinze ans. Suite à un contrat trop bien exécuté, Sam se retrouve embarquée dans un nouveau contrat, qui va l’opposer à ses employeurs…

Pop, fun et inédit

La réussite de Bloody Milkshake est d’abord de se créer avec soin un univers propre. Avec son QG dans un « dinner » on ne peut plus rétro, quelque part dans une ville qui ressemble fortement à Berlin, mais qui s’amuse à ne pas se nommer, avec sa décoration très colorée et son hémoglobine généreuse, sa bibliothèque - armurerie, Bloody Milkshake se distingue d’emblée. Surtout, éviter l’ambiance sombre et une narration dramatique, on a ici affaire à des héroïnes badass qui se font mal à l’envi, parce qu’elles s’en sortiront.

C’est cet enthousiasme à se casser joyeusement la gueule, qu’on retrouve aussi dans la saga Kingsman, qui fait une partie de l’originalité du film, et qui excite le spectateur sans l'appréhension d'une gravité qui pourrait être mal amenée. Quoi qu’il arrive, il y aura une survie, il y aura une blague, il y aura un antagoniste puni, et cette fonction cathartique du spectacle est ici parfaitement en place.

Bloody Milkshake
Bloody Milkshake ©Studiocanal

Sam se retrouve chargée d’une mission d’élimination, mais lorsque une petite fille entre dans la danse macabre, Sam va revoir ses priorités. c’est la mission de trop, et l’abus de pouvoir de trop de ses employeurs. Avec la petite fille, puis avec ses semblables (Angela Bassett, Michelle Yeoh et Carla Gugino, justes et appliquées) d’autres femmes impliquées dans le même business, Sam va se défendre contre les cohortes d’assassins envoyés par La Firme. On assiste donc à des scènes d’action brillantes, certaines très inventives. Comme celle où elle se fraye un chemin à grands coups de tatanes dans une clinique, mais sans l’usage de ses bras. Une autre encore, dans la bibliothèque où Sam et Emily se réfugient, est un jeu de massacre objectivement jouissif. Au ralenti, dans des chorégraphies étudiées, ces femmes tuent à tour de bras et c’est entièrement satisfaisant.

Un film d'action fluide et malin

Sam est interprétée par Karen Gillan, et c’est une autre réussite. Charismatique, belle gosse mais pas trop, drôle mais juste ce qu’il faut, dangereuse mais blessée aussi, elle est parfaitement là où il faut être, entre l’obsessionnelle Beatrix Kiddo de Kill Bill et le taciturne John Wick. En protégeant la petite Emily, Sam veut aussi ne pas reproduire ce qu'a fait sa mère en l'abandonnant des années plus tôt. Sam retrouvera sa mère, Scarlet (Lena Headey), pour une résolution des différents enjeux du film. Exceptée une longueur sur sa fin, le rythme et la narration du film sont réussis. La réalisation de Navot Papushado, réalisateur israélien remarqué en 2013 avec Big Bad Wolves, n'a rien de remarquable, est efficace sur les séquences d'action mais générique pour le reste. Un mal pour un bien, puisque c'est l'interprétation et la direction artistique qui se distinguent ainsi naturellement.

Il y a ainsi une dimension féminine majeure et appuyée dans Bloody Milkshake, avec une simplicité qui en fait sa force. Les ennemis sont des hommes, tous les hommes présents dans le film, à l’exception d’un seul qui a quand même la moralité vacillante. Ce sont des tueurs, des personnages avides de richesse et de pouvoir, mais ils sont surtout de la chair à canon.

Bloody Milkshake
Bloody Milkshake ©Studiocanal

Et c’est sur ce point précisément que la dimension féminine est parfaitement exploitée et devient, si on le veut, féministe. Les hommes ne sont pas vicieux ou méchants, ils sont simplement des potiches, des silhouettes d’entraînement, des passants médiocres, ils sont là comme l’ont souvent été les femmes dans les films d’action virils : en arrière-plan et en pur support de l’action principale - menée ici par des femmes, quand avant c’était donc des hommes. Une innovation légère mais efficace qui apporte la touche finale à l'originalité très plaisante de Bloody Milkshake. Un film d'action fun, différent, exactement ce qu'on attend d'un divertissement de ce calibre.

Bloody Milkshake, le 21 juillet au cinéma. La bande-annonce ci-dessus. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

 

 

 

 

 

 

 

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