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Boy Erased : plongée dans le calvaire des thérapies de réorientation sexuelle

CRITIQUE FILM – Pour son deuxième long-métrage, Joel Edgerton a tenu à sensibiliser son public sur les dangers et les ravages des thérapies de conversion. Bouleversé par l’histoire de Garrard Conley, un homosexuel forcé d’intégrer un centre de reconversion sexuelle à l’adolescence par ses parents catholiques, le réalisateur a décidé de retranscrire son parcours à l’écran. En résulte un long-métrage au sujet passionnant et doté de réelles qualités narratives, porté par l’excellent Lucas Hedges, qui poursuit son sans-faute.

Adaptation de l’ouvrage autobiographique Boy Erased : A Memoir of Identity, Faith, and Family, Boy Erased raconte l’histoire de Garrard Conley, renommé Jared Eamons, un adolescent installé dans une petite commune rurale des États-Unis. Lorsque ses parents découvrent son homosexualité, le père – un pasteur baptiste – fait appel à des membres de sa communauté religieuse. Ils lui conseillent alors d’inscrire Jared à une thérapie de reconversion sexuelle. Effrayé à l’idée d’être rejeté par sa famille et son entourage, le jeune homme accepte. Une fois dans le centre, Jared se met rapidement à dos le thérapeute principal, qui met tout en œuvre pour qu’il renie son identité.

En 2015, le comédien Joel Edgerton, connu pour ses rôles dans Warrior et Loving, passait à la réalisation avec le thriller The Gift. Évoquant déjà le harcèlement, les humiliations et violences que l’on peut subir à l’adolescence, le long-métrage révélait de jolis moments de tension mais peinait à convaincre pleinement à cause de son dénouement prévisible. Avec Boy Erased, le réalisateur plonge à nouveau le spectateur dans ces thématiques, de manière plus frontale, en évoquant le parcours d’un homme avec une volonté de sensibilisation touchante.

Un cheminement psychologique vers l’acceptation et la liberté

Au lieu de confiner les spectateurs dans le centre de thérapie, Joel Edgerton préfère alterner avec des flashbacks qui révèlent les expériences, parfois traumatisantes, que Jared a vécues avant d’être forcé à intégrer l’organisme douteux. En ressassant son passé alors qu’il est chargé par les thérapeutes de faire un bilan sur sa vie pour comprendre ce qui l’a amené à « devenir » homosexuel, le jeune homme remet progressivement en question l’éducation religieuse et conservatrice qu’il a reçue. Le réalisateur amène brillamment ce chemin vers l’épanouissement et cette façon de traiter son personnage principal s’impose comme l’aspect le plus abouti de Boy Erased.

Boy Erased : critique du film de Joel Edgerton.

Néanmoins, en se focalisant ainsi principalement sur l’adolescent, le cinéaste semble parfois rester en retrait des méthodes homophobes employées dans le centre de thérapie. Si le long-métrage n’est pas exempt de séquences déroutantes, à l’image de celle où le personnage incarné par Flea – le bassiste des Red Hot Chili Peppers – donne un cours de virilité aux jeunes hommes, il s’écarte régulièrement de l’institut. L’objectif principal du film est de toujours revenir à la vie de Jared, et à la mise en parallèle de son passé et de son passage dans le centre, qui créera un déclic quant à son épanouissement pour l’avenir. Si le procédé sert parfaitement le protagoniste principal, cela donne cependant l’impression que certaines autres victimes du centre sont mises de côté, à commencer par celles incarnées par Xavier Dolan et Britton Sear.

Les scènes d’enfermement reposent sur la présence d’excellents comédiens mais auraient ainsi pu bénéficier d’un développement plus poussé, et pas seulement de quelques dialogues ou situations qui peinent parfois à résumer le calvaire vécu par les autres inscrits. Joel Edgerton a clairement voulu axer son film sur l’évolution psychologique de Jared, plutôt que de faire un film choral comme pouvait l’être Vol au-dessus d’un nid de coucou. Cela ne nuit cependant pas à la puissance du propos, mis en valeur par des relations familiales extrêmement bien construites, notamment grâce aux trois interprètes principaux.

Un jeune acteur excellent et bien entouré

Révélé par Moonrise Kingdom, Lady Bird et Manchester by the Sea, Lucas Hedges apporte une pudeur qui offre à Boy Erased des scènes saisissantes. Tout en intériorité, hormis lors d’une séquence où il explose de façon magistrale face au thérapeute interprété par Joel Edgerton, Jared est dans la tourmente à cause de sa prise en charge dans le centre mais également à cause de ses relations familiales vacillantes. Le réalisateur apporte une importance fondamentale à ces dernières, socle du film que le héros tente de maintenir tout en affirmant progressivement son identité.

Boy Erased : critique du film de Joel Edgerton.

Face à Lucas Hedges, Nicole Kidman et Russell Crowe ne déméritent pas. Coincé dans son rôle d’épouse de pasteur au début du film, le personnage interprété par la première va peu à peu remettre en question les conseils de sa communauté, à mesure qu’elle comprend le calvaire que vit son fils. En résulte une très belle scène où la comédienne exprime toute sa rage et sa volonté de sauver son enfant pour le voir épanoui et heureux. Quant au second, s’il est volontairement en retrait pendant une bonne partie du film, son impuissance et son incapacité à comprendre Jared explosent dans une scène finale qui procure un véritable sentiment de soulagement, dans laquelle l’absence de manichéisme et l’empathie souhaitées par Garrard Conley et le réalisateur ressortent à merveille.

Si le spectateur peut à l’origine s’attendre à voir une œuvre sur l’enfermement, ce que Boy Erased n’est que partiellement, il découvre donc avant tout un drame familial qui expose habilement les motivations de chaque membre de la famille, en dénonçant certaines influences et pratiques avec subtilité. Le manque de communication afin de respecter des préceptes moraux erronés, l’intolérance et l’homophobie qui rongent un foyer sont les éléments qui conduisent à ces centres de thérapie, et que Joel Edgerton évoque avec sincérité et retenue, confirmant au passage qu’il est un excellent directeur d’acteurs.

 

Boy Erased de Joel Edgerton, en salle le 27 mars 2019. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

Adaptation de l’ouvrage autobiographique Boy Erased : A Memoir of Identity, Faith, and Family, Boy Erased raconte l’histoire de Garrard Conley, renommé Jared Eamons, un adolescent installé dans une petite commune rurale des États-Unis. Lorsque ses parents découvrent son homosexualité, le père – un pasteur baptiste – fait appel à des membres de sa communauté religieuse. Ils lui conseillent alors d’inscrire Jared à une thérapie de reconversion sexuelle. Effrayé à l’idée d’être rejeté par sa famille et son entourage, le jeune homme accepte. Une fois dans le centre, Jared se met rapidement à dos le thérapeute principal, qui met tout en œuvre…

Conclusion

Note de la rédaction

« Boy Erased » est un drame familial touchant, qui met en lumière l’horreur des thérapies de réorientation sexuelle, mais surtout les raisons et l’intolérance à l’origine de l’implosion d’un foyer.

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