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C’est ça l’amour : la fin d’un couple n’est pas la fin d’une famille

CRITIQUE FILM – Dernier long métrage de la réalisatrice Claire Burger, « C’est ça l’amour » dessine avec tendresse la vie d’un homme et de ses filles après que son épouse l’ait quitté. Avec Bouli Lanners exceptionnel dans un nouveau registre.

C’est ça l’amour est un film qui parle d’un sujet encore tabou de nos jours : le départ des femmes du domicile conjugal, laissant mari et enfants derrière elle, décision bien loin d’être facile à prendre. Même si certains films l’ont évoqué ces derniers mois, comme Nos batailles ou Une femme heureuse, le cinéma ne s’autorise pas à l’aborder très souvent. Ce qui est novateur dans la proposition cinématographique de la réalisatrice Claire Burger, c’est l’amour et la douceur qui entourent ce départ. Pas de heurts, pas de cris, pas de larmes, pas de plaintes, pas de tragédie. Car ce que la réalisatrice donne brillamment à voir dans C’est ça l’amour, c’est que partir, c’est aussi une forme d’amour. D’amour de soi pour celle qui part, après s’être perdue de vue sous la chape de plomb du couple et de la famille. D’amour pour ceux qui restent et qu’on ne veut pas décevoir en laissant un dernier souvenir de haine qui déchire un couple. Partir avant qu’il ne soit trop tard, dans le respect et la dignité, en mémoire de la vie qu’on a vécue ensemble. Et enfin d’amour conjugal qui se transforme en amour parental et filial.

Claire Burger s’attache aux pas de Mario (Bouli Lanners, émouvant comme jamais), qui est clairement dans le déni. Il se sent projeté devant le fait accompli et ne saisit pas bien la portée définitive de cette rupture. Son épouse Armelle (Cécile Remy-Boutang) le ménage, toujours par amour, n’osant le contredire lorsqu’il lui dit « quand tu reviendras, mon amour » ou « reposes-toi de moi ». Pourtant, quand une femme décide de partir, il n’y a pas grand-chose pour la retenir, et surtout pas la promesse que l’homme va changer. Leurs grandes filles Frida (Justine Lacroix) et Niki (Sarah Henochsberg) l’ont pourtant très bien compris, elles, et vite.

Mario est un homme fragilisé et désemparé, qui ouvre lentement les yeux sur son nouvel état suspendu. L’acceptation va passer par plusieurs stades que la réalisatrice distille subtilement dans toutes les décisions que va prendre Mario. Et Claire Burger, malgré son regard bienveillant, ne lui épargne ni les obstacles, ni les déceptions, ni l’abattement, ni la colère. Comme s’inscrire à l’Atlas, un atelier de théâtre qui s’inspire des phrases et des vies des citoyens de la ville de Forbach qui y participent. Mario y voit surtout au début un moyen de continuer à apercevoir furtivement Armelle, qui travaille au théâtre. Ses tentatives sont évidemment pathétiques. Puis il se prend petit à petit à ce jeu cathartique et parviendra à s’affirmer sur scène, en homme libéré de ses arrière-pensées.

C’est émouvant, un homme à terre

Ou lors d’un conflit qu’il essaye de régler dans son travail à la Préfecture et qui lui permet de comprendre qu’il ne peut plus se cacher éternellement derrière sa carapace d’agent de la fonction publique. Mais surtout, c’est la gestion de la vie quotidienne avec ses filles et ce transfert de charge mentale qu’il se prend en pleine figure, lui qui souffre en plus du syndrome de Diogène, qui vont lui faire admettre qu’il est à la fin d’un cycle de vie. Mario dit souvent qu’il gère… mais tout le monde voit bien autour de lui qu’il ne gère rien du tout et qu’il abrite ses difficultés derrière ce mot. Car reconnaître qu’on n’y arrive pas fait pourtant bien partie du chemin de la digestion d’un tel cataclysme et du lâcher-prise.

Mais C’est ça l’amour est particulièrement réussi dans le sens où il permet de saisir les transformations provoquées par cette séparation chez chacun des membres de la famille. Car le film rappelle à quel point la famille est le socle fondateur de tout individu et qu’il est bien difficile de se raccrocher à quelqu’un lorsque ce socle se fissure. Frida et Nikki sont heureusement là l’une pour l’autre. Mais les rôles de chacun et les schémas comportementaux archétypaux se retrouvent inversés, offrant certaines scènes amusantes. Les frontières des vies de ce trois-là sont également bousculées et le film pose d’ailleurs très bien une autre question rarement abordée au cinéma, à savoir où s’arrête l’intrusion parentale et où commence l’intimité des enfants.

Instinctivement, les filles entourent leur père, l’encouragent à se remuer, et lui parlent sans filtre. Car elles doivent aussi faire face, seules, à leurs propres vies de jeunes filles. Niki est en pleine crise d’adolescence et de découverte de sa sexualité et Frida décide de ne pas tomber amoureuse. Mais grâce à elles deux, Mario va se révéler à lui-même et enfin devenir le père de ses filles. Film personnel et très émouvant, aux personnages attachants interprétés par des acteurs très justes, C’est ça l’amour est un drame intimiste porteur d’espoir, qui ne manquera pas de faire écho à de nombreux spectateurs, qui sont tous des enfants et peut-être des parents.

 

C’est ça l’amour de Claire Burger, en salle le 27 mars 2019 –  Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

C’est ça l’amour est un film qui parle d’un sujet encore tabou de nos jours : le départ des femmes du domicile conjugal, laissant mari et enfants derrière elle, décision bien loin d’être facile à prendre. Même si certains films l'ont évoqué ces derniers mois, comme Nos batailles ou Une femme heureuse, le cinéma ne s’autorise pas à l'aborder très souvent. Ce qui est novateur dans la proposition cinématographique de la réalisatrice Claire Burger, c’est l’amour et la douceur qui entourent ce départ. Pas de heurts, pas de cris, pas de larmes, pas de plaintes, pas de tragédie. Car ce que la…

Conclusion

Note de la Rédaction

"C'est ça l'amour" est un drame intimiste touchant, qui prouve que l'amour peut continuer à circuler dans une famille malgré sa dislocation

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