Chaos Walking : Tom Holland dans un monde sans femmes

Chaos Walking : Tom Holland dans un monde sans femmes

CRITIQUE / AVIS FILM - Après une production ponctuée par des galères, "Chaos Walking" arrive enfin jusqu'à nos yeux. Privé de sortie dans les salles, le film porté par Tom Holland et Daisy Ridley est-il le ratage que l'on pouvait craindre ?

Une adaptation à la production mouvementée

Chaos Walking est le genre de film qui part avec un malus avant même sa sortie, car nous avons eu vent des problèmes qui ont émaillé sa conception. Robert Zemeckis a d'abord été envisagé pour mettre en scène cette adaptation de Le Chaos en marche de Patrick Ness. C'est finalement Doug Liman qui s'est retrouvé à la tête des opérations. Les prises de vue se sont bouclées en 2017 mais des retours catastrophiques lors des projections test ont alerté les producteurs.

Le film est passé par des reshoots pour rectifier le tir. Sauf que Tom Holland et Daisy Ridley ont été pris par des projets importants (Spider-Man : Far From Home pour le premier, L'Ascension de Skywalker pour la seconde). Ce n'est qu'une fois que leur emploi du temps respectif leur a permit que les nouvelles prises de vue ont eu lieu. Doug Liman s'est alors fait remplacer, à cette occasion, par Fede Alvarez. Autant de remue-ménage n'inspire guère confiance.

Chaos Walking
Chaos Walking ©Metropolitan Filmexport

Après toutes ces galères, il y a eu un motif d'espoir avec une sortie dans les salles annoncée au 4 août en France. Mais Metropolitan a préféré revenir sur cette décision, en optant plutôt pour une sortie en achat digital. Son mode de distribution reste une donnée secondaire au moment de juger le film, même s'il faudra tout de même prendre en compte ses nombreux problèmes durant la conception pour possiblement trouver des circonstances atténuantes en cas de ratage.

Un monde sans femmes

L'intrigue se déroule dans un futur où il ne reste que des hommes dans le Nouveau Monde. Une guerre contre des aliens a décimé la population et toutes les femmes sont mortes dans le même temps. Todd, un jeune garçon d'un village, va faire la rencontre d'une femme, Viola, seule survivante du crash d'un vaisseau. Il va alors comprendre qu'il a vécu dans le mensonge depuis tout ce temps et va se retrouver embarqué dans une aventure dangereuse.

Sans révéler tous les contours de l'intrigue, Chaos Walking n'aborde rien de plus que la place de la femme dans une société où les hommes veulent tout contrôler. Comme souvent, la science-fiction est un prétexte pour traiter d'une problématique faisant écho à notre époque. Ainsi, les méchants hommes veulent mettre la main sur la jeune fille en fuite et un héros qui n'en est pas vraiment un va s'ériger en sauveur de celle-ci. Cette idée de fond, qui trouve effectivement une résonance avec notre temps, manque pourtant d'un véritable traitement. La seule trouvaille un peu intéressante parvient quand on comprend pourquoi les femmes ne peuvent pas émettre le Bruit (une représentation physique et sonore des pensées que les personnages ne prononcent pas).

Chaos Walking
Todd Hewitt (Tom Holland) - Chaos Walking ©Metropolitan Filmexport

L'univers de Chaos Walking peine à exister

Ce Bruit, d'ailleurs, est sûrement la seule idée qui permet à l'univers d'avoir un peu d'originalité. Utilisé majoritairement comme mécanisme comique, il devient plus attrayant quand il permet de créer des imitations des personnages, comme c'est multiplement le cas dans le dernier acte, ou qu'il se met au service de l'émotion. Pour le reste, l'univers de Chaos Walking manque sacrément de saveur. Le film n'a aucune consistance visuelle dans la présentation du Nouveau Monde, avec de la végétation à outrance en guise de cache-misère. Lorsque Viola et Todd s'échappent dans la nature, on s'attend à ce que le film nous trimballe dans des décors agréables ou dépaysants. Il n'en est rien, tout est déjà vu et revu.

Chaos Walking
Chaos Walking ©Metropolitan Filmexport

Le pire, malgré cette carence, est que Chaos Walking n'a pas la moindre ampleur spectaculaire. Les quelques scènes d'action sont plates parce qu'elles ne portent aucun grand enjeu et la mise en scène n'élève en rien cette vacuité par des idées formelles. Même quand le climax arrive, on a l'impression de voir une scène d'un premier acte, une mise en bouche avant de passer à des choses plus sérieuses. Si Chaos Walking était condensé, il ferait office de bon début d'un récit d'aventure. En l'état, avec presque 1h40 au compteur, c'est une longue balade en forêt, décevante en tant que spectacle et encore plus en tant que parabole sur la condition féminine.

Un casting qui fait ce qu'il peut

Plus que les reshoots, on a surtout envie d'incriminer le scénario pour justifier ce ratage. Coincé entre des bonnes intentions et une envie de mettre en place un univers amené à être étendu (un seul alien apparaît, dans une scène inutile), le film ne trouve aucun équilibre et n'affiche pas le moindre soupçon de personnalité. On sauvera du naufrage Tom Holland, même si on a l'impression que ce rôle a quelques années de retard par rapport à la direction plus sérieuse que prend sa carrière en ce moment (avec Cherry et Le Diable, tout le temps).

Pour le reste du casting, Daisy Ridley s'en sort bien malgré le fait qu'elle n'ait pas grand chose à défendre. Mads Mikkelsen répète sa partition de méchant à laquelle on le condamne dans les productions américaines. Et Demián Bichir tient un rôle qui aurait mérité d'être plus développé pour concrétiser son potentiel émotionnel. Le cas de ce dernier est assez représentatif d'un film parcouru d'idées restées à l'état embryonnaire.

Chaos Walking de Doug Liman, en achat digital le 27 juillet 2021 et sur Amazon Prime Video le 24 août. La bande-annonce ci-dessus. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

 

 

 

 

 

 

 

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