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Coby : l'ivresse de la métamorphose

Coby : l'ivresse de la métamorphose

CRITIQUE FILM - Après « Finding Phong » et « Les Garçons sauvages », vient « Coby » de Christian Sonderegger, qui ajoute sa pierre à l’édifice dans une célébration contemporaine de la métamorphose et du changement de sexe.

En insistant sur la libération que provoque le changement de sexe de la jeune Suzanna, devenue le jeune Coby, Christian Sonderegger vise juste. Plutôt que de se concentrer sur le mal-être passé, celui-ci vient documenter dans Coby, l'émerveillement de celui-ci que suscite la découverte d’un corps qui lui correspond enfin. Ici, on découvre une jeune femme devenant un homme, comme ça aurait put être un jeune homme devenant une femme. Ou bien un jeune homme devenant… Un jeune homme. Au fond, peu importe : la finalité d’une métamorphose surpasse ici son point initial.

Le mal-être et la douleur de Coby, refusant son corps féminin, ne sont cependant pas éludés. Cela se situe simplement dans une autre temporalité : celle du rembobinage rendu possible par les vidéos qu’il a lui-même filmé. Dans la tradition du journal filmé de Jonas Mekas, Coby s’est filmé durant les longs mois qui ont précédé son changement. Celui-ci se plaint, exprime ses états d’âme à son audience (ses followers du moment dont nous, spectateurs, sommes l’écho contemporain) et dévoile les changements progressifs de son anatomie. Sous hormones, ses poils poussent, ses muscles se développent, sa morphologie évolue. La métamorphose est à l'oeuvre sous nos yeux, au fur et à mesure que les confessions (plus ou moins intimes) se font face-caméra.

La libération

Le documentaire de Christian Sonderegger prend le parti d’alterner ces séquences rétrospectives avec : des photos d'archives dévoilant l'enfance de Coby, des entretiens de ses proches et un portrait du quotidien présent de Coby, désormais homme aux cheveux cours, à la barbe et à l’ossature plus large. On y voit sa copine, toujours présente, mais aussi son frère, son père, d’une incroyable tolérance, ainsi que sa mère, qui avoue avoir été au départ méfiante mais a fini par accepter ce changement. Il n’est d’ailleurs pas anodin, dans l’optique positiviste du film, que l’entourage de Coby ait été à ce point bienveillant vis-à-vis de sa métamorphose. Cela permet de se concentrer sur ce que cette transformation produit (un soulagement, une libération) et non sur ce qu’elle peut, bien évidemment, retirer (un désir, un attachement à la personne qui n’est plus).

Le seul manquement du film est, en fait, de se fondre parfaitement dans le moule des documentaires du même type. C’est ce qui faisait que, dans un registre opposé, Les Garçons sauvages de Bertrand Mandico livrait un message bien plus retentissant que Finding Phong de Phuong Thao Tran sur le sujet du changement de sexe. Dans sa folie hédoniste, complètement détachée de toute réalité et de tout réalisme, la métamorphose devenait, non seulement une ivresse jouissive, mais aussi un rêve. Confronté à la réalité dans Coby, ce rêve se fait, certes, plus nuancé (la copine de Coby est mise à l’écart par son obsession du changement sexuel), mais aussi moins vibrant, moins émouvant (le ton reste très monotone, voire solennel).

Tout dire, tout expliquer

C’est toujours la limite et la force d’un documentaire à message. Celui de coller à la réalité pour mieux nous faire ressentir le besoin réel des personnes concernées, quitte parfois, à être trop démonstratif et trop pédagogique dans ses zones d’ombre. Tout finit, dans Coby, par être théorisé à outrance, par être expliqué systématiquement par les raccords du montage ou par le contenu des séquences choisies. La manière qu’a Coby d’accepter sa part de féminité après sa métamorphose, d’appréhender l’étape finale (la phalloplastie à venir) ou de ressentir chacune des étapes de sa propre transformation par exemple.

Tout est dit noir sur blanc par les protagonistes impliqués et il n’y a plus de place au rêve ou à la suggestion. C’est peut-être ce que souligne, en douce, la mère de Coby en répondant au documentariste : « Vous, français, vous voulez toujours tout expliquer ». Christian Sonderegger est effectivement français et finit, malheureusement, par vouloir tout expliquer. Coby, le film, se transforme alors en long dossier n’excluant aucune piste, aucun questionnement, entourant son sujet au point d’en perdre sa magie, son émerveillement potentiel. On sort de là évidemment convaincu des bienfaits de cette transformation (comment ne pas l’être ?), mais sans n’avoir rien à y ajouter.

 

Coby de Christian Sonderegger, en salle le mercredi 28 mars. Ci-dessus la bande-annonce.