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Cold Skin : une série B noble mais imparfaite

CRITIQUE / AVIS FILM – Après un passage dans plusieurs festivals, le nouveau film du frenchy Xavier Gens arrive enfin par chez nous directement en vidéo. « Cold Skin » n’est pourtant pas dénué de belles qualités et rappelle certains grands classiques du cinéma fantastique avec un véritable amour pour le genre.

Le cinéma de genre est toujours un cas compliqué en France. On a toujours cette impression que l’industrie locale a du mal à promouvoir ce type de projet, autant pour les monter financièrement que pour les distribuer. Ce vaste sujet ne sera pas abordé dans ces lignes – il mériterait un dossier d’envergure – mais on se permet quand même de rappeler que la France ne sait pas par quel côté prendre le problème pour en trouver les solutions les plus crédibles. Pourtant, ce ne sont pas les réalisateurs, amoureux de ce cinéma en particulier, qui manquent à l’appel. Alors quand quelques-uns arrivent à tirer leur épingle du jeu et à construire une carrière, on ne peut que leur apporter ne serait-ce que notre soutien – quand bien même si les films ne sont pas toujours aussi forts qu’on le souhaiterait.

Xavier Gens fait parti de cette vague de cinéastes qui sont apparus dans les années 2000 quand l’horreur a fait un début de percée par chez nous. Aux côtés de Pascal Laugier, Alexandre Aja, le duo Julien Maury/Alexandre Bustillo, ainsi que Hélène Cattet/Bruno Forzani, pour ne citer que les plus talentueux, il est inclus dans cette nouvelle garde qui a tenté de secouer le cocotier. Notre premier contact avec son cinéma s’est fait lors de la sortie du brutal Frontière(s), survival sans concession dont le but était de frapper là où cela fait très mal. Ensuite, avec Hitman, Budapest, The Divide et ce Cold Skin, dont il sera question ici, Gens a navigué entre les genres, sans se dessiner une trajectoire qui respire la cohérence. On le préfère quand même lorsqu’il s’attaque au cinéma fantastique ou horrifique, ce qui est le cas dans cette histoire d’hommes isolés sur une île, à la merci de monstres.

Cold Skin débute sur un bateau, au début des années 1900. Un climatologue accepte d’aller vivre sur une petite île pendant douze mois afin d’étudier le vent. Sur place, il pensait que la seule présence dans le coin serait ce gardien de phare un peu perché. Sauf qu’il ne tardera pas à se rendre compte que lorsque la nuit tombe, des créatures menaçantes font leur apparition sur ce bout de terre. Sans issue de secours, il devra apprendre à les comprendre et à se battre si nécessaire.

Le phare au bout du monde

Xavier Gens n’a pas besoin de grand chose pour raconter son histoire. Trois personnages, un phare, une île et, surtout, une envie folle de faire un film de genre. Sans aucune dose de cynisme ni une recherche de sophistication exacerbée, il enveloppe son histoire dans une mise en scène soignée, laissant la place pour sublimer ses décors et ses bestioles. Car oui, Cold Skin met en scène une armée de créatures mi-humaines mi-aquatiques et ne se cache pas derrière ses moyens limités pour la jouer petit bras. Le résultat purement visuel respire la générosité. Gens se lâche dans plusieurs séquences d’affrontement qui jouent avec intelligences sur le montage et les valeurs de plan pour en montrer beaucoup tout en dissimulant certaines limites des effets spéciaux. Il ne cherche pas à camoufler ses bestioles car elles sont le moteur de son film, pour amorcer l’action et les différents nœuds dramatiques.

Une créature magnifique

Sorti de ces scènes de fight réussies, Gens ne gère pas forcément bien l’évolution de son récit. Les moments d’accalmie ne racontent pas toujours quelque chose et la lourdeur de la voix-off vient tuer dans l’œuf certaines intentions. Mais ce n’est pas pour autant que Cold Skin est un survival basique comblant le vide entre ses highlights. L’une des créatures, Aneris, est sans cesse en contact avec les deux personnages principaux et son traitement s’impose comme un point fort. Pas tant par sa caractérisation intrinsèque, mais par ce qu’elle fait ressortir de la nature humaine. Comme dans beaucoup de classiques, le monstre est un catalyseur, le pivot central pour parler des hommes.

La sensibilité avec laquelle le metteur en scène français filme Aneris n’est pas sans évoquer ce que le maître des monstres, Guillermo Del Toro, a fait dans Hellboy ou La Forme de l’eau – film aux évident points communs. Gens n’est pas aussi fin et fulgurant que son homologue mexicain mais il a le même désir de gratter sous l’apparence de l’Autre pour y trouver la beauté qui s’y cache. Les scènes où elle nage n’ont l’air d’exister que pour faire éclater à l’écran la majesté d’Aneris. Plus fort encore, elle est au cœur d’un triangle amoureux dont certains aspects ne sont pas dénués d’une certaine audace.

Une honnêteté indiscutable

Imparfait mais sauvé par ses nobles ambitions et sa générosité, Cold Skin continue de démontrer que son auteur, Xavier Gens, est un faiseur solide, connaissant ses classiques sur le bout des doigts. Sans arrogance, il cherche à raconter son histoire aussi bien qu’il le peut tout en tenant compte des moyens limités à sa disposition. Le miracle est sans doute de sortir un tel résultat si solide formellement dans ces conditions. À l’heure où des petits malins se cachent derrière des concepts délirants ou des tics de mise en scène pour se chercher une raison d’exister dans le genre, des artisans honnêtes comme Gens font du cinéma avec un petit-goût d’old-school, qui se donne aux spectateurs sans s’économiser. Et ça fait du bien.

 

Cold Skin de Xavier Gens, disponible en DVD et Blu-ray à partir du 17 juillet 2019. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

Le cinéma de genre est toujours un cas compliqué en France. On a toujours cette impression que l'industrie locale a du mal à promouvoir ce type de projet, autant pour les monter financièrement que pour les distribuer. Ce vaste sujet ne sera pas abordé dans ces lignes - il mériterait un dossier d'envergure - mais on se permet quand même de rappeler que la France ne sait pas par quel côté prendre le problème pour en trouver les solutions les plus crédibles. Pourtant, ce ne sont pas les réalisateurs, amoureux de ce cinéma en particulier, qui manquent à l'appel. Alors quand…

Conclusion

Note de la rédaction

Une série B honnête avec des arguments intéressants mais aussi quelques défauts apparents. Xavier Gens fait son travail avec un amour incontestable et livre un moment de cinéma au charme certain.

Note spectateur : 3.6 ( 1 notes)
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