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Cold War : l'amour froid de Paweł Pawlikowski

Cold War : l'amour froid de Paweł Pawlikowski

CRITIQUE FILM - Quatre ans après "Ilda", qui remporta l'Oscar du meilleur film en langue étrangère, Paweł Pawlikowski reviens avec "Cold War" pour une histoire d’amour tragique sous fond de guerre froide. Prix de la mise en scène à Cannes, le film est à nouveau candidat pour représenter la Pologne à l'Oscar du meilleur film étranger.

Wiktor (Tomasz Kot) est un musicien qui parcourt les villages pour collecter le patrimoine musical polonais. Durant des auditions, il remarque la jeune Zula (Joanna Kulig), une chanteuse impétueuse, mais à la voix divine. Wiktor tombe sous son charme et l’engage pour danser et chanter au sein de sa troupe qui partagera cette culture populaire. C’est alors que le parti, jusque-là peu intéressé par ces chansons, décide de mettre la main sur cette entreprise. Wiktor, perdant sa liberté de musicien et refusant de servir d’outil promotionnel au régime, convainc Zula de fuir avec lui à l’étranger. Mais au moment du départ, celle-ci ne le rejoint pas et poursuit sa carrière de chanteuse.

Dix ans d'amour en une heure vingt

Dans sa première partie, Cold War laisse à penser que le réalisateur souhaite traiter en profondeur de la politique du pays au début de la Guerre froide. Mais Pawel Pawlikowski fait le choix osé de rester en surface de ces éléments pour se recentrer sur l’histoire du couple dans sa seconde partie, aux enjeux totalement différents. Ainsi, le cinéaste enchaîne les ellipses et les bonds dans le temps. D’une scène à une autre, plusieurs années s’écoulent et on pourra aussi bien voir le couple se retrouver et se quitter à nouveau, se croiser et se rater de peu. Le tout, réduit en à peine une heure et demie. Le cinéaste va donc à l’essentiel, mais s’attarde pour autant sur des moments précieux. Comme ces premiers regards de Wiktor (adossé à un miroir) vers Zula (accoudée à un piano, qu’on devine au loin).

Bien sûr, il est parfois difficile de se sentir totalement impliqué tant le réalisateur peut survoler ses personnages et leurs problématiques (ou du moins en apparence). Mais c’est justement ce côté hâtif qui donne au film sa part de tragédie humaine. Car les problèmes de Wiktor et Zula viennent en grande partie d’eux-mêmes et de leurs différences idéologiques. Wiktor ayant une vision d’artiste, quand Zula, plus pragmatique, songe avant tout à s’en sortir face aux hommes (son père étant le premier). Et si toute la douceur mélancolique de Tomasz Kot émeut, le regard dur sur le visage d’ange de Joanna Kulig offre un sublime contraste.

D’une grande délicatesse, et pas dénué d’une certaine drôlerie, Cold War nous enveloppe comme dans un drap de coton. Il fait passer l’émotion par le regard, quand bien même l’empathie n’est pas toujours évidente. Il bénéficie alors du travail toujours excellent de Paweł Pawlikowski en termes de composition de plans. Des moments de grâce sans lesquels Cold War ne toucherait certainement pas autant. Trop en retenu, et à nouveau à vouloir condenser sur une courte durée près de dix ans de relation semées d’embûches, il manque à ce nouveau film de Pawlikowski un brin de chaleur pour emporter entièrement, et le faire passer dans la case des très grands films.

Cold War de Paweł Pawlikowski, en salle le 24 octobre 2018. Ci-dessus la bande-annonce.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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