[Critique] Le Crime de l'Orient-Express

[Critique] Le Crime de l'Orient-Express

43 ans après le film de Sydney Lumet, Kenneth Branagh s’attaque à un monument de la littérature policière : "Le Crime de l'Orient-Express" d’Agatha Christie. Enjoué et luxueux, le film se perd néanmoins dans l'admiration de son héros.

Dans l’Orient-Express qui conduit Hercule Poirot d’Istanbul vers Londres, un homme est assassiné. Alors que le train est bloqué par une tempête de neige, le célèbre détective va tout faire pour découvrir qui des treize passagers est le coupable, avant qu’il ou elle ne frappe à nouveau ou ne s’échappe. Monument de la littérature policière, Le Crime de l’Orient-Express revient au cinéma dans une réalisation de Kenneth Branagh, après une première adaptation culte de Sidney Lumet en 1974.

Un classique policier en blockbuster élégant et neigeux

Le Crime de l’Orient-Express version 2017 est un film de studio, catégorie grand spectacle. Kenneth Branagh, rompu à l’exercice avec déjà Thor et Cendrillon, assure donc un spectacle propre à amuser un grand public, friand de panache et de suspense. Mais pas facile pour l'homme (aussi) de théâtre, qui doit innover autour du chef d'oeuvre d'Agatha Christie, considéré comme intouchable.

Formellement, le film est agréable. Il y a beaucoup de plans soignés, et l'Orient-Express est filmé depuis tous les angles. D'en haut, d'en bas, en plan-séquence... On sent un amusement réel dans la mise en scène du huis clos. Par ailleurs, le soin apporté aux costumes et aux décors est remarquable. La reproduction d'Istanbul et de la gare d'où l'Orient-Express s'apprête à partir est particulièrement réussie. Enfin, la sensation de confort luxueux est bien rendue et concourt au plaisir douillet et de saison que peut procurer Le Crime de l'Orient-Express.

 Le Crime de l'Orient-Express

Comme son aîné, le film de Sidney Lumet sorti en 1974, le casting est composé de superstars, à la limite de l’improbable. Michelle Pfeiffer, Johnny Depp, Daisy RidleyJudi Dench, Willem Dafoe, entre autres… Une distribution très appliquée, avec un sérieux bémol pour le couple Andrenyi qui frôle dangereusement le grotesque, et une Michelle Pfeiffer qui veut trop en faire.

Face à ces voyageurs de marque, tous suspects du meurtre, Hercule Poirot/Kenneth Branagh prend un malin plaisir à s'entretenir avec chacun, pour découvrir compartiment par compartiment, la terrible vérité. Chaque passager livre ainsi son passé et ses motifs au célèbre détective moustachu. Celui-ci s'affiche tout en perspicacité et aisance pour partager les faits et les mensonges.

La gourmandise de Kenneth Branagh

Mais ce faisant, le huis clos mystérieux qui était joliment mis en scène laisse rapidement place à une succession de scènes individuelles. Ici, Hercule Poirot est observateur plus qu’interrogateur. A la manière du Sherlock de Benedict Cumberbatch, le détective est presque trop facile. Aussi, alors que le personnage d’Agatha Christie est un personnage au physique bedonnant, bardé d’une absurde moustache, celui incarné par Branagh court, se bat, et est très séduisant. Dès lors, les différentes révélations arrivent de manière inégale, et à force de s'ébaudir devant le détective, on a bien du mal à suivre son raisonnement.

 Le Crime de l'Orient-Express

Sir Branagh vs. Lady Christie

Tendance showman, Hercule Poirot version Branagh vole la vedette aux autres personnages, mais surtout écrase l'intrigue de sa classe ou son extravagance, selon son goût. La pesanteur du meurtre s'étiole progressivement, et la gravité de l'histoire à laquelle ce meurtre fait référence s'en trouve diminuée. C'est ainsi qu'en se concentrant sur son héros, Kenneth Branagh rate l'ambiance perverse et l'exposé du dilemme moral de l'oeuvre d'Agatha Christie. C’est regrettable, tant le caractère prodigieux de la révélation finale s’en trouve ainsi désamorcé.

Pas très loin d'un siècle sépare le film du roman d'Agatha Christie (1934). L'adaptation présentait des risques, qu'elle évite pour la plupart. Les quelques trahisons ne sont pas outrageantes, mais elles orientent finalement le film en une aventure presque légère plutôt qu’elle ne le plonge dans le policier haletant. Une hésitation d'ailleurs ressentie au départ du train, dans un premier tiers (le meilleur) où s'équilibrent bien la noirceur du roman et le talent du cinéaste anglais. On pourra donc, sur la longueur, regretter une forme d'égoïsme du réalisateur, qui de toute évidence s'est fait plaisir en incarnant à sa manière Hercule Poirot, et en infusant dans cet univers beaucoup de références personnelles.

 

Le Crime de l'Orient-Express de Kenneth Branagh, en salle le 13 décembre 2017. Ci-dessus la bande-annonce.

 

 

 

 

 

 

 

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