De son vivant : des acteurs en état de grâce dans un drame poignant

De son vivant : des acteurs en état de grâce dans un drame poignant

CRITIQUE / AVIS FILM - Comment vivre en sachant qu'il ne reste que quelques mois ? C'est la douloureuse question posée par Emmanuelle Bercot dans "De son vivant", un drame mené par un Benoît Magimel formidable et Catherine Deneuve.

De son vivant : les derniers mois d'un condamné

Quatre saisons et pas une de plus. C'est ce qu'il reste à vivre à Benjamin (Benoît Magimel). Aux abords de la quarantaine, ce professeur de théâtre apprend qu'il est atteint d'un cancer du pancréas de stade 4. Aucune guérison n'est possible. Dès le début du film, il apprend que la mort l'atteint précocement. Sa mère (Catherine Deneuve) l'accompagne dans cette terrible épreuve, en refusant dans un premier temps d'admettre qu'aucune autre issue n'est possible. Grâce au travail d'un cancérologue (Gabriel Sara) et de son équipe, Benjamin va être mis dans les meilleures conditions pour appréhender les derniers mois de sa vie. Dans De son vivant, Emmanuelle Bercot ne laisse la place à aucun suspense mal placé sur l'issue qui nous attend. Aucun miracle de cinéma n'aura lieu et il faut d'emblée accepter que l'on suit un condamné pendant deux heures.

De Son Vivant
De Son Vivant ©Les Films du Kiosque

Un mélo qui s'assume

Le prétendu programme a de quoi inquiéter si le chemin de croix de Benjamin vire au larmoiement continuel. Un choix risqué, surtout quand on sait que le cinéma français populaire aime sortir les violons et jouer de bons sentiments dans ce cas. Il y a forcément une grande place accordée à l'émotion dans De son vivant avec cette description de ce qu'est une fin de vie annoncée en soins palliatifs. Emmanuelle Bercot manie quelques grosses ficelles et à un sens balourd de la symbolique pour mettre en branle notre appareil lacrymal. La place du fils délaissé par Benjamin est par exemple une ligne narrative dont on aurait pu se passer. L'artificialité de plusieurs rouages alourdit l'ensemble mais, même en ayant conscience des facilités, la mayonnaise prend.

La réalisatrice n'a aucun problème à assumer l'amplitude émotionnelle de son histoire et on la sent à l'aise avec sa note d'intention. En refusant la finasserie, elle aborde frontalement la question de la mort et développe avec sensibilité les retors causés par une maladie incurable. Le film n'est jamais plus beau que lorsqu'il parle du rôle du personnel médical pour rendre plus léger un combat perdu d'avance. De son vivant fait preuve d'une humanité touchante à ce niveau. À l'aide d'une approche en partie didactique, on saisit la difficulté que représente l'accompagnement d'un patient et de ses proches dans ces derniers instants.

Un casting formidable

Emmanuelle Bercot réussit son pari de nous émouvoir et elle doit une fière chandelle à son casting. L'immense Catherine Deneuve est à la hauteur de sa légende en mère inquiète, que cela soit dit. On a cependant envie d'applaudir un Benoît Magimel étincelant. Jamais outrancier dans un rôle très délicat, il tombe toujours juste dans son jeu et tient l'un des grands rôles de sa carrière. Il ne donne jamais l'impression de courir après un prix et mérite pourtant qu'on lui en donne un pour le récompenser de cette composition extraordinaire. Face à ces deux acteurs confirmés, la véritable surprise de la distribution se nomme Gabriel Sara. Ce véritable oncologue incarne son propre rôle et ne démérite absolument pas pour sa première apparition au cinéma. Sa douceur, ses principes et ses méthodes créent un sentiment de vérité qui supplante les maladresses d'une fiction parfois préfabriquée.

De son vivant d'Emmanuelle Bercot. En salle le 24 novembre 2021.

 

 

 

 

 

 

 

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