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Deux moi : un doux roman, une belle histoire

CRITIQUE / AVIS FILM – Deux ans après « Ce qui nous lie », Cédric Klapisch réinvite François Civil et Ana Girardot dans un long-métrage aux allures de conte moderne. Sobre, frais, et attendrissant, « Deux moi » s’intéresse moins à la rencontre qu’à ce qui la précède. Dans un monde où l’on choisit sa moitié comme un plat à faire livrer, le réalisateur place l’humain au centre de son récit et nous redonne foi en la sérendipité.

Rémy et Mélanie sont voisins. Chaque semaine, ils se rendent à la même épicerie, prennent le même métro, marchent sur le même trottoir, et pourtant, ils ne se sont jamais vus. Alors qu’elle multiplie les échecs via des sites de rencontres, lui, sauvage, ne croise pas grand monde à part son reflet. A une époque hyper connectée où tout semble être à portée de main, Rémy et Mélanie errent comme des âmes en peine dans un Paris à la fois immense et tout petit.

Deux bulles

Le film s’ouvre sur un lieu de passage : le métro parisien. Accompagnées d’une chanson vive et rythmée, les silhouettes d’anonymes s’activent, se pressent, déterminées à se rendre d’un point A à un point B. Dans ce monde fait d’effervescence et de stress, chacun se cantonne à sa petite bulle, se replie sur lui-même, et en oublie de lever la tête. Rémy (François Civil) et Mélanie (Ana Girardot) ne dérogent pas à la règle. Imbriqués malgré eux dans un quotidien anxiogène et routinier, ils se perdent dans la foule et souffrent du mal moderne que les applications s’attellent pourtant à éradiquer : la solitudeCédric Klapisch pose sa caméra sur deux personnages lunaires qui semblent s’être déconnectés d’un trop grand nombre de choses. Absents de la plupart des réseaux sociaux, ils sont également devenus étrangers à leur propre famille. Mélanie ne voit plus sa mère et les rares fois où Rémy participe à un repas de famille, il prend la forme d’une pièce rapportée. Seul à être célibataire, le teint grisâtre, il scrute ses proches et semble se demander à quel type d’espèce ils peuvent bien appartenir. Avec humour et bienveillance, le réalisateur filme deux entités qui semblent vouées à se réunir. « Rémy et Mélanie », la seule consonance de leurs prénoms les prédestine. Pourtant, ils ne se trouvent pas.

Lui est insomniaque, elle, ne fait que dormir, et il manque à chacun ce petit quelque chose d’inexplicable. Avec l’intervention des psys – parfaitement campés par Camille Cottin et François Berléand – Klapisch s’attarde sur le processus de reconstruction d’individus blessés. En prenant pour appui les thématiques du deuil et de la rupture amoureuse, il met l’accent sur la nécessité d’apprendre à être seul avant d’être accompagné. S’il ne se passe pas toujours grand-chose en apparence, l’inconscient se charge de creuser les failles. Avec l’humour et le soupçon d’absurde qui lui sont propres, le cinéaste dédie quelques séquences aux rêves (ou plutôt, cauchemar) dans lesquels s’infiltrent les appréhensions du quotidien. Des scènes qui font écho à celles de L’Auberge Espagnole et Paris, où le cauchemar se charge de tirer la sonnette d’alarme. Avant toute idée d’histoire d’amour, ce que Klapisch nous montre, ce sont deux personnages en contrôle, à la fois distincts et complémentaires, bien décidés à guérir du mal qui les ronge.

Un portrait doux-amer de notre société

Après Paris, Cédric Klapisch propose une nouvelle version d’une ville qui lui est chère. Une ville à deux visages, à la fois chronophage et profondément humaine. Dedans, Rémy et Mélanie semblent minuscules. Absorbés par la solitude urbaine, dépassés par le bouillonnement qui les entoure, ils s’y sont peu à peu perdus. Le réalisateur joue sur les contrastes, alterne silence et brouhaha, foule et solo, et transforme les immeubles en montagnes infranchissables. Et puis, à mesure que le film progresse, le portrait gris d’un Paris impersonnel se transforme en cocon réconfortant. La grande capitale devient familière et soudainement, le monde est tout petit. Rémy et Mélanie ne cessent de se croiser et sympathisent avec le même épicier, écoutent la même musique et jouent avec le même chat. Le cinéaste transforme Paris en un lieu de rencontre, de partage et distille de l’amour à chaque coin de rue.

Deux moi apparaît alors comme un éloge à la vie, aux rapports humains, dans une société où l’on a tendance à s’isoler. Klapisch nous invite à nous ouvrir aux autres, mais également, à croire au destin. Ce même destin que nous forçons à grands renforts d’applications, étouffés par notre impatience, au lieu de regarder à côté de nous. « Faîtes confiance à la vie » susurre la psy, à Mélanie. En nous ramenant des années en arrière, à une heure moins connectée, le réalisateur rappelle le charme de l’heureux hasard. Un temps où l’on ne choisissait pas son compagnon de vie comme on choisit un yaourt au supermarché. Pourquoi tout précipiter ? Pourquoi étiqueter les gens ? Cette dernière question donne lieu à de bons comiques de situation parmi lesquels, l’entretien de Rémy qui doit se décrire en un mot, ou dire à sa collègue quel genre de burger il est.

Un film qui vous veut du bien

La plus grande réussite du film tient sûrement à l’angle que Klapisch a choisi d’adopter. Pour ce nouveau long-métrage, il casse la trame conventionnelle et attendue de la comédie romantique. Ces deux heures, il ne les dédie pas à un amour brûlant ou passionnel, mais bien à ce qui peut le précéder. Mélanie ne va pas trouver en Rémy la solution à tous ses problèmes, et vice versa. Son combat, elle va le mener seule, et apprendre à être en paix avec elle-même avant d’envisager l’avenir avec un autre. En ce sens, le cinéaste prend le genre à rebrousse-poil et instaure un suspens grisant et ludique. Rémy et Mélanie, vont-ils finir par se rencontrer ?

Porté par une atmosphère douce et féerique, Deux Moi séduit et insuffle un peu de fraîcheur et de magie à un genre souvent prévisible et décevant. François Civil et Ana Girardot interprètent à la perfection ces personnages attachants et fragiles qui tentent autant que possible de garder la tête hors de l’eau. Attendrissant mais pas niais, le film nous ramène à l’essentiel, à la poésie des petites choses, à ce que l’on a trop vite fait d’oublier.

Deux moi, de Cédric Klapisch, en salle le 11 septembre 2019. La bande-annonce ci-dessus. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

Rémy et Mélanie sont voisins. Chaque semaine, ils se rendent à la même épicerie, prennent le même métro, marchent sur le même trottoir, et pourtant, ils ne se sont jamais vus. Alors qu'elle multiplie les échecs via des sites de rencontres, lui, sauvage, ne croise pas grand monde à part son reflet. A une époque hyper connectée où tout semble être à portée de main, Rémy et Mélanie errent comme des âmes en peine dans un Paris à la fois immense et tout petit. Deux bulles Le film s'ouvre sur un lieu de passage : le métro parisien. Accompagnées d'une…

Conclusion

Note de la rédaction

Note de la rédaction

Avec "Deux moi", Cédric Klapisch casse les codes de la comédie romantique et lui ré-insuffle un peu de magie. Frais, drôle et attendrissant, ce nouveau long-métrage charme, autant par son récit que par ses acteurs.

Note spectateur : Sois le premier !
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