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Diamantino : dérive en roue libre dans la psyché d’une star du foot

CRITIQUE FILM – Présenté à la Semaine de la Critique à Cannes, « Diamantino », premier film du duo luso-américain Gabriel Abrantes et Daniel Schmidt, dresse un portrait débridé d’une ex-star du ballon rond en pleine crise. Au programme : conspirations, migrants et seins qui poussent.

Le synopsis ne nous aura donc pas menti. Diamantino, premier long-métrage de Gabriel Abrantes et Daniel Schmidt, présenté à la Semaine de la Critique, est un pur kamoulox. Pour vous faire une idée, c’est un peu comme si Les Mille et une Nuit de Miguel Gomes (l’acteur principal de Diamantino, Carlotto Cotta, y tenait le rôle de Paddleman) s’était retrouvé dans un grotesque moule à kitsch queer et débridé commandité par un Richard Kelly européen. Diamantino, alias « Tino », une grande star de foot légèrement demeurée – avatar à peine dissimulé de Cristiano Ronaldo – se retrouve embarqué une campagne politique menée par un ministère de la propagande, qui veut constituer une équipe de clones imbattable afin de rendre la grandeur déchue à un pays lourdé depuis la crise financière de 2008.

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Mais ce n’est pas tout : parallèlement, les services secrets portugais tentent d’enquêter sur l’icône nationale, qu’ils soupçonnent de détenir des sociétés offshore dans des paradis fiscaux. Pour y parvenir, l’un de ses agents se fait passer pour un jeune migrant qu’adoptera Tino. Ce dernier est dévoué à la cause des exilés depuis l’arrêt de sa carrière de footballeur après son penalty raté en finale de la Coupe du Monde 2018, qui provoqua le décès brutal de son père, le laissant entre les mains de ses deux sœurs jumelles. Autant dire que Diamantino est un film qui s’impose d’entrée de jeu comme une proposition outrageusement généreuse. Tout autant qu’elle s’avérera dans un second temps débridée, bourrée d’idées et en perpétuelle métamorphose, aussi bien dans les genres qu’elle convoque – la comédie absurde, la science-fiction, le thriller paranoïaque – que dans les genres qu’habitent ses personnages, tour à tour jumelés, trans, déguisés ou carrément mutants.

Au même titre que sa galerie de personnages grotesques, Diamantino est un film qui joue avec ses propres contrastes. Contraste des couleurs, premièrement, passant du rose délavé des rêveries de Tino aux lumières éblouissantes d’un stade de foot puis à la noirceur et au vide de sa luxueuse demeure. Contraste des supports, ensuite, exhibant un grain pelliculaire quand le film n’emploie pas, lors de quelques scènes, des hologrammes numériques volontairement kitsch qui paraissent tout droit sortis d’un film de série Z. Puis contraste personnifié, enfin, par l’improbable histoire d’amour qui se lie entre une agent secrète cap-verdienne (qui se fait passer pour un jeune migrant) et Diamantino, richissime star du foot déchue accessoirement toujours puceau.

Le pouvoir de la farce

Dans ce mélange assez déroutant, le duo Abrantes-Schmidt fait preuve d’une ambition assez remarquable, dont seul l’aspect parfois fauché de l’imagerie pourrait faire dévier cette bizarrerie pop en décharge de mauvais goût. C’est que tous les artifices gagesques et autres ruptures de ton ne sont pas employés en vain dans Diamantino. Passé l’humour gras un poil forcé par instants, ces ruptures permettent de faire ressortir, en creux, le portrait touchant d’un personnage à l’innocence maladive, dont la naïveté à toute épreuve souligne la cruauté de son petit monde. Le film parvient ainsi à circuler discrètement du cosmique au comique, du délire collectif à l’introspection existentielle. Ce passage du rire à l’émotion pourrait sembler sortir de nulle part, mais l’association des tons et des genres dans Diamantino est plus difficile à envisager qu’à appréhender : on se laisse facilement aller aux association improbables du duo.
C’est là tout le talent des deux cinéastes qui arrivent, aussi surprenant que cela puisse paraître, à faire fusionner leurs idées déviantes et délirantes entre elles pour mieux servir le portrait vibrant d’un grand-enfant pathétique. Ainsi, lorsque Tino est interrogé par Gisele, une fantasque présentatrice télé, farce et tragédie se répondent par un champ contre-champ saisissant entre le jeune homme en larme venant de perdre son père et les mines hideuses et grotesques de la cynique présentatrice. À l’image de cette scène, Diamantino est un mix réussi, varié et plein d’énergie entre sensibilité pathétique et décharge abracadabrantesque. On suivra d’un œil très attentif la suite de la carrière de Gabriel Abrantes et Daniel Schmidt qui, après un premier long-métrage aussi prometteur, seront définitivement attendus au tournant.

 

Diamantino de Gabriel Abrantes et Daniel Schmidt, présenté à la Semaine de la Critique à Cannes, en salle le 28 novembre 2018. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

Le synopsis ne nous aura donc pas menti. Diamantino, premier long-métrage de Gabriel Abrantes et Daniel Schmidt, présenté à la Semaine de la Critique, est un pur kamoulox. Pour vous faire une idée, c’est un peu comme si Les Mille et une Nuit de Miguel Gomes (l'acteur principal de Diamantino, Carlotto Cotta, y tenait le rôle de Paddleman) s’était retrouvé dans un grotesque moule à kitsch queer et débridé commandité par un Richard Kelly européen. Diamantino, alias « Tino », une grande star de foot légèrement demeurée – avatar à peine dissimulé de Cristiano Ronaldo – se retrouve embarqué une campagne politique menée par un ministère de…

Conclusion

Note de la rédaction

En évitant la surcharge de kitsch par le développement du portrait d'un bienheureux, Gabriel Abrantes et Daniel Schmidt sont arrivés à faire cohabiter, en symbiose, l'aliénation d'un monde et l'empathie de ses victimes. Une réussite.

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