Divertimento : la musique classique comme source de vie

Divertimento : la musique classique comme source de vie

CRITIQUE / AVIS FILM – "Divertimento", dernier long-métrage de Marie-Castille Mention-Schaar, plonge avec délice le spectateur dans le parcours vertueux et véridique des sœurs Ziouani qui ont réussi à s’imposer dans le monde de la musique classique.

Quand le rêve devient réalité

Donner à voir à l’écran l’univers de la musique classique n’est pas toujours aisé. La grande difficulté réside souvent dans la manière de le rendre accessible au grand public sans paraître pompeux, voire condescendant. En s’emparant d'une histoire vraie, la réalisatrice Marie-Castille Mention-Schaar évite brillamment tous les écueils. Elle s'est souvent frottée à des sujets ancrés dans la réalité (Les Héritiers, Le Ciel attendra) et Divertimento n'échappe pas à la règle.

Car Divertimento raconte très bien l'univers de deux sœurs issues de la diversité dans les années 90. À 17 ans, Zahia (Oulaya Amamra) rêve de devenir cheffe d’orchestre et Fettouma (Lina El Arabi), de devenir violoncelliste professionnelle. Leurs parents (Zinedine Soualem et Nadia Kaci) les ont bercées depuis leur plus tendre enfance dans la musique symphonique, avec un niveau d’exigence très élevé. Leur petit frère n'est pas en reste puisqu'il est en Sport Études. Notons que les vraies sœurs jumelles Ziouani ont accompagné le processus tout du long, depuis la réécriture du scénario jusqu'au tournage et au choix des musiques.

Oulaya Amamra et Lina El Arabi - Divertimento
Oulaya Amamra et Lina El Arabi - Divertimento ©Le Pacte

Les deux jumelles (qui ne se ressemblent pas dans la fiction) ont une ambition à la hauteur de leur talent et de leur capacité de travail. Ce qui ne les empêche pas d’être confrontées à de nombreux obstacles, qu’elles vont surmonter les uns après les autres. Ainsi leur milieu social, vu d’un mauvais œil par les bourgeois du lycée parisien qu’elles viennent d’intégrer l’année du bac. Ou le milieu sexiste des chefs d’orchestre, dans lequel les jeunes femmes doivent aussi apprendre à évoluer.

Une gémellité sans rivalités dans Divertimento

Mais ce qui est particulièrement enthousiasmant dans Divertimento, c’est la complicité sans failles de Zahia et Fettouma et la façon dont elles se soutiennent et se portent l’une et l’autre. Fettouma encourage ainsi Zahia à tenter le concours de chef d’orchestre. Ses débuts sans baguette de chef lui vaudront les moqueries, voire le boycott, de certains.

Mais le talent de Zahia lui permettra d’être remarquée et formée par le chef Sergiu Celibidache (Niels Arestrup). Ces moments de transmission, d’exigence et d’admiration mutuelle emportent littéralement le spectateur. Quant à Zahia, elle est aux côtés de Fettouma lorsqu’elle doit faire face à ses échecs au Conservatoire.

Oulaya Amamra - Divertimento ©Le Pacte
Oulaya Amamra - Divertimento ©Le Pacte

S'il est parfois difficile de croire à une telle perfection des deux sœurs, la réalisatrice assure pourtant que leurs valeurs et leur bienveillance sont bien réelles. L’entrain que transmettent d’ailleurs les deux jeunes femmes à la création de leur propre orchestre, qui donne son nom au film, est lui aussi très communicatif. Et le choix du Boléro de Ravel est parfait en tant qu’allégorie de la teneur du film. Il donne à voir comment chacun prend sa part jusqu’à ce que l’œuvre devienne collective, harmonieuse et joyeuse.

Enfin, Marie-Castille Mention-Schaar parvient très bien à faire ressentir au spectateur le ressenti de Zahia. Et de quelle manière elle se saisit, se nourrit et s’inspire du moindre bruit de son quotidien urbain, et respire la musique par tous les pores de sa peau. Divertimento se révèle donc un film qui procure de grands frissons d’allégresse, aussi bien par son récit que par le choix judicieux des musiques.

Divertimento de Marie-Castille Mention-Schaar, en salles le 25 janvier 2023. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

 

 

 

 

 

 

 

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