ABONNEZ-VOUS À CINESERIES SUR FACEBOOK

Drive : une virée avec Ryan Gosling

Drive : une virée avec Ryan Gosling

CRITIQUE / AVIS FILM - "Drive" est le film qui fait basculer le Danois Nicolas Winding Refn dans une autre dimension. Un thriller urbain dont la sensiblerie lui permet de dépasser son postulat de série B.

Drive : un classique du cinéma

En 2011, Nicolas Winding Refn commence à faire son trou ailleurs que chez lui, au Danemark, en signant Bronson puis Le Guerrier silencieux. S'il est plus exposé publiquement, il ne renie pour autant pas ses ambitions d'auteur. Son biopic totalement original et son film de vikings métaphysique ne sont en rien des propositions que le grand public peut accepter s'il n'est pas un minimum éduqué à une forme de cinéma plus exigeante. Au moment où l'on apprend que Ryan Gosling a choisi le Danois pour le diriger dans Drive, on sent qu'il va nous refaire le coup de s'infiltrer dans un univers codifié pour livrer une interprétation personnelle.

Drive : un film toujours aussi culte
© Drive Film Holdings, LLC. All rights reserved.

Avec son synopsis, tout porte à croire qu'on se dirige vers un film d'action musclé parsemé de quelques poursuites en voitures. La star du casting campe le Driver, un homme taiseux qui travaille en tant que cascadeur et dans un petit garage. Quand tombe la nuit, il enfile le costume de pilote pour des braquages. Prodige du volant, il trouve toujours la parade pour ne pas se faire attraper. Un jour, il fait la rencontre d'Irene (Carey Mulligan), une femme qui habite à côté de chez lui avec son fils. Le Driver va trouver en eux une humanité qui lui plaît. Mais tout chavire quand le mari d'Irene (Oscar Isaac) sort de prison, avec des lourdes dettes à rembourser. Le real hero - si on peut l'appeler ainsi - va l'aider mais leur plan va tourner au désastre.

Parfaite introduction

Ce scénario pourrait être celui de n'importe quelle série B plus ou moins réussie. Nous en parlerions ainsi si le film avait été mené par quelqu'un d'autre que Refn - pour l'anecdote, Neil Marshall devait s'en occuper avec Hugh Jackman au casting. Sous l'égide du Danois, Drive devient autre chose. Un miracle. Qui tient sa préciosité d'un équilibre absolument parfait entre une intrigue simple et une forme qui, elle, ne l'est pas. Nicolas Winding Refn débute son film nerveusement, avec un braquage. On entre, d'emblée, dans un cinéma qui a de la poigne. Il le fait non seulement pour caractériser son personnage (un homme d'action discret qui conduit comme un cador) que pour se débarrasser de ce que tout le monde était venu voir. Du deux en un, avec intelligence. L'action, que le spectateur pensait prédominante dans le film, s'avérera être ensuite plus effacée. Le réalisateur reviendra à la charge, plus tard, avec quelques coups de feu et des passages mouvementés. Sauf que son climax en matière d'action se trouve en introduction. Il faut oser s'exposer autant à la déception d'amateurs de séries B qui seraient là juste pour prendre leur dose d'adrénaline.

Un choc esthétique et émotionnel

Nicolas Winding Refn se sert de son programme assez banal sur le papier pour le transformer en un objet sensoriel. Son film progresse à un rythme de croisière exemplaire et délivre ses moments les plus forts dans ses instants suspendus, où les regards et les gestes sont plus importants que l'action. Drive nous abreuve de manière régulière de parenthèses émotionnelles mettant en exergue les battements de cœur des personnages. La mise en scène, combinée au montage et à une incroyable bande-son, nous immerge dans une sorte de songe douillet construit autour d'une esthétique enivrante. Jusqu'à ce que cette rêverie vire au cauchemar, avec en pivot central une mythique scène de l'ascenseur où Irene voit son prince charmant se transformer en monstre. Comme dans une version inversée de la Belle et la Bête. Une histoire d'amour contrariée qui vous laisse le cœur en miettes.

Drive : un film toujours aussi culte
© Drive Film Holdings, LLC. All rights reserved.

Ryan Gosling, qui a ensuite répété cette performance d'homme silencieux, n'a jamais été si fort en parlant aussi peu. Ses regards en particulier, sont habités sans cesse par quelque chose de fiévreux, d'intense. Et que dire de celui de Carey Mulligan, avant que le film ne se referme, confrontée à une porte close qui ne s'ouvrira plus ? Puis il y a ce dernier plan, qui renvoie à celui de Blue Valentine (Ryan Gosling n'aurait-il pas le droit d'être heureux en amour ?), où le Driver poursuit son chemin en laissant derrière lui une femme, les larmes aux yeux. Tel est le sort de ce vrai héros, qui n'en reste pas moins humain. Le titre du morceau de College et Electric Youth disait donc vrai.

 

Drive de Nicolas Winding Refn. Ci-dessus la bande-annonce. Découvrez toutes nos bandes-annonces ici. 

 

 

 

 

 

Voir aussi

Zone Hostile : un film d'action qui passe à côté de son potentiel

Zone Hostile : un film d'action qui passe à côté de son potentiel

CRITIQUE / AVIS CINÉMA - Première tentative (et pas la dernière) de l'année tournée vers l'action pour Netflix, "Zone Hostile" envoie Anthony Mackie et Damson Idris au coeur d'un conflit qui pourrait très mal se terminer. Que penser de ce divertissement ?