Dune 2 : Denis Villeneuve et Timothée Chalamet font encore mieux

Dune 2 : Denis Villeneuve et Timothée Chalamet font encore mieux

CRITIQUE / AVIS FILM - Après un premier film qui déployait un fantastique univers, Denis Villeneuve anime et sublime cet univers dans "Dune 2" avec une action ultra-spectaculaire et une fable politico-religieuse captivante.

Dune 2, pour les gouverner tous

Si le succès de Dune, sorti en 2021, semblait l'avoir mis dans des dispositions idéales pour y faire suite confortablement, Denis Villeneuve surprend en donnant à Dune, deuxième partie un tour risqué et inattendu. En effet, à une époque où le jeu politique, à son degré le plus personnel comme à son degré le plus collectif, est une des thématiques les plus explorées dans la fiction, ce n'est a priori pas dans la catégorie blockbuster qu'on imaginerait y trouver un traitement si ambitieux et abouti.

Mais c'est bien ce que réussissent Denis Villeneuve et le formidable casting rassemblé dans Dune 2, avec l'histoire spectaculaire et exigeante de la naissance d'un leader pris entre les feux guerriers du pragmatisme politique et ceux de la foi.

Dune, deuxième partie
Dune, deuxième partie ©Warner Bros. Pictures

Dune 2 prend directement la suite de Dune, où sur Arrakis Paul Atréides (Timothée Chalamet) et sa mère Dame Jessica (Rebecca Ferguson) ont rejoint les Fremen après l'assaut des Harkonnen sur la capitale Arrakeen. Les Harkonnen, pourtant persuadés d'avoir éliminé toute la Maison Atréides, se retrouvent alors en défaut devant l'Empereur lorsque les bruits courent que le "Mahdi", prophète et leader attendu par la partie croyante des Femen, est arrivé.

Celui-ci n'est autre que le jeune Paul, qui va devoir composer avec son amour pour Chani (Zendaya), sa révérence à sa mère - et donc aux plans du Bene Gesserit -, et sa mission auprès du peuple Fremen. Des injonctions contradictoires pour un destin qui va révolutionner l'univers de Dune.

De l'action et de l'aventure au plus haut niveau

Pendant sa première partie haletante, Dune 2 déploie toute sa maestria technique pour se donner comme un film d'action-aventure ultra-spectaculaire. On retrouve le gigantisme du premier film, mais cette fois-ci en action, en mouvement. Alors que la fibre guerrière des Fremen et les attaques des vers de sable n'avaient été que suggérées dans le premier film, Dune 2 les montrent avec un soin du détail extrêmement généreux.

Dune, deuxième partie
Dune, deuxième partie ©Warner Bros. Pictures

Que ce soit pour les nombreux vaisseaux et véhicules, les costumes, les armements, les décors propres à chaque maison et les différentes langues, ou les chevauchées de ces gigantesques créatures qui peuplent les dunes d'Arrakis, l'univers Dune se déploie encore plus loin et plus intensément que dans le premier film. Signe de la confiance et de la maîtrise de ses créateurs, Dune 2 réussit à rendre la complexité de son univers sans perdre ou assommer son spectateur.

Grâce doit en partie être rendue à Greig Fraser pour la mise en lumière de cet univers, avec une démonstration de photographie(s) pour à la fois séparer et lier ensemble les identités différentes qui font sa richesse. À l'apparente binarité et quasi absence de couleur de la maison Harkonnen répondent ainsi visuellement les complexités et les nuances du peuple Fremen, pour finalement se mêler les unes aux autres dans un affrontement final mémorable.

Une grande fable politique

La guerre fait rage sur Arrakis et c'est dans celle-ci que Paul Atréides va gagner son statut de Feydakin. Ce terme, dérivé du terme arabe "Fedayin", signifie "celui qui est prêt à se sacrifier". Mais il apparaît aussi comme le Mahdi, autrement dit le "Messie", guide d'un peuple qui, s'il est prêt à se sacrifier, est porté par son invincibilité. De combattant à prophète puis leader de tout un peuple, Paul Atréides suit donc un destin de guerrier, un destin violent ponctué d'affrontements épiques qui va le transformer.

Paul est-il le Mahdi, comme le croit viscéralement le leader Fremen Stilgar (Javier Bardem), où est-il un jeune homme manipulé qui finira par asservir la population, comme le craint Chani ? Au mitan de son récit, ayant déjà largement répondu aux attentes, Denis Villeneuve monte les enjeux. Puisque Dune de Frank Herbert était un divertissement de science-fiction révélant une profonde réflexion sur l'humanité dans ses dimensions politique et religieuse, le réalisateur québecois décide de sublimer cette réflexion à l'écran.

Stilgar (Javier Bardem) - Dune, deuxième partie
Stilgar (Javier Bardem) - Dune, deuxième partie ©Warner Bros. Pictures

Au coeur des personnages

Qu'est-ce qu'un leader ? Quel est le poids qu'une prophétie et qu'un calcul politique font peser sur l'individu ? Paul est-il le prophète "choisi" pour la libération des Fremen, figure religieuse du sauveur ? Ou est-il le dirigeant "choisi" par le Bene Gesserit pour prolonger toujours un régime impérialiste et tyrannique ? À moins que ces deux versions ne soient que les deux hémisphères d'un même monde...

Il avait été reproché à Denis Villeneuve d'avoir, dans Dune, trop peu montré les affects de ses personnages, les précipitant froidement dans un univers physique qu'il avait à l'inverse bâti et détaillé avec minutie. Son architecture brutaliste et monumentale, ses compositions écrasantes d'Hans Zimmer, sa très jolie palette des couleurs glaciales d'un monde où la technologie commençait à montrer ses limites...

Tout est encore là, mais maintenant au service des personnages pour permettre la floraison de leurs profonds sentiments antagonistes, ainsi que le surgissement des conflits suprêmes où les femmes du Bene Gesserit - et leurs corps - ont tout pouvoir. Maintenant, face aux couleurs froides et "technologiques" du premier film, les couleurs chaudes et "organiques" de l'humanité s'avancent.

Paul et les femmes de son destin

Il faut saluer l'écriture des personnages féminins et les performances de Zendaya, Rebecca Ferguson, Florence Pugh, Léa Seydoux et Anya Taylor-Joy. Si elles n'ont pas le plus de temps à l'image de Dune 2, les mères, les filles, les soeurs et les cousines en sont aussi les personnages principaux, présidant au destin de Paul Atréides. Cette exploration des personnages, de leurs dilemmes et de leurs dangereuses certitudes, donne une dimension dramatique très riche à Dune 2 , où l'humain et son "âme" prennent le pas sur le concept de technologie et ses machines.

Dans l'action, cela se note au moment où Paul et Chani déjouent facilement le bouclier technologique des vaisseaux Harkonnen qui les assaillent, avant que cette évolution ne culmine au moment où tout se joue lors d'un duel à mort à l'arme blanche...

Dame Jessica (Rebecca Ferguson)
Dame Jessica (Rebecca Ferguson) - Dune, deuxième partie ©Warner Bros. Pictures

Dans ce récit d'initiation à un pur anti-héroïsme, Timothée Chalamet rayonne. D'abord charmant par sa naïveté et son innocence encore intacte, il devient terrifiant par la conscience de son pouvoir nouvellement acquis. Paradoxalement, plus ses yeux deviennent bleus, du fait de l'Épice et de l'Eau de Vie toxique, plus son personnage devient sombre et ténébreux. On dira même que, tendre et beau dans les bras de Chani, encore guerrier qui peut mourir demain, il devient odieux et laid une fois invincible et saisi du pouvoir.

Le Star Wars d'un monde inquiet ?

La performance de Denis Villeneuve, si elle n'est pas - encore - totale, est magistrale. Parce qu'il parvient à infuser dans son film le meilleur de ce qu'ont pu proposer à la plus grande échelle d'épopée et de complexité des sagas comme Game of Thrones ou encore Les Sopranos, où les guerres sont aussi spectaculaires dans leurs batailles que dans leurs psychologies. Au cinéma, l'existence de telles productions s'est faite rare, barrée par des franchises aux arguments simplistes et aux ambitions exclusivement commerciales.

Film attendu comme le Mahdi à Hollywood, des comparaisons avec Star Wars et particulièrement L'Empire contre-attaque se font entendre. S'il y a d'évidentes similitudes, notamment sur les destins de Luke Skywalker et celui de Paul Atréides comme leaders politico-religieux, c'est surtout sur la variation de la gravité des mêmes thèmes qui frappe. Quand Luke était un individu profondément sympathique et bienveillant, Paul apparaît comme un homme dangereux et machiavélique. Quand la rébellion contre l'Empire saluait dans la fête et les sourires les victoires de ses Jedi, le peuple Fremen s'incline avec une terreur fanatique devant le destin du Mahdi...

Ainsi, après l'épuisement total par saignées de l'arc Skywalker et donc de la plus grande SF de l'histoire du cinéma, et à voir Dune 2 supplanter presque par son ampleur allégorique ce qu'a pu proposer Christopher Nolan avec sa trilogie Batman, le film de Denis Villeneuve apparaît lui aussi comme décisif. Si bien que, s'il continue l'histoire de Dune, le percevoir comme une "suite" serait le réduire. Parce que le réalisateur offre avec Dune 2 un nouveau chapitre, supérieur, à sa saga, mais surtout il ouvre une nouvelle page de l'histoire du cinéma de science-fiction hollywoodien.

Dune, deuxième partie de Denis Villeneuve, en salles le 28 février 2024. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

Conclusion

Note de la rédaction

Spectacle total d'un réalisateur, d'un casting et d'une équipe technique en pleine possession de leurs moyens, "Dune 2" opère à deux niveaux. D'une part, offrir aux fans de Dune une adaptation d'excellence, et c'est réussi. D'autre part, relancer pour tout le monde le grand cinéma de science-fiction avec une saga de prestige, mature et réflexive sur son temps, et c'est réussi. "Dune 2" est supérieure à "Dune", et annonce une conclusion de trilogie phénoménale. À voir.

Note spectateur : 4 (1 notes)