Empire of Light : une sublime histoire d'amour signée Sam Mendes

Empire of Light : une sublime histoire d'amour signée Sam Mendes

CRITIQUE / AVIS FILM - Après "Spectre" et "1917", Sam Mendes revient à une atmosphère plus calme avec "Empire of Light". En apparence du moins, puisque le long-métrage est une histoire d'amour tourmentée, rongée par la maladie et le racisme.

Empire of Light : le temple maudit

Le nouveau film de Sam Mendes démarre sur l'ouverture de l'Empire, un cinéma composé de deux salles situé à Margate, petite ville côtière du Kent. Un lieu magnifique que le cinéaste filme comme un temple à travers une succession de plans fixes, aidé par la magnifique photographie du fidèle Roger Deakins (Skyfall, 1917). L'endroit est désert, les lumières s'allument et Hilary (Olivia Colman) s'apprête à recevoir les spectateurs. Des premières minutes qui laissent penser que le cinéaste s'apprête à son tour à clamer tout son amour pour le septième art, après Quentin Tarantino avec Once Upon a Time... in Hollywood et Damien Chazelle avec Babylon.

C'est effectivement le cas mais cette déclaration passe au second plan et n'est pas le sujet central d'Empire of Light. Une fois que Sam Mendes a dévoilé l'aspect chaleureux et réconfortant de l'endroit ainsi que la tranquillité de la promenade de Margate, il s'attarde davantage sur l'air à la fois triste et absent d'Hilary. Souriante avec ses collègues, cette responsable affiche une douceur qui dissimule un mal-être, comme le confirme une visite chez le médecin qui lui vante les effets bénéfiques du lithium.

Empire of Light
Hilary (Olivia Colman) - Empire of Light ©20th Century Studios

Hilary assure qu'elle va mieux mais reste fragile. L'arrivée du jeune Stephen (Micheal Ward) va la plonger dans un état d'euphorie. Les sentiments qu'elle développe rapidement pour lui vont notamment la convaincre de ne plus se rendre dans le bureau de son supérieur Donald (Colin Firth) pour des faveurs sexuelles. La rencontre entre les deux personnages principaux prend la forme d'une parenthèse enchantée qui ne verse cependant pas dans la mièvrerie. Sam Mendes ne retombe pas dans la superficialité d'Away We Go et réussit à développer une romance portée par deux formidables interprètes où tout semble simple, dans un contexte qui l'est faussement.

L'émotion plutôt que l'explication

Dans une atmosphère politique et sociale marquée par le racisme, Stephen subit les insultes et les passages à tabac de néonazis, tandis qu'Hilary est victime d'une rechute. Le trouble bipolaire, ou la maniaco-dépression, n'est jamais identifié clairement dans le long-métrage mais les remarques du médecin et les différents états que traverse le personnage ne laissent pas de place au doute. À une époque où cette pathologie ne porte pas le nom qu'on lui connaît aujourd'hui, son supérieur lui reproche à tort d'être schizophrène et Hilary est incomprise, même si la plupart de ses collègues la soutiennent.

Sam Mendes n'appuie pas grossièrement sur la maladie et dévoile plusieurs crises plus ou moins intenses avant le point de bascule du récit, où la lumière laisse place à l'obscurité et où l'euphorie se transforme en désespoir. Les éclats des feux d'artifice du début du film s'effacent pour une lumière grise particulièrement froide. La manière dont le cinéaste aborde cette pathologie est probablement l'un des aspects les plus touchants du film. Alors qu'Hilary s'isole, Stephen fait tout pour ne pas perdre contact avec elle. Quand ils se retrouvent séparés, le temps s'arrête.

Empire of Light
Stephen (Micheal Ward) - Empire of Light ©20th Century Studios

Lorsqu'elle s'efface et se renferme sur elle-même à la suite d'un monologue magistral lors d'une avant-première organisée à l'Empire, une impression de vide gagne le spectateur tant la présence de l'héroïne au sein de l'Empire et auprès de ses collègues est fondamentale. C'est d'ailleurs là aussi l'une des forces du long-métrage, de montrer le fonctionnement d'une équipe censée faire rêver des clients qui ne la regarde pas vraiment, ou peu.

La fuite en avant

Que ce soit dans American BeautyLes Sentiers de la perdition et Les Noces rebelles, les personnages des films de Sam Mendes semblent d'emblée écrasés par la fatalité. Ce n'est pas le cas dans Empire of Light. Le réalisateur aime profondément Hilary et Stephen et veut leur offrir une porte de sortie, même si ce n'est pas la plus réjouissante.

Empire of Light
Hilary (Olivia Colman) - Empire of Light ©20th Century Studios

C'est là que le cinéma entre en jeu, et surtout l'émerveillement qu'il est capable de provoquer. Après James Cameron avec Avatar : La Voie de l'eau et Steven Spielberg avec The Fabelmans, le metteur en scène met cet émerveillement au coeur de son drame. Un état synonyme de réparation et de fuite vers l'apaisementEmpire of Light se termine avec un regard serein sur l'horizon. Un plan évident, loin d'être subtil mais sincère et appliqué, et par conséquent très touchant. À l'image du cinéma de Sam Mendes, imparfait mais généreux.

Empire of Light de Sam Mendes, en salles le 1er mars 2023. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

Conclusion

Note de la rédaction

Olivia Colman et Micheal Ward sont merveilleux dans "Empire of Light", drame de Sam Mendes qui fait à nouveau appel au grand chef opérateur Roger Deakins. Tour à tour lumineux et désenchanté, le film est une splendeur visuelle qui manque de subtilité, mais reste profondément touchant.

Note spectateur : 3 (1 notes)