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En guerre : un film politique qui peut diviser

CRITIQUE FILM – Le nouveau film de Stéphane Brizé sort ce mercredi 16 mai sur les écrans. Le réalisateur y évoque le conflit social. Le résultat donne un film très dur, mais aussi très politique.

Après l’excellent La loi du marché sortie en 2015, Stéphane Brizé revient avec un nouveau film cette fois-ci sur un conflit social dans une usine condamné à fermé. Malheureusement, ce film ne comble pas les attentes du précédent. Cette fois-ci, le réalisateur ne montre que la détresse des employés, mais ne va pas en profondeur. Au final, En guerre ressemble surtout à une œuvre engagée politiquement et tombe facilement dans le stéréotype.

En guerre, présente la situation d’employés de l’usine Perrin face à la fermeture décidée dans les hautes sphères du groupe allemand. Mis devant le fait accompli et ayant le sentiment que leurs dirigeants n’ont respecté ni leurs engagements ni les sacrifices auxquels les employés ont consenti, ils se sentent trahis et entament un bras de fer pour bloquer leur usine. Emmenez par l’un de leurs leaders syndicaux, Laurent Amédéo (Vincent Lindon), les employés interpellent les pouvoirs publics ainsi que leurs dirigeants pour parler avec le PDG allemand du groupe. Décidés à aller jusqu’au bout, ils se heurtent au silence de ce dernier. Et également aux divisions internes et à l’essoufflement de leur lutte.

Un film politique qui montre plus qu’il n’interroge

L’un des grands inconvénients d’En guerre réside peut-être de son engagement. Ainsi, le film choisit un camp. Il montre le sentiment de trahison que subissent les employés de cette usine et leur volonté de conserver leur travail. Mais il n’interroge pas en profondeur. En effet, l’image donnée des décideurs frôle parfois le simplisme et le film ne questionne pas ou peu la réalité économique. Celle-ci n’est effleurée qu’à la fin alors que la confrontation de ces deux réalités est peut-être le thème le plus intéressant et le plus central. Dans ce film, Stéphane Brizé ne montre qu’une seule vérité sans trop la contredire et tombe parfois dans le stéréotype. Les patrons ne sont dépeints uniquement comme des personnes ultras avares. Le spectateur peut se demander si le problème n’est pas beaucoup plus complexe. Ou s’il ne l’est pas, peut-être qu’il y a davantage que de la simple avarice. C’est ce qui fait qu’En guerre ressemble par moment plus à un reportage télévisé qu’à un film documentaire.

Le personnage de Vincent Lindon, la vraie interrogation

Une fois encore, il est difficile de ne pas comparer le personnage de Vincent Lindon, Laurent Amédéo, avec son rôle dans La loi du marché. Dans ce précédent film, son personnage était nuancé. Il prenait conscience qu’il est dans une impasse et prenait alors une autre direction. Dans En guerre, son rôle interpelle par son « jusqu’au-boutisme », mais quel est ce bout ? Sa propre mort ? À partir de là, on peut donner une autre lecture de ce film. Celui d’un homme frappé par une injustice et qui refuse de voir la réalité en face. Son attitude est elle héroïque… Ou pathétique ? Pour nous, la réponse est assez simple, Laurent Amédéo n’est pas un héros. En effet, ce personnage montre surtout qu’il s’obstine dans une seule voie et refuse d’admettre qu’à un moment, il a perdu. Ce type de protagoniste est plus tragique qu’héroïque. Et il se révèle plus apte à emmener tout le monde dans sa chute plutôt que de trouver une issue. Pour certains, et légitimement, il n’est pas la voie à suivre.

Au final, le véritable combat de ce syndicaliste réside davantage dans le fait de voir son PDG, pour avoir une confirmation, que de sauver sa situation. À l’inverse du personnage de La loi du marché, Vincent Lindon interprète ici une figure tragique. Ainsi En guerre est un film qui peut diviser. Un film sur un personnage tragique dans un contexte social, plus qu’un film sur un contexte social. Le risque est qu’il apparaît comme un film politique et non pas comme une œuvre qui explore la complexité de la question. Choix qui aurait peut-être fait une meilleure proposition.

 

En guerre de Stéphane Brizé, en salle le 16 mai 2018. Ci-dessus la bande annonce

Après l’excellent La loi du marché sortie en 2015, Stéphane Brizé revient avec un nouveau film cette fois-ci sur un conflit social dans une usine condamné à fermé. Malheureusement, ce film ne comble pas les attentes du précédent. Cette fois-ci, le réalisateur ne montre que la détresse des employés, mais ne va pas en profondeur. Au final, En guerre ressemble surtout à une œuvre engagée politiquement et tombe facilement dans le stéréotype. En guerre, présente la situation d’employés de l’usine Perrin face à la fermeture décidée dans les hautes sphères du groupe allemand. Mis devant le fait accompli et ayant le…

Note de la rédaction

Note de la rédaction

Peut mieux faire

Un film plus politique qu'une œuvre qui explore la complexité d'une situation.

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