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Factory : un kidnapping haletant sur fond de lutte des classes

Dans « Factory », tout commence par un kidnapping qui laisse présager une confrontation musclée dans un lieu clos, façon « Assaut ». Si ce polar remplit en effet cette fonction, il la dépasse rapidement en prenant un virage politique inattendu. Il est cependant regrettable que le film se perde à certains moments dans une logorrhée peu surprenante, qui freine la tension mise en place dès les premières minutes.

Pour contester la vente de leur usine en faillite, plusieurs ouvriers russes décident de kidnapper leur patron, sous l’impulsion d’un ancien membre des forces armées. Un face-à-face tendu se met rapidement en place entre le prolétaire et l’oligarque, qui fait appel à son groupe de sécurité pour être évacué.

Une mise en place haletante

Après une présentation brève mais suffisamment exhaustive pour que chaque protagoniste soit identifiable, Yuriy Bykov enferme rapidement ses personnages dans la fameuse usine. Le réalisateur de L’Idiot laisse suffisamment de zones d’ombre autour du « Gris », ancien militaire atteint de stress post-traumatique qui prend en charge le kidnapping. L’attention du spectateur est immédiatement focalisée sur ce colosse borgne taiseux, seul individu à se démarquer au sein d’un groupe d’amateurs logiquement effrayés par l’action qu’ils entreprennent.

Critique de "Factory", le nouveau polar de Yuriy Bykov.

Ce personnage ne cesse de s’étoffer lorsque la situation dérape, au moment où l’oligarque fait appel à son groupe de sécurité. L’arrivée de ces professionnels laisse d’ailleurs espérer une confrontation musclée, dans la lignée d’Assaut ou Nid de Guêpes. Ces attentes sont rapidement déjouées par le cinéaste, qui ne cesse de prendre le spectateur de court dans la première partie, en multipliant notamment les arrivées inattendues autour de l’usine.

Très rapidement, le récit se resserre autour de trois personnages centraux, représentant trois pans de la société, et qui assumeront ou rejetteront les dilemmes moraux auxquels ils sont confrontés : « le Gris », dont les intentions dépassent largement l’aspect financier, le patron de l’usine, et son chargé de sécurité, habitué à dissimuler ses crasses depuis des années.

Une charge politique qui s’essouffle

En prenant un virage ouvertement politique, Yuriy Bykov transforme l’usine, qui ne devait être que le cadre d’un affrontement sanglant, en une sorte de théâtre où chacun fait valoir ses idéaux. Lorsque certaines convictions sont dévoilées, les différents groupes répartis à l’intérieur et à l’extérieur de l’usine implosent progressivement, rendant peu à peu toute négociation futile et impossible.

Critique de "Factory", le nouveau polar de Yuriy Bykov.

Dans la manière de gérer son cadre et de déjouer les attentes, Factory rappelle l’excellent Cellule 211 de Daniel Monzón, l’une des charges politiques les plus mémorables de ces dernières années. Le long-métrage ne parvient malheureusement pas à garder la tension sur la durée comme ce dernier, et le soufflé retombe à mesure que les échanges stériles s’enchaînent jusqu’à l’inéluctable conclusion. Lorsqu’il évoque la lutte des classes et les conditions de vie des ouvriers, Factory n’a hélas pas la radicalité et la subtilité du génial Parasite, ce qui rend le final légèrement convenu et attendu.

Factory regorge cependant de plusieurs séquences mémorables qui méritent amplement le détour, à l’image d’une traque dans les recoins de l’usine et d’un pétage de plombs général impliquant notamment les autorités. Si l’énergie est malheureusement plombée par des dialogues surexplicatifs, et dont le propos avait pourtant été amené par la mise en scène, ce film à l’ambiance terne et fataliste s’impose comme une belle surprise.

 

Factory de Yuriy Bykov, en salles le 24 juillet 2019. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

Pour contester la vente de leur usine en faillite, plusieurs ouvriers russes décident de kidnapper leur patron, sous l’impulsion d’un ancien membre des forces armées. Un face-à-face tendu se met rapidement en place entre le prolétaire et l’oligarque, qui fait appel à son groupe de sécurité pour être évacué. Une mise en place haletante Après une présentation brève mais suffisamment exhaustive pour que chaque protagoniste soit identifiable, Yuriy Bykov enferme rapidement ses personnages dans la fameuse usine. Le réalisateur de L’Idiot laisse suffisamment de zones d’ombre autour du « Gris », ancien militaire atteint de stress post-traumatique qui prend en charge le…

Conclusion

Note de la rédaction

S’il évoque les dysfonctionnements d’un pays avec sincérité et regorge de séquences efficaces, « Factory » ne convainc pas totalement à cause de sa conclusion attendue.

Note spectateur : Sois le premier !
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