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Forte : s’affranchir de la pression sociale

Forte : s’affranchir de la pression sociale

CRITIQUE / AVIS FILM - "Forte" est une comédie imaginée par et avec l’humoriste Melha Bedia, qui raconte le parcours d’émancipation d’une jeune femme forte, grâce à la discipline du pole dance. Avec Valérie Lemercier et Jonathan Cohen.

Forte devait sortir dans les salles le 18 mars dernier, mais en raison du confinement dû au Covid-19, producteurs et distributeurs ont changé leur fusil d’épaule et décidé de sa diffusion exclusive chez Amazon, sur le service de vidéo à la demande par abonnement Prime Video. À l’origine de l’idée de Forte, il y a donc l’humoriste gouailleuse Melha Bedia, qui a co-écrit le scénario avec Frédéric Hazan, auxquels se sont adjoints la réalisatrice Katia Lewkowicz et Anthony Marciano, par ailleurs réalisateur de Play. Le ton est donc donné : Forte se veut une comédie mêlée d’une critique acerbe des diktats de la minceur et de la pression sociale que subissent les gens un peu différents de la norme.

Car Nour, interprétée par Melha Bedia elle-même - puisqu’elle a de nombreux points communs avec son personnage- est doublement forte. Forte physiquement, elle s’habille en jogging pour cacher ses formes, sans attacher d’importance, en vrai garçon manqué, à sa part de féminité. Mais aussi forte de caractère, sans crainte du regard d’autrui, déjà bien heureuse d’avoir un contrat de travail à l’accueil d’un club de sport. Bien dans ses pompes, elle assume parfaitement le fait de jouer au foot et de prendre ses douches, en maillot tout de même, avec ses coéquipiers. Car eux la voient comme un vrai pote, un « fréro » avec lequel ils peuvent vraiment se marrer.

Mais Nour a surtout deux amis sincères depuis le lycée qui l’aiment comme elle est et sont eux aussi, à leur manière, différents. Le film poursuit donc à leur propos sa démonstration un peu pataude de déconstruction des clichés, aussi bien dans leur profession que dans leur sexualité. Axelle (Alison Wheeler) est ainsi une jeune mère célibataire, mais également une femme à poigne qui dirige une équipe de déménageurs et à la libido désinhibée. Steph (Bastien Ughetto), quant à lui, est sage-femme et les auteurs ont décidé que ce jeune homme sensible n’avait pas encore choisi sa sexualité, hésitant entre homosexualité et hétérosexualité.

Ode à la pole dance

Outre l’humour et leur façon de s’exprimer cash entre eux, le manque de sentiment amoureux est aussi le point commun qui relie ces trois-là. Et Forte investit alors le terrain de la tendresse, créant de fait l’empathie du spectateur envers les trois personnages face à leur désert affectif et leur solitude. Et l’empathie prend de l’ampleur quand l’équilibre de Nour est rompu quand Farid (Oussama Kheddam), dont elle était tombée amoureuse, lui reproche d’être plus un pote qu'une girl friend. Il lui préfère une très jolie jeune femme, dont les critères correspondent à l’image qu’il se fait, et que la société se fait, de la féminité. Dès lors, Forte montre très bien la façon dont le doute s’installe chez la jeune femme, dont la carapace se fissure et le costume de caméléon tombe à ses pieds.

Nour décide alors de ne plus se contenter d'être la bonne copine, la fille gavée par sa mère qui ne veut pas la voir grandir, ou encore la collègue sympa qu’on complimente pour des raisons futiles. Elle décide de changer et de partir à la recherche de la femme sensuelle qui est en elle. Elle est encouragée par ses amis, mais surtout par Sissi (Valérie Lemercier), la prof de pole dance du club de sport. Tout le film porte donc sur la découverte par Nour de ce sport particulier et de qu’il est censé provoquer sur le corps et l'esprit des femmes qui s’y collent. Les femmes du club dans lequel danse Sissi lui donnent d’ailleurs des conseils pour se lancer dans son chemin d’émancipation et apprendre à se comporter en séductrice.

On reconnaît avoir ri à propos des malentendus ou des fausses déductions faites au sujet de Nour par son beau-père Robert (Ramzy Bedia, le frère de Melha) et sa mère Nadia (Nanou Garcia), qui envisagent toujours le pire pour elle. Les dialogues de Nour, Melha Bedia pur jus, sont bien ciselésfont souvent mouche et lui vont comme un gant. Les improbables historiques de recherche sur son ordinateur sont drôles, mais pas assez exploités. La courte apparition d’Adèle Exarchopoulos dans un rôle inhabituel pour elle, est aussi une bonne surprise.

Mais le souci du film, c’est qu’il repose essentiellement sur les épaules de l’actrice, dans son premier grand rôle, et que les personnages créés autour de celui de Nour ne sont pas toujours à la hauteur de sa prestation. Ainsi, le personnage de Sissi, dont l’histoire mystérieuse est faite de zones d’ombre, n’est pas assez creusé et Valérie Lemercier, malgré sa longue chevelure, ses longues jambes et ses ongles bien faits est finalement assez peu crédible dans ce rôle. Car si elle parle et insulte beaucoup, on ne la voit jamais danser et on n’est pas du tout convaincus par ses raisons personnelles de vouloir faire de Nour une pole danseuse. Quant à Jonathan Cohen, pourtant connu pour sa capacité à faire rire dès qu'il est à l'écran, les auteurs de Forte ont réussi l’exploit de ne jamais faire décrocher un sourire au spectateur avec son rôle de Gianni, coach plus que maladroit.

Le film est en définitive comme Nour avec sa barre de pole dance : il tâtonne, navigue à vue et malgré ses atermoiements, ses tentatives, sa patience et sa bonne volonté attachante pour réaliser quelques rares figures acrobatiques, se révèle une comédie inégale et inaboutie.

Forte de Katia Lewkowicz, sur Amazon prime Vidéo le 15 avril 2020 –  Ci-dessus la bande-annonce.