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Gemini Man : à l’aube d’un nouveau cinéma

CRITIQUE/AVIS FILM – Ang Lee propose avec Gemini Man un film à la modernité folle sur le plan de la mise en scène et des prises de vue. Will Smith y trouve un rôle à sa mesure, lui qui semble vieillir un peu plus lentement que les autres, dans un film qui se concentre uniquement sur ses séquences d’action et la manière de les raconter.

Gemini Man, s’il n’était pas réalisé par Ang Lee, se présenterait comme un film d’action basique, avec un scénario qui pourrait même l’envoyer directement en VOD. Le film, que le réalisateur n’a ni écrit ni produit, propose une course-poursuite de deux heures entre Will Smith et son clone à peine sorti de l’adolescence. Mais voilà, Ang Lee (Tigre et Dragon, L’Odyssée de Pi) n’est pas n’importe qui. Détenteur de deux Oscars du meilleur réalisateur, c’est une valeur très sûre du cinéma hollywoodien et asiatique.

Le projet Gemini Man existe depuis plus de vingt ans, et aura connu un développement compliqué qui aura vu passer des réalisateurs comme Ridley Scott et Curtis Hanson, et des interprètes comme Harrison Ford, Sylvester Stallone, Sean Connery… N’y allons pas par quatre chemins : Gemini Man est un spectacle visuel jamais vu jusqu’ici, une expérience de cinéma augmentée avec des effets incroyables. Il faut ainsi apprécier le scénario depuis cette position, et logiquement, le fond n’est pas à la hauteur de la forme. Mais pouvait-il en être autrement ?

Will Smith est un bon cobaye

Will Smith incarne Henry Henry Brogan, un tueur légendaire au service de la DIA, copie paresseuse d’une CIA-NSA. Après un dernier contrat exécuté avec brio, il souhaite prendre sa retraite, mais ce dernier coup était une manipulation et il va se retrouver traqué par un assassin aussi fort et rapide que lui : son clone, que son méchant créateur (Clive Owen) souhaite prendre comme modèle d’une nouvelle armée de super-assassins. Au beau milieu de ce conflit vient s’insérer un agent féminin à la morale solide, Danny, interprétée avec le sourire par Mary Elizabeth Winstead, qui va aider Henry Brogan à se sortir de cette galère. Un rôle secondaire sans vraie saveur malheureusement.

Gemini Man est un spectacle visuel inédit

Cependant Gemini Man est une très belle réussite sur ce qu’il se propose explicitement de faire : rajeunir Will Smith, avec cette contrainte que le public connaît parfaitement les traits de jeunesse de l’acteur qui incarnait le Prince de Bel Air. Et c’est franchement réussi, l’illusion est quasi parfaite. Pour ce qui est par contre du drame et du conflit intérieur reflétés par ce combat contre soi-même, il faudra repasser. Les personnages et leurs dialogues étant des caricatures et des clichés. Mais l’objectif, on le ressent dès l’introduction déjà hypnotique, est ailleurs.

Gemini Man, aperçu d’un nouveau monde

Gemini Man est en 3D+, c’est-à-dire de la 3D tournée en 120 images par seconde et projetée en 60 images par seconde. La précision de l’image est presque irréelle, les gros plans sur le « vrai » visage et le visage « rajeuni » de Will Smith montrent le grain de la peau, chaque mouvement des yeux, et lorsqu’il s’agit de filmer des chorégraphies de combat, à motos, à mains nues ou à l’arme à feu, le résultat est stupéfiant. Pour insister sur cette formidable immersion, le réalisateur passe régulièrement dans les séquences d’action à une vue à la première personne. Un mouvement risqué dans le cinéma, et très difficile à tenir sur la longueur.

Le génie d’Ang Lee se trouve là dans Gemini Man, car si le réalisateur est aussi un auteur dramatique de premier ordre, il est évidemment un des grands maîtres du cinéma-spectacle et l’action du film est une performance de très, très haut niveau. On en ressort presque courbaturé, abasourdi, avec les étincelles des coups de feu dans les yeux. Logiquement, face à cette orgie technologique, la sensation que le scénario est maigre va croissante.

On pourrait voir le verre à moitié vide et se dire que Gemini Man est un bijou technologique très alourdi par un mauvais scénario bloqué dans les années 90. On pourrait aussi le voir à moitié plein, en concevant que le média vient d’exploser le cadre traditionnel du récit cinématographique, et que de toutes façons peu de scénarios auraient pu se montrer à la hauteur de cette technologie. D’une certaine manière, Gemini Man invite ainsi à reconsidérer la matière première des films : les idées et leur évolution en récit. Oui le scénario est simpliste, déjà trop vu, et il l’est d’autant plus que sa réalisation par Ang Lee est, elle, du jamais vu.

Le premier film parlant était-il très réussi ? Le premier film en couleurs l’était-il aussi ? Dans une industrie cinématographique saturée de tout et proposant un volume de productions monstrueux, Gemini Man n’est pas le film de la décennie, ni celui de 2019. Mais il est un film qui marque un tournant majeur dans la manière de faire du cinéma, et qui ouvre la voie aussi bien aux spécialistes de l’image qu’à ceux du scénario, pour leur permettre de proposer des choses radicalement différentes.

 

Gemini Man, de Ang Lee, en salle le 2 octobre 2019. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

Gemini Man, s’il n’était pas réalisé par Ang Lee, se présenterait comme un film d’action basique, avec un scénario qui pourrait même l’envoyer directement en VOD. Le film, que le réalisateur n’a ni écrit ni produit, propose une course-poursuite de deux heures entre Will Smith et son clone à peine sorti de l’adolescence. Mais voilà, Ang Lee (Tigre et Dragon, L’Odyssée de Pi) n’est pas n’importe qui. Détenteur de deux Oscars du meilleur réalisateur, c'est une valeur très sûre du cinéma hollywoodien et asiatique. Le projet Gemini Man existe depuis plus de vingt ans, et aura connu un développement compliqué…

Conclusion

Note de la rédaction

Gemini Man, dans les étoiles sur le plan technologique et au ras des pâquerettes niveau scénario, ne pouvait pas tout réussir. Avec la mise en scène experte d'Ang Lee et l'usage de la 3D+, le film est néanmoins un spectacle incroyable, qui laisse entrevoir un nouvel âge glorieux du cinéma.

Note spectateur : 3.15 ( 1 notes)
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