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In Fabric : un film d’horreur singulier sur une robe tueuse

AVIS / CRITIQUE FILM – Et si la tenue que vous veniez de dégoter pendant les soldes était en fait une redoutable meurtrière ? C’est en tout cas le postulat de départ d’« In Fabric », le nouveau film de Peter Strickland, réalisateur de « Berberian Sound Studio ». Si l’idée peut paraître grotesque, elle est brillamment exploitée par son réalisateur, à travers une ambiance lugubre et de savoureuses touches d’humour.

Dans la boutique de prêt-à-porter Dentley & Soper’s, où le gérant et ses employées se livrent à des rituels occultes une fois le rideau fermé, Sheila est conquise par une ravissante robe rouge. Lorsque cette mère célibataire et employée de banque se rend à un rendez-vous qui tourne au vinaigre, l’élégante tenue provoque chez elle une éruption cutanée. Alors que des événements de plus en plus étranges se produisent, Sheila se met à se méfier du vêtement…

Les joies et peines du shopping

Après les murmures dans la maison de campagne de The Duke of Burgundy, c’est dans les allées d’une enseigne prestigieuse que Peter Strickland les répand avec In Fabric. En tournant dans sa ville natale de Reading, le réalisateur de Berberian Sound Studio s’approprie brillamment plusieurs lieux, à commencer par le magasin Dentley & Soper’s, aussi envoûtant qu’effrayant.

Dans cet endroit sacré et anachronique, ce n’est pas le client mais le vêtement qui est roi. Parmi les nombreuses tenues que les visiteurs ont le bonheur de pouvoir contempler, toucher et essayer, se dissimule une relique maléfique, une pièce unique capable de faire basculer leur destin. Les séquences dans le magasin font assurément partie des plus réussies d’In Fabric. Le pouvoir de fascination qu’exercent les vêtements sur leurs acquéreurs est palpable et décuplé par la prose d’une vendeuse hors du temps, incarnée par l’inquiétante Fatma Mohamed, actrice fétiche du cinéaste britannique.

Critique du film d'horreur "In Fabric", réalisé par Peter Strickland.

Dans les cabines d’essayage, l’éclairage révèle immédiatement la valeur ajoutée de la tenue meurtrière sur les personnages qui l’arborent. Peter Strickland tourne en dérision certaines attitudes consuméristes dans In Fabric, sans pour autant prendre à la légère le pouvoir réconfortant de l’acte d’achat et l’attraction vers le textile. Cela lui permet de construire une ambiance lugubre et déroutante, évoquant celles des classiques du giallo, dans laquelle les pâles visages des employées se confondent avec ceux des mannequins, à tel point que le spectateur ne sait plus ce qui est inerte ou en mouvement chez Dentley & Soper’s.

Robe fatale

Grâce au travail impressionnant sur le son, aux rites particulièrement glauques exécutés dans le magasin et au sinistre passé de la robe raconté à la manière d’une légende urbaine, le sentiment que cet article rouge sang est bel et bien vivant ne tarde pas à naître. À l’image de Christine, la vieille Plymouth de Stephen King mise en valeur par John Carpenter au cinéma, la tenue se montre particulièrement sournoise dans son mode opératoire.

Rarement trahie par un cintre qui couine, la robe prend en effet ses victimes au piège discrètement, avant de profiter de leurs faiblesses émotionnelles, de leur manque de confiance ou de leurs angoisses pour abattre sa fureur. L’horreur est plus frontale que dans les précédents films de Peter Strickland mais apparaît rarement à l’écran jusqu’au final, où l’agressivité provoquée par le refus de faire la queue donne naissance à un véritable chaos. Une fois que l’effet de surprise a disparu après un premier meurtre brutal, le réalisateur fait durer le calvaire, en poussant le concept d’aliénation par la consommation jusqu’à son paroxysme dans cette conclusion.

Critique du film d'horreur "In Fabric", réalisé par Peter Strickland.

Oscillant brillamment entre horreur et humour, In Fabric offre certaines des séquences les plus singulières vues dans un film de genre cette année. Avec sa robe tueuse flottant dans l’air, ses machines à laver complètement détraquées et ses mannequins prêts à s’éveiller, le film rappelle que le pouvoir des objets au cinéma est sans limite, surtout lorsque l’art de la suggestion est aussi bien maîtrisé.

In Fabric de Peter Strickland, en salles le 20 novembre 2019. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

Dans la boutique de prêt-à-porter Dentley & Soper’s, où le gérant et ses employées se livrent à des rituels occultes une fois le rideau fermé, Sheila est conquise par une ravissante robe rouge. Lorsque cette mère célibataire et employée de banque se rend à un rendez-vous qui tourne au vinaigre, l’élégante tenue provoque chez elle une éruption cutanée. Alors que des événements de plus en plus étranges se produisent, Sheila se met à se méfier du vêtement... Les joies et peines du shopping Après les murmures dans la maison de campagne de The Duke of Burgundy, c’est dans les allées…

Conclusion

Note de la rédaction

En s’intéressant à une robe tueuse, Peter Strickland continue de s’imposer comme l’un des cinéastes les plus singuliers de sa génération. « In Fabric » est un mélange savoureux et déroutant d’humour et d’horreur.

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