Indiana Jones et le Cadran de la destinée : Harrison Ford réussit avec panache ses adieux

Indiana Jones et le Cadran de la destinée : Harrison Ford réussit avec panache ses adieux

CRITIQUE / AVIS FILM - Pour sa cinquième et dernière aventure dans son plus grand rôle, "Indiana Jones et le Cadran de la destinée", Harrison Ford tire sa révérence dans un spectacle réussi, nostalgique et touchant.

Le dernier voyage d'Indiana Jones

Depuis la fameuse arrivée d'un certain train en gare de La Ciotat le 25 janvier 1896, le train est par excellence le vecteur du mouvement cinématographique. Dans les westerns, dans les films d'action, mais plus largement dans tous les genres, cette machine entretient un rapport unique avec le cinéma. Ce n'est ainsi pas un hasard si Steven Spielberg en montre autant dans The Fabelmans, à l'écran dans Sous le plus grand chapiteau du monde, dans la cave de la maison en format miniature... On peut penser aussi au premier et au dernier film Mission : Impossible, à plusieurs James Bond (Bons baisers de Russie, Octopussy, GoldenEye et Skyfall). Et encore à Le Pont de la rivière KwaïÀ bord du Darjeeling Limited, Incassable, Snowpiercer, etc.

Symbole du mouvement, du progrès, de la transformation, ainsi que formidable support d'action, le train est une invitation au voyage, à l'altérité et à la nostalgie. Tout comme l'est, aussi, le cinéma. C'est ainsi que la première aventure connue de Henry Walton Jones Jr, évidemment plus célèbre sous le nom d'Indiana Jones, prend essentiellement place dans un train, pour introduire en 1989 le troisième film de la grande saga de Steven Spielberg et George Lucas, Indiana Jones et la Dernière Croisade. C'est d'ailleurs à celui-ci qu'Indiana Jones et le Cadran de la destinée fait la plupart de ses nombreuses références, sachant que le troisième film est déjà, lui-même, une somme de références à Les Aventuriers de l'arche perdue (1981) et Indiana Jones et le Temple maudit (1984).

Indiana Jones (Harrison Ford) - Indiana Jones et le Cadran de la destinée
Indiana Jones (Harrison Ford) - Indiana Jones et le Cadran de la destinée ©Disney

Ainsi, pris dans l'histoire d'une très grande saga, elle-même prise dans la grande histoire du cinéma, James Mangold avait fort à faire à la réalisation d'Indiana Jones et le Cadran de la destinée, cinquième film du nom et premier film réalisé par un autre que Steven Spielberg. La tâche est titanesque, mais le réalisateur de Copland et Logan relève le défi sans chercher l'esquive, et annonce dès le tout début du film qu'il prend à bras le corps avec nostalgie cette double histoire, celle d'Indiana Jones et celle du cinéma. Comment ? Avec une grande scène d'action qui trouve son sommet par une bagarre sur le toit d'un train lancé à grande vitesse dans la nuit... Tout est là : l'intention du film, sa volonté et son bel élan, mais aussi ses limites.

Nostalgique plus qu'énergique

Bonne nouvelle, le de-aging mis en oeuvre pour ce nouveau film Indiana Jones fonctionne bien. Pour Harrison Ford comme pour Mads Mikkelsen, même si le second en a moins besoin que le premier, l'illusion marche. Ou alors est-ce la plongée dans la déroute des nazis en 1945, ennemis jurés du héros depuis le tout premier film, qui entraîne le spectateur ? James Mangold, accompagné au scénario de Jez ButterworthJohn-Henry Butterworth et David Koepp, montre d'emblée qu'il touche au coeur de ce qui fait la légende Indiana Jones. De l'action, de l'humour, des valeurs à défendre, le tout assuré par un héros aussi volontaire et débrouillard que chanceux.

Indiana Jones (Harrison Ford) - Indiana Jones et le Cadran de la destinée
Indiana Jones (Harrison Ford) - Indiana Jones et le Cadran de la destinée ©Disney

Avec, évidemment, un artefact aux pouvoirs surnaturels duquel il faut se saisir. Après l'Arche d'alliance, les pierres de Sankara, le Graal et un crâne de cristal extra-terrestre, c'est ici le Cadran de la destinée qui est convoité par d'anciens nazis, un mécanisme antique doté d'un pouvoir particulier...

Le fait que ce mécanisme, l'Antikythera, soit un outil pouvant altérer le cours du temps, n'est pas anodin. En effet, il y a quelque chose de méta dans sa quête. Que ce soit pour les nazis qui le recherchent, nostalgiques du IIIe Reich, pour Indiana Jones lui-même, qui pourrait réparer un passé familial qui le torture, et pour les spectateurs, amenés à se demander s'ils veulent voir leur héros remonter le temps - soit plus de 40 ans de saga -, ou le laisser au temps présent et donc lui permettre ses adieux. James Mangold et les scénaristes ont heureusement choisi de faire un pied-de-nez aux autres franchises qui veulent à tout prix poursuivre leur cours, rajeunir leurs personnages en passant le flambeau. Indiana Jones et le Cadran de la destinée est une conclusion, utilisant la nostalgie dans sa meilleure définition : ne rien changer et garder en mémoire les bons moments.

Une belle volonté de spectacle

L'Europe centrale, New York, Tanger et les îles grecques sont les lieux où Indiana Jones vit ses péripéties, proposant à chacun de ses endroits de grandes scènes d'action satisfaisantes. À moto, à cheval, en voiture, sous l'eau, dans les airs, c'est une véritable revue exhaustive de tout ce que peut proposer une périlleuse aventure. On s'amuse à chaque étape, et le duo qu'Indy forme avec sa filleule Helena Shaw (Phoebe Waller-Bridge) est très convaincant. Celle-ci, dont le cynisme de mercenaire est surtout amusant, agit par égoïsme, ce qui tranche bien avec le combat humaniste de son parrain : ne rien céder aux Nazis.

Indiana Jones et le Cadran de la destinée
Indiana Jones et le Cadran de la destinée ©Disney

L'idée est là, la volonté louable, mais on pourra reprocher au film un usage parfois abusif des CGI. Si le de-aging du grand flashback d'introduction est réussi, c'est par exemple beaucoup moins le cas des effets numériques de l'étape new-yorkaise. Pour sa grande scène finale, James Mangold joue à fond des pouvoirs offerts par l'Antikythera, donnant à Indiana Jones et le Cadran de la destinée l'élément fantastique présent tout au long de la saga. Si on ne retrouve pas le génie mis à l'oeuvre par Spielberg pour la mise en scène de l'action de Les Aventuriers de l'arche perdue, James Mangold assure tout de même un spectacle honorable, volontaire, et le charme intact d'Harrison Ford dans son plus grand rôle compense largement les quelques défauts visuels qu'on ne manque pas d'identifier.

Les adieux réussis d'un grand héros

La performance unique d'Harrison Ford est d'avoir incarné trois grands personnages de l'histoire du cinéma : Han Solo dans la saga Star Wars, Rick Deckard dans Blade Runner et sa suite, et Indiana Jones. Après avoir fait ses adieux pour les deux premiers dans Star Wars, épisode VII : Le Réveil de la Force et Blade Runner 2049, Harrison Ford raccroche donc définitivement le fouet et le chapeau dans ce cinquième opus. Il ne cède pas sa place, et le personnage incarné par Phoebe Waller-Bridge n'a pas vocation à prendre la relève. Elle est autonome, indépendante, pas vraiment archéologue et c'est très bien ainsi.

Tout en assurant cette dernière aventure, sans l'humour bêta qui jouerait sur son âge avancé, l'immense Indiana Jones conserve toute sa superbe et s'offre à lui-même et à son public une fin heureuse, apaisée et sans regrets. Le train entre une dernière fois en gare, et les coeurs se serrent un peu.

Indiana Jones et le Cadran de la destinée de James Mangold, en salles le 28 juin 2023. Le film a été présenté hors compétition au 76e Festival de Cannes. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

Conclusion

Note de la rédaction

Si "Indiana Jones et le Cadran de la destinée" n'est pas exempt de défauts, il offre à son héros et son public une conclusion émouvante et réussie à une formidable aventure de cinéma.

Note spectateur : 7 (2 notes)