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Jumbo : les amants électriques

Jumbo : les amants électriques

CRITIQUE / AVIS FILM - Objet étrange, "Jumbo" est le premier film de la Belge Zoé Wittock sur une histoire d’amour que développe une jeune femme pour un manège. Un geste audacieux, qui malgré sa naïveté, gagne à être vu.

Vous aviez halluciné en lisant le synopsis de Rubber de Quentin Dupieux et son pneu serial-killer ? Attendez de voir celui de Jumbo : Jeanne, une jeune femme timide, travaille comme gardienne de nuit dans un parc d’attractions. Elle vit une relation fusionnelle avec sa mère, l’extravertie Margarette. Alors qu’aucun homme n’arrive à trouver sa place au sein du duo que tout oppose, Jeanne développe d’étranges sentiments envers Jumbo, l’attraction phare du parc.

Génération 80

Plongée dans un rêve, un manège s’illumine de mille couleurs. Jeanne se dresse face à cette imposante attraction. La musique est envoûtante, le cadre hypnotique… Et puis le réveil. Retour à la réalité. On se croirait chez Gregg Araki. Jeanne se dépêche, elle est en retard. Totalement nue, elle enfile ses habits, sa mère ne l’a pas réveillé. Une musique en fond s’accentue. Ça sent bon les années 80. Jeanne et sa mère sont dans la voiture, un cabriolet jaune, et chantent et dansent au rythme de Fly de Machiavel.

Dès son ouverture, Jumbo affiche ses ambitions et ses références. On se croirait tout droit sorti d’un teen-movie américain. Le film rempli toutes les cases, les codes, en adopte tous les tics visuels. Rien d’étonnant lorsqu’on sait que la cinéaste belge est partie faire un master en réalisation à l’American Film Institute. Du cinéma ultra-référencé renvoyant aux maîtres américains du film de genre des années 80, il y a la volonté d’aller chercher du côté de Spielberg, Zemeckis, Donner… Mais de ces références évidentes, Zoé Wittock va se diriger vers un mélange détonant entre teen-movie et conte de fées moderne, avec pourtant un socle réaliste…

Objetophile quésaco ? 

Aussi étrange que cela puisse paraître, lorsque le titre jaune de JUMBO apparaît, il est suivi d’un écriteau « inspiré d’une histoire vraie ». Une manière pour la réalisatrice d’amener le spectateur vers une certaine vérité de l’émotion et éviter la défiance vis-à-vis de l’univers du film. À travers le personnage de Jeanne, elle souhaitait aborder la question de l’objectophilie, à savoir des êtres humains qui aime et désire sexuellement des objets.

Je voulais aborder ce thème du point de vue de l’émotion, plus que de la compréhension. J’ai tout de même noté que la plupart des gens qui sont « objectophiles » ont été victimes d’un trauma ou présentent une forme d’autisme. Et je me suis documentée sur l’autisme

Expliquait-t-elle. L’idée lui est venue suite à sa rencontre avec Erika Eiffel, une femme qui s’est mariée à la tour Eiffel.

Under the skin

Point de départ de son film, la cinéaste lorgne très rapidement vers le genre et l’étrange. Avec une mise en scène de plus en plus enlevée, le film quitte au fur et à mesure les sentiers du teen-movie et des références qui en incombent pour aller vers une atmosphère plus onirique. Jumbo est un film qui sait surprendre par des clins d’œil marqués bien sentis, à l’image de cette séquence érotique (nous n’en dirons pas plus ici) renvoyant tout droit au film de Jonathan Glazer : Under the Skin. D'érotisme il en est question pendant une bonne partie du long-métrage. Il y a un quelque chose de très charnel, un rapport au corps et à l’intimité.

Le film conserve néanmoins la naïveté d’un premier long-métrage et l’on sent la difficulté à se séparer de son concept original pour aller au-delà, tant la deuxième partie patine un peu. Malgré cela, Jumbo est une ode aux marginaux et à l’acceptation de soi. Un appel à la tolérance magnifiquement incarné par le rôle du beau-père (Sam Louwyck). Pour le reste, Noémie Merlant confirme son ascension dans le paysage cinématographique en déployant ici une palette de jeu intéressante et différente de ses standards habituels.

Si on ne l’avait pas encore remarqué, Jumbo s’inscrit dans la droite lignée d’une nouvelle génération de cinéaste désireux de genre. En cela et malgré ses défauts, ce film est bienvenu dans le paysage cinématographique francophone. Zoé Wittock rejoint une mouvance où l’on peut retrouver Julia Ducournau (Grave) ou encore Sébastien Marnier (L’heure de la sortie). Prêts pour un deuxième tour de manège ?

 

Jumbo de Zoé Wittock, en salle le 1 juillet 2020. Ci-dessus la bande-annonce. Retrouvez ici toutes nos bandes-annonces.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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