Jusqu’à la garde : une entrée dans la violence conjugale

Jusqu’à la garde : une entrée dans la violence conjugale

Le premier long-métrage de Xavier Legrand, "Jusqu’à la garde", explore la violence conjugale. Le réalisateur auteur nous plonge dans un film dur et nous donne aussi à voir un artiste de talent.

Pour un premier long-métrage, Xavier Legrand, se révèle très étonnant. Ainsi, Jusqu’à la garde, ne ressemble pas à une première fois tant le film est réussi et maîtrisé. Celui-ci retrace de manière très réaliste le divorce d’un couple où une mère, Miriam Besson (Léa Drucker), réclame la garde exclusive de ses deux enfants. La juge accorde au père l’autorisation d’avoir son fils un week-end sur deux, considérant que ses droits n’ont pas été respectés. Le petit garçon qui ne veut pas revoir son père va alors se battre avec des armes bien dérisoires.

Des acteurs brillants

La grande force du jeu des acteurs brille surtout par ce qu’ils ne disent pas. En effet, beaucoup de choses vécues par les personnages sont du domaine de l’indicible. Un père qui n’a pas conscience de sa propre violence et qui ne voit que l’injustice de sa situation. Des enfants qui le détestent ou qui en ont peur et qui cherchent avec leurs armes à fuir cette situation. Et une mère qui tente de protéger ses enfants et qui essaie d’échapper à son ex-mari.

Critique Jusqu’à la garde de Xavier Legrand

Dans ce registre, Léa Drucker offre une performance de haute volée. Chacun de ses silences s’avère une tirade sur sa souffrance. Ceux-ci en disent également long sur la difficulté de sa tâche, assurer la sécurité de ses enfants et à couper les liens avec un homme dont elle connaît la dangerosité. La performance de Denis Ménochet dans le rôle d’Antoine Besson est tout aussi forte. Son mutisme montre à quel point il ne voit pas sa propre violence et ce qu’il inflige à ses proches.

Pour ce personnage, le silence se transforme en prison dans laquelle il s’enferme lui-même. Toute la force de cette absence de dialogue est que lorsqu’il ne parle pas un acteur de talent ne s'arrête pas de jouer, bien au contraire. Car ce qu’il ne dit pas, il le fait vivre à son personnage. Une peur, chez Léa Druker, une frustration chez Denis Ménochet, un désarroi chez Thomas Gioria (le jeune garçon).

Le silence sert les enjeux du film

Ces non-dits, si bien incarnés, donnent une autre dimension au film. Tout d’abord, ce film, en montrant la réalité de la violence conjugale, rompt avec la loi du silence. Ainsi, ceux qui souffrent de ces situations ont généralement du mal à en parler. Ce qui nécessite parfois de faire un travail de reconstruction pour pouvoir y revenir.

De plus, ces silences servent mieux que n’importe quel dialogue la bataille que se livrent le père et la mère. En effet, chacun d’entre eux a la juge au-dessus de la tête et donc chacun de leurs mots ou initiatives peuvent avoir des conséquences. Tous deux en ont conscience, et en premier lieu c’est à travers la décision de la juge qu’ils agissent.

Critique Jusqu’à la garde de Xavier Legrand

Pour le rôle de Miriam Besson, le silence est aussi une arme de défense. Ainsi, lorsqu’elle ne parvient pas à échapper à son ex-mari et qu’elle se retrouve confrontée directement à lui, ses silences permettent de ne pas attiser la violence de cet homme. D’une certaine manière, cela lui donne la possibilité de garder le contrôle.

Un film qui défend les victimes

En plus de la mère, ce film possède un autre héros, le petit garçon. Parmi tous les protagonistes, Julien Besson (Thomas Gioria) est le plus "faible". Celui dont la parole est la moins prise au sérieux, car il dit dès le début qu’il ne veut pas voir son père. Mais sa condition de jeune garçon fait que sa parole a peu de poids. Celui-ci se retrouve contraint de se battre contre des adultes avec des armes d’enfants. Un combat presque perdu d’avance tant ses obstacles sont grands : la décision d’une juge et un père déterminé à l’utiliser. Pour lui aussi, les silences montrent le désarroi de sa situation.

Critique Jusqu’à la garde de Xavier Legrand

Une utilisation de la matière filmique de manière subtile

Beaucoup d'éléments qui vivent à l’écran renvoient au concept d’enfermant et sont aussi vecteurs d’angoisse. Un bip d’une ceinture de sécurité, dont la notion première est d’avertir un danger. Celle-ci retentit lorsque Julien Besson est seul avec son père dans son véhicule, un lieu clôt. Ou encore, mieux que le bruit de pas, le son d’un ascenseur avec ses silences en début et en fin (Shining n’est pas si loin). Une sonnerie de téléphone ou un klaxon qui retentit rappellent la présence du père aux enfants, à la mère. Et par conséquence le fait ressentir au spectateur aussi.

Jusqu’à la garde est un film réussi, d’autant plus que c’est un premier long-métrage. Ce film dur fait partager au spectateur l’angoisse et les difficultés des violences conjugales. Il utilise parfaitement ce qu’un scénario et une mise en scène bien pensés peuvent offrir.

 

Jusqu'à la garde de Xavier Legrand, en salle le 7 février 2018. Ci-dessus la bande-annonce.

 

 

 

 

 

 

 

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